Politique

Umaro Sissoco Embaló : « Grâce à moi, la Guinée-Bissau est redevenue désirable »

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Mis à jour le 20 octobre 2021 à 11:45

Umaro Sissoco Embaló lors de l’interview accordée à « Jeune Afrique », le 16 octobre 2021, à Paris. © Vincent Fournier pour JA

Toujours aussi cash, le président bissau-guinéen était de passage à Paris, mi-octobre.

Moins de deux années se sont écoulées depuis son investiture et Umaro Sissoco Embaló semble partout. Mali, Guinée, Cedeao… Le Bissau-Guinéen s’est imposé comme un intermédiaire privilégié dans plusieurs grands dossiers ouest-africains. Emmanuel Macron ne s’y est d’ailleurs pas trompé en l’invitant à l’Élysée, le 15 octobre.

Chef d’État atypique, il n’a pas troqué son franc-parler contre le langage policé des diplomates. Un style cash qui lui a valu d’être surnommé Kim Jong-un par ses pairs et qui resurgit dès que l’on évoque le sort de l’ancien président guinéen, Alpha Condé, ou ses opposants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). C’est cela, « l’embaloïsme » : une « manière de faire de la politique » que certains jugent trop abrupte mais dont Umaro Sissoco Embaló a fait sa marque de fabrique.

Je suis le commandant suprême des armées !

Au point de verser dans l’autoritarisme ? Ses adversaires l’affirment, mais l’intéressé balaie l’accusation d’un revers de main. « Je suis un militaire, j’aime la discipline », insiste-t-il dans un petit salon de l’hôtel parisien Barrière Le Fouquet’s, où il fixe lui-même les rendez-vous. Et lorsqu’on lui demande s’il lui arrive encore de revêtir son uniforme de général, il répond sans sourciller : « Bien sûr, je suis le commandant suprême des armées ! »

Jeune Afrique : Comment s’est passé votre entretien avec Emmanuel Macron, qui vous a reçu le 15 octobre à l’Élysée ?

Umaro Sissoco Embaló : Nous sommes lui et moi sur la même longueur d’onde. Depuis Nino Vieira en 1995, je suis le premier chef de l’État bissau-guinéen à effectuer une visite de travail en France. Emmanuel Macron a compris qu’aujourd’hui, la stabilité est revenue dans notre pays et que le trafic de drogue, c’est de l’histoire ancienne.

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Au moment où vous arriviez en France, le 14 octobre, votre chef d’état-major, Biaguê Na N’Tan, évoquait une tentative de coup d’État. Que s’est-il passé?

Sa déclaration, en créole, a été mal comprise et mal traduite. Il a voulu dire que la Guinée-Bissau ne peut pas faire marche arrière et revenir aux coups d’État. Il a conseillé aux jeunes de la police militaire de ne pas accepter de l’argent destiné à acheter leur conscience. C’est tout.

Tout le problème vient du fait que le PAIGC est un parti marxiste, qui pense que le monde n’a pas changé. Il a un problème avec l’alternance et la démocratie. À chaque fois qu’il n’est plus aux affaires, il cherche à créer la confusion.

Vous êtes serein dans vos rapports avec l’armée ?

Oui. Elle est devenue républicaine. J’en suis le commandant suprême et le seul chef.

Avec Emmanuel Macron, le 15 octobre à l’Élysée.

Avec Emmanuel Macron, le 15 octobre à l’Élysée. © Présidence française

Ce qui est arrivé à Alpha Condé ou à Ibrahim Boubacar Keïta ne vous inquiète pas ?

Non, les circonstances sont différentes. Nos modèles sont le Sénégal et le Cap-Vert, qui sont les seuls pays de l’Afrique de l’Ouest à ne pas avoir connu de coup d’État. Et notre armée est aujourd’hui fière que l’un des siens soit devenu chef de l’État.

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