Politique

Ceni en RDC : Moïse Katumbi prépare le divorce d’avec Félix Tshisekedi

Vent debout contre l’investiture des nouveaux membres de la commission électorale, l’ancien gouverneur du Katanga a lancé des consultations sur un éventuel départ de la majorité présidentielle.

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Mis à jour le 20 octobre 2021 à 18:04

Moïse Katumbi à Lubumbashi, le 15 août 2021. © JA

Le Tout-Puissant Mazembe, le club phare de Lubumbashi, est à la peine ce vendredi 15 octobre sur le terrain des Amazulu de Durban. Après une saison en demi-teinte l’année dernière, les joueurs de Moïse Katumbi espèrent se relancer mais ne parviennent pas, ce jour-là, à faire mieux qu’un match nul.

Depuis le début des discussions, Katumbi critique un processus « non transparent »

Présent comme à son habitude dans les tribunes, l’ancien gouverneur du Katanga a sans doute l’esprit ailleurs. Dans l’avion qui l’emmenait quelques heures plus tôt en Afrique du Sud, Moïse Katumbi a appris que les députés allaient se prononcer sur la composition de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Initialement prévue le jour du match, la séance plénière aura finalement lieu le lendemain, après d’ultimes tentatives de négociations au sein de la majorité. Et déjà, il semble évident que le bras de fer engagé il y a plusieurs semaines va connaître un nouveau tournant.

L’heure de la rupture

À l’issue d’une séance agitée, les députés ont en effet entériné, par un vote à main levée, la désignation de Denis Kadima à la présidence de la Ceni. Douze autres personnalités issues de la majorité et de la société civile ont, elles, été nommées au sein du bureau de la commission.

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Depuis le début des discussions, Katumbi critique un processus « non transparent » qui menace la crédibilité des prochaines élections, auxquelles il pourrait décider de se présenter. Face au blocage, il refusait depuis le mois d’août d’envoyer ses propres représentants participer au bureau. Dans une interview à Jeune Afrique, il avait même qualifié cette question de « ligne rouge », martelant que « la désignation du président et des autres membres de la Ceni [devait] être consensuelle et conforme à la loi ».

Si l’entérinement du nouveau bureau par les députés met un terme à plusieurs semaines de blocage, elle pose aussi une question : l’heure de la rupture entre Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi a-t-elle sonné ?

Officialiser le divorce

Dès l’annonce de la plénière, les deux groupes parlementaires d’Ensemble pour la République, le MS-G7 et AMK et Alliés (70 députés au total), avaient annoncé leur intention de réévaluer leur participation à l’Union sacrée. « Les principes et valeurs qui ont fondé l’Union sacrée sont trahis chaque jour au profit des intérêts de quelques individus au détriment de la justice et du bien-être du peuple congolais », expliquaient-ils dans un communiqué.

Avec Katumbi, nous avons déjà atteint le point de non-retour

Rentré en RDC le lendemain de la plénière, Moïse Katumbi a adressé une lettre au chef de l’État, le 18 octobre. Dans ce courrier, il revient sur les raisons de son engagement au sein de l’Union sacrée et appelle Félix Tshisekedi à ne pas valider la nomination des membres de la Ceni. « Nul ne peut envisager qu’aujourd’hui vous puissiez avaliser le travail partisan d’une commission paritaire contestée au risque de jeter sur la Ceni un voile de suspicion », écrit le leader d’Ensemble.

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Le ton est mesuré, mais le processus de rupture est en réalité déjà engagé : Moïse Katumbi a en effet lancé des consultations au sein de son camp. « Le mal est déjà fait et il nous faut maintenant y répondre de manière réfléchie et efficace », assure l’un de ses proches, qui précise que « le divorce est déjà consommé ». « Nous sommes juste en train de discuter de la manière de l’officialiser”, ajoute-t-il.

À en croire l’entourage du chef de l’État, cette lassitude est mutuelle. « Avec Katumbi, nous avons déjà atteint le point de non-retour », résume un membre du premier cercle de Félix Tshisekedi. Cette même source assure que le président congolais a bien l’intention d’investir les nouveaux membres de la Ceni.

Coût politique

À l’origine de la frustration du camp Katumbi, il y a notamment l’échec du partage équitable des postes au sein de la commission électorale. Deuxième force politique de l’Union sacrée, Ensemble pour la République estime ne pas avoir obtenu sa juste part dans les négociations.

L’ex-gouverneur du Katanga espérait obtenir le siège de rapporteur au sein du bureau de la Ceni. Mais à l’issue des discussions menées par Christophe Mboso, le président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund, le patron de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et Sama Lukonde, le Premier ministre, le poste a finalement été confié à Patricia Nseya, une députée du parti présidentiel. « Kabund a proposé à Ensemble le poste de rapporteur adjoint, en ajoutant que l’UDPS allait faire des concessions sur la répartition des autres responsabilités, notamment à la tête des entreprises publiques », affirme une source qui a participé aux négociations.

Il est conscient que certains éléments de sa formation seront tentés de ne pas le suivre

Deux réunions se sont tenues la semaine dernière, avant la plénière, à l’hôtel du Fleuve Congo, mais chaque camp a campé sur ses positions. « Les discussions n’ont jamais abouti à un compromis, ni sur la répartition des postes ni sur la désignation des personnes », regrette Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général d’Ensemble pour la République, qui dénonce « le débauchage » de certains membres du parti. Une allusion à la confirmation que Paul Muhindo, membre du RCD KML, qui fait partie du regroupement Ensemble, devenait rapporteur adjoint de la Ceni.

Katumbi franchira-t-il le pas, comme il s’y était engagé en qualifiant la question de la Ceni de « ligne rouge » ? Avec cinq membres au sein du gouvernement, dont certains détiennent des portefeuilles clés comme les Affaires étrangères et les Transports, il est conscient que certains éléments de sa formation seront tentés de ne pas le suivre. « Il a déjà vécu cette expérience à l’époque de Kabila », rappelle un collaborateur. Selon cette même source, des « contacts avancés » ont été établis avec différents courants d’opposition, dont le camp de Martin Fayulu. Plusieurs membres de son entourage assurent en tout cas être prêts à la rupture, mais celle-ci pourrait avoir un véritable coût politique.