Politique

Centrafrique : « Bozizé et le KNK font chemin séparé »

Nommé à la tête du Kwa na Kwa après que l’ancien président a pris la tête des rebelles de la CPC, Christian Guenebem dénonce les menaces qui visent ses militants. Et affirme que son parti n’a rien à voir avec les groupes armés.

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Mis à jour le 21 octobre 2021 à 15:47

François Bozizé à Bangui, en janvier 2020 © FLORENT VERGNES/AFP

Que reste-t-il du Kwa na Kwa (KNK) depuis que son fondateur, François Bozizé, a rallié la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) et appelé à renverser le président Faustin-Archange Touadéra ? Politiquement, plus grand chose. Seul l’ancien chef de l’État centrafricain fait l’objet de poursuites judiciaires, mais plusieurs cadres du parti ont choisi l’exil, craignant notamment d’être pris pour cibles par les milices proches du pouvoir.

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À la tête du KNK depuis le mois de mars, Christian Guenebem réside désormais en France. Il assure ne plus être en contact avec François Bozizé – qui a choisi la voie des armes et a pris le maquis il y a près de neuf mois – et reste déterminé à faire exister le parti.

Jeune Afrique : Êtes-vous encore en contact avec François Bozizé ? 

Christian Guenebem : L’ancien président n’a, à ce jour, plus de contacts avec le parti qu’il a fondé. Il a choisi une option qui n’est pas la nôtre. Nos chemins devaient se séparer. J’ajoute qu’à titre personnel, je n’échange plus avec lui moi non plus. Compte tenu de l’histoire qui nous lie, j’ai toujours de la considération à son égard. Mais ma priorité aujourd’hui, c’est de protéger le KNK et ses militants et de faire en sorte que nous puissions regarder vers l’avenir.

 Nous sommes victimes d’une véritable chasse aux sorcières, ce n’est pas une vue de l’esprit

Que pèse encore le KNK après que François Bozizé a rejoint la rébellion ?

Précisions que le président Bozizé n’a pas reconnu la paternité de la rébellion, mais qu’il a accepté d’en prendre la tête, en mars 2020, après que les signataires de la déclaration de Kamba Kota [acte fondateur de la CPC, officialisé le 15 décembre 2020] le lui ont proposé. Pour le reste, il est vrai que le KNK est, depuis, en difficulté : le régime [du président Touadéra] s’est mis en tête de nous persécuter et de nous effacer de l’échiquier. Malgré cela, nous nous tenons debout et entendons continuer de nous battre pour la vérité et le changement démocratique en Centrafrique.

N’est-il pas exagéré de parler de « persécution » ?

Non, nous sommes victimes d’une véritable chasse aux sorcières et ce n’est pas une vue de l’esprit. À l’heure où je vous parle, nos membres sont persécutés. Tout cela parce que le Mouvement cœurs unis [MCU, au pouvoir] et le chef de l’État font l’amalgame, de manière volontaire et assumée, entre les militants du KNK et les partisans de la CPC, alors que ce n’est pas du tout la même chose.

Pourquoi voulez-vous toujours ramener le KNK à un soutien présumé à une rébellion armée ?

N’existe-t-il aucun connexion entre le KNK et la CPC ?

Et pourquoi devrait-il y en avoir ? Pourquoi voulez-vous toujours ramener le KNK à un soutien présumé à une rébellion armée ? Je l’ai dit et répété : nous ne sommes pas en lien avec François Bozizé et son ralliement à la CPC a signifié son départ de la tête du parti. Pourquoi continuer à poser la question ?

Selon vous, pourquoi le KNK est ciblé ?

Parce que, dans le fond, notre parti jouit encore d’une forte assise locale et d’une grande influence. Le pouvoir pense que le meilleur moyen de se débarrasser d’un adversaire de cette taille, c’est de l’acculer et de le qualifier de tous les noms d’oiseaux afin de le faire disparaître par la peur et l’intimidation, voire pire. C’est pour cela que les principaux responsables de notre formation sont soit en exil, soit contraints de vivre dans la clandestinité.

La garde présidentielle a saccagé le siège du KNK en plein jour et sous la direction de son principal responsable. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la liberté d’exercice des activités politiques du KNK, de ses militants et de ses dirigeants a été fortement mise en péril.

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D’autres partis d’opposition vous ont-il apporté leur soutien ?

Certains, mais pas tous. L’opposition centrafricaine n’est pas unie et ne parle pas d’une même voix, même si nous sommes à ce jour encore membre de la COD 2020, la coalition de l’opposition démocratique, qui continue à être à nos côtés dans ces moments difficiles.

Comment le KNK peut-il sortir de cette ornière ?

Nous devons nous restructurer, rassembler nos énergies et les militants qui nous sont demeurés fidèles. Nous devons redonner de la confiance et de l’espoir à ceux qui craignent de revendiquer leur appartenance au KNK. Il nous faut remettre sur les rails un parti qui a été profondément ébranlé ces derniers mois et proposer une nouvelle voie à nos militants afin qu’ils ne cèdent ni à l’intimidation ni aux promesses de verts pâturages qui leurs sont faites ailleurs. Je sais qu’aujourd’hui je ne leur propose que de manger du pain noir, mais je crois fermement que nos difficultés actuelles ne sont pas une fatalité et que le KNK, tel le phénix, renaîtra plus grand et plus fort.

Affirmer que l’on pourra dialoguer sans les groupes armés et obtenir la paix est un vœu pieux.

Quelles sont vos relations avec le président Touadéra ?

Le KNK n’a aucune relation avec le chef de l’État. Il est au pouvoir. Il dirige la République centrafricaine. Mais nous ne partageons ni la même vision, ni la même méthode.

Les autorités ont annoncé la tenue d’un dialogue « républicain » mais disent en exclure toute personne ou entité proche de la rébellion. Le KNK a-t-il été approché en vue de ce rendez-vous ?

Le KNK ne doit pas être considéré de manière individuelle mais comme un membre de la COD 2020. À ce titre, nous sommes représentés par deux personnalités au sein du comité d’organisation de ce dialogue. Le KNK a d’ailleurs pris part à leur désignation.

Participerez-vous à ce dialogue ?

À l’issue de la réunion qui s’est tenue à Rome les 27, 28 et 29 septembre à l’initiative de la Communauté Sant’Egidio, le KNK a rendu publique une déclaration énumérant les critères que nous jugeons indispensables et qui détermineront notre participation au dialogue.

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Quelles sont-elles ? Sachant que Faustin-Archange Touadéra a fermé la porte à une participation de François Bozizé…

Cette participation n’est pas un préalable formulé par le KNK. Nous avons en revanche soulevé plusieurs questions : l’inclusivité, la neutralité de la direction des débats, la sécurité des personnes qui prendront part au dialogue et la libération des prisonniers politiques. Nous avons également évoqué la nécessité de faire la lumière sur les crimes commis de part et d’autre au cours des récents évènements. Ceci étant dit, affirmer que l’on pourra dialoguer sans les groupes armés et obtenir la paix est, à mon sens, un vœu pieux.