Politique

Tunisie : Leïla Ben Ali, la « marraine » devenue grand-mère (1/3)

« Que sont devenues les figures du clan Trabelsi ? » (1/3). Entre les rumeurs de remariage avec un prince saoudien, les frasques de sa fille Nesrine et de son désormais ex-mari le rappeur K2 Rhym, l’exil doré de Leïla Ben Ali prend parfois les allures de chronique people.

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Mis à jour le 21 octobre 2021 à 13:02

Leïla Ben Ali en Arabie saoudite © DR

Son mariage en 1992 avec le président Ben Ali, dont elle était la concubine, assoit définitivement l’influence de Leïla Trabelsi sur tout un pays. Elle en fera largement profiter ses proches ou plutôt son clan, dont elle semblait être la « mama ».

Rien n’échappait à celle dont l’ambition s’accroissait au fil des années, au point qu’elle a songé à installer Mohamed, son fils, au pouvoir. Tenant compte de l’état de santé du président et de son âge, elle pensait assurer une sorte de régence en attendant la majorité de son seul fils.

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Elle se voyait aussi populaire qu’Evita Perón et aussi intrigante que Catherine de Médicis. Mais c’est surtout l’aura populaire d’une Wassila Bourguiba, épouse du leader de l’indépendance et une redoutable femme politique en coulisses, que Leïla Ben Ali aurait aimé susciter.

Aucun des marabouts qu’elle consultait régulièrement ne lui avait prédit une telle fin de règne

Mais la comparaison n’est pas raison : Wassila a soutenu Bourguiba et faites siennes ses causes, tandis que c’est surtout la soif de pouvoir et ses propres intérêts qui ont été le moteur de Leïla Ben Ali.

Native d’un quartier populaire de la médina, elle n’a pourtant pas vu venir la gronde ni prévu que la fronde qui a éclaté en décembre 2010 allait devenir un mois plus tard une révolution qui la conduirait à un exil doré en Arabie saoudite.

Résidence surveillée

Aucun des voyants ou des marabouts qu’elle consultait régulièrement ne lui avait prédit une telle fin de règne. Mais au moment de quitter le palais à la hâte le 14 janvier, elle s’est souvenue que l’un d’eux l’avait mise en garde contre la malédiction de Sidi Jebali, dont la tombe avait été déplacée au cours des travaux.

Dès lors, plus rien n’a été comme avant. Hôte des Saoud, elle réside à Djeddah sur les rives de la mer rouge mais sa somptueuse résidence est étroitement surveillée. Astreinte à un devoir de réserve, elle évite de s’exposer alors qu’elle avait vécu longtemps sous le feu des flashs.

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Les rares photos la montrent en famille et sont pour la plupart des clichés pris par Mohamed, ce garçon tant désiré par le président qui s’est éteint en 2019. Mais l’inaction n’est pas dans le tempérament de Leïla Ben Ali et vivre loin de sa famille lui pèse.

Celle que l’on croyait contrainte de subir un exil s’était aménagé une échappatoire. En 2018, l’arrestation d’un faussaire par la police irlandaise évente le pot aux roses et dévoile un vaste trafic de faux passeports dont certains étaient au nom des Ben Ali, qui n’ont évidemment jamais eu d’ascendance irlandaise. Les précieux sésames offraient à la famille une sorte d’incognito et lui permettaient surtout d’échapper aux nombreux mandats d’Interpol.

Les réseaux sociaux avaient même annoncé son remariage, démenti depuis, avec un prince saoudien

La justice tunisienne ne s’est pas contentée de geler les avoirs que Leïla détenait à l’étranger, du moins ceux qu’elle a pu identifier, elle a aussi condamné Leïla Ben Ali à 35 ans de prison par contumace et à 45 millions d’euros d’amende pour malversations et détournement de biens publics auxquels s’ajoutent six ans de prison pour complicité et possession illégale de devises.

Par rapport à ses frères, elle s’en tire à bon compte mais prend la mesure de sa perte d’influence. Elle a eu beau publier ses mémoires sous le titre de Ma vérité, elle a beau tenter de demander pardon au peuple tunisien, elle reste l’une des figures les plus haïes de l’ancien régime.

Anonymat protecteur

À Djeddah, elle n’a plus la vie mondaine d’un temps ; rassurée sur la vie de Halima, sa cadette qui a fondé une famille à Dubaï, elle couve Mohamed, adolescent de 16 ans et sosie de son père. Mais ce sont les péripéties sentimentales de son aînée Nesrine qui a divorcé de son second mari, le rappeur K2 Rhym, qui défraient la chronique. À 64 ans, Leïla Ben Ali continue de recevoir des visites de proches de passage en Arabie saoudite et de s’informer de ce qui se passe à Tunis.

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Une manière d’entretenir un lien devenu de plus en plus ténu au fil des années, en moins de deux ans elle a perdu deux de ses frères et sait qu’elle ne reverra probablement plus ceux qui sont encore en prison.

Leïla Ben Ali profite de l’anonymat protecteur de Djeddah où elle cultive aussi l’art d’être grand-mère

N’empêche, certains auraient tendance à imaginer Leïla Ben Ali en veuve joyeuse ; les réseaux sociaux avaient même annoncé, photo à l’appui, son remariage avec un prince saoudien dont elle serait devenue la quatrième épouse. À chaque fois, les démentis mettent un frein aux commentaires, souvent désobligeants, mais ils montrent aussi qu’elle est toujours soucieuse de son image.

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Son avocate avait eu fort à faire pour convaincre le grand public que Leïla Ben Ali ne comptait pas publier les mémoires que l’ancien président avait rédigés. Le texte qu’il a peaufiné en exil promettait des révélations sur le 14 janvier et sur les personnages clés de la décennie 2001-2011.

Leïla avait aussi été véhémente avec l’avocat Mounir Ben Salha qui représentait son mari et qui menaçait de diffuser des conversations téléphoniques qu’il avait eues avec son client. Depuis ces échanges houleux rendus publics début 2021, Leïla Ben Ali profite de l’anonymat protecteur de Djeddah où elle cultive aussi l’art d’être grand-mère avec les enfants du premier mariage de son aînée Nesrine avec Sakhr el Materi et ceux de sa cadette Halima.