Politique

Mali : les grandes manœuvres de Boubou Cissé à l’URD

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 21 octobre 2021 à 18:01

Boubou Cissé, en juin 2021. © François Grivelet pour JA

Les ambitions de l’ancien Premier ministre, dans la course à la tête de l’Union pour la république et la démocratie (URD), créent des luttes d’influence dans les rangs de la formation. Explications.

À l’approche de la conférence nationale de l’Union pour la république et la démocratie (URD), le 23 octobre, les candidats à la présidence du parti – et donc, à la présidentielle de février 2022 – peaufinent leurs stratégies. Le successeur du défunt Soumaïla Cissé sera en effet désigné à cette occasion et un nouveau bureau national sera nommé. Le vote sera effectué avant cet événement par une commission composée de 254 membres.

Plusieurs personnalités jouent des coudes. Parmi elles, Boubou Cissé, accusé par certains de ses rivaux de vouloir réaliser une OPA sur le parti. Le camp de l’ancien Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta a en effet démarché les 78 sections de l’URD, dont 45 lui ont accordé leur voix. Or, selon le règlement intérieur du parti, celles-ci ne peuvent procéder à un vote – il s’agit de la prérogative du bureau national, qui centralise toutes les candidatures.

Profondes divisions

Par ailleurs, Boubou Cissé ne pouvait déposer son dossier qu’auprès de sa propre section, à Djenné. Par conséquent, beaucoup de ces branches du parti, qui n’ont pas désigné leurs « candidats naturels », sont aujourd’hui profondément divisées. Par exemple, à Koulikoro, le secrétaire général Pascal Dembélé est en désaccord avec d’autres membres du parti comme Eli Diarra, ex-maire et ex-député, qui serait favorable à Cissé. Il en est de même à Ségou et à Kati : Madou Diallo est candidat, mais Gouagnon Coulibaly, l’ancien directeur de campagne de Soumaïla Cissé, est un soutien indéfectible de l’ex-Premier ministre.

Dans un communiqué publié mi-septembre, le vice-président de l’URD, Salikou Sanogo, est ainsi venu rappeler que le bureau exécutif national est « le seul organe habilité à vérifier la conformité des candidatures avec les dispositions légales et à proposer le candidat retenu à la conférence nationale qui l’investit ». Sauf que ce dernier est soupçonné de rouler pour Demba Traoré, candidat à l’investiture du parti et grand rival de Boubou Cissé.

Demba Traoré bénéficierait du soutien de Modibo Cissé, secrétaire à l’organisation du parti, et de Madani Traoré, l’un des vice-présidents, présenté comme un ancien proche collaborateur de Soumaïla Cissé. Ces deux personnalités comptaient d’ailleurs dans la délégation du candidat, au cours d’une visite à Ségou mi-octobre.

Différentes options

Autre pilier du parti, l’ancien ministre Mamadou Igor Diarra tenterait par ailleurs de se rapprocher de Boubou Cissé afin de lui apporter son soutien. Lors de la conférence nationale, ce dernier aurait l’intention de demander l’organisation d’un congrès extraordinaire. Objectif : remplacer Salikou Sanogo.

L’ancien Premier ministre joue gros. Un échec à l’investiture pourrait le conduire, lui et son camp, à quitter le parti. En dehors de l’URD, Boubou Cissé a néanmoins d’autres options. Il peut en effet devenir candidat pour d’autres formations, comme le Mouvement pour la refondation du Mali (Morema) de Kassoum Tapo.