Politique

Restitutions : quand l’Europe tarde à lâcher son butin

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Mis à jour le 21 octobre 2021 à 16:04

Statues des rois Glèlè, Ghézo et Béhanzin. © Photomontage JA / Photos : Pauline Guyon Musée du quai Branly

Après de très longues négociations, la France va enfin restituer les œuvres promises au Bénin. Un premier pas bien timide au regard du nombre d’objets spoliés et toujours conservés en Europe et outre-Atlantique. Jeune Afrique a fait le compte.

« Elles seront la fierté du Bénin. Et parce que restituer des œuvres à l’Afrique, c’est rendre accessible à la jeunesse africaine sa culture, ces restitutions seront aussi la fierté de la France. » C’est en des termes enthousiastes qu’Emmanuel Macron a officiellement annoncé, le 8 octobre dernier, la première concrétisation de l’engagement qu’il avait pris il y a près de quatre ans, lors du discours de Ouagadougou de novembre 2017. Dernière étape du très long processus de la restitution exceptionnelle et quasi inédite de 26 œuvres du trésor d’Abomey, pillées par le général Alfred Dodds en 1897, et conservées jusqu’à présent au musée du Quai Branly, à Paris.

Une semaine plus tard, c’est de Berlin qu’est venue une autre bonne nouvelle sur le front des restitutions : les autorités allemandes ont à leur tour annoncé un accord prévoyant le retour au Nigeria, à partir de 2023, de quelque 1 100 des précieux bronzes du royaume du Bénin (au Nigeria), parmi ceux réclamés par Abuja depuis de longues années.

La restitution des œuvres pillées – ou « mal acquises » – pendant la colonisation a toujours fait polémique entre l’Afrique et l’Europe. En 2018, la publication du rapport commandé sur le sujet par l’Élysée, et rédigé par le Sénégalais Felwine Sarr et la Française Bénédicte Savoy, a fait date.

Guerre de tranchées

Depuis, les promesses, souvent symboliques, ainsi que les projets de recherche et de collaboration avec les pays africains se sont multipliés, à l’image de la création du Benin Dialogue Group,un groupe de travail nigérian chargé de mener les discussions avec l’Occident. Derrière les sourires de rigueur lors de ces annonces, c’est une guerre de tranchées qui se joue sur plusieurs fronts. La principale bataille se livre sur la définition des critères permettant d’identifier les œuvres qui doivent être restituées. Parle-t-on de « retour », de « circulation », de « mise en dépôt » ou de « restitution » ? Faut-il prendre en compte le contexte dans lequel ces œuvres ont été rapportées en Europe ? Toute acquisition d’une œuvre dans un contexte colonial relève-t-elle de l’exercice d’une domination illégitime, et donc d’un pillage ?

Certains craignent d’ouvrir la boîte de Pandore et de vider les musées européens

Autant de débats sémantiques à haute portée politique dont les réponses divergent d’un pays à l’autre. Certains craignent en effet qu’une définition trop large ouvre la boîte de Pandore, vide les musées européens et fasse chuter le marché des maisons de vente et les collectionneurs privés.

La majorité des anciennes puissances coloniales privilégient aujourd’hui une approche au cas par cas, objet par objet. Concrètement, cela suppose de mener des enquêtes sur l’origine de dizaines de milliers de pièces afin de déterminer leur modalité d’acquisition (butins de guerre, pillages, vols, dons, trocs). Une gageure, à la fois archéologique et historique, d’autant plus que dans de nombreux cas, les œuvres sont passées de mains en mains, du soldat colonial au marin en passant par les héritiers et les collectionneurs privés avant d’arriver dans les réserves des musées où, aujourd’hui encore, les inventaires sont loin d’être exhaustifs.

Qui possède le plus grand nombre de ces biens culturels pillés pendant la colonisation ? Qui se dit prêt à les rendre ? Où en est, concrètement, le processus de restitution engagé ? État des lieux en cartes et infographies :

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