Politique

Mali : Marimantia Diarra peut-il remettre l’Adema sur le devant de la scène ?

Par - à Bamako
Mis à jour le 19 octobre 2021 à 17:05

L’Adema doit se réunir le 17 octobre en congrès © Nicolas Remene / Le Pictorium/MAXPPP

Le plus vieux parti politique du Mali s’est choisi un nouveau chef, le 18 octobre. Marimantia Diarra a sèchement battu Tiémoko Sangaré, le président sortant auquel les militants reprochaient d’avoir relégué l’Adema au second plan.

Tenu par l’ancien ministre Tiémoko Sangaré depuis 2015, le parti de l’abeille s’est choisi un nouveau président. À l’occasion du 6ème congrès de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema- PASJ), Marimantia Diarra, un temps ministre du Plan sous la présidence d’Amadou Toumani Touré et actuellement membre du Conseil national de transition (CNT), a recueilli les suffrages de 45 délégués, contre seulement neuf pour le président sortant. Il devient ainsi le nouveau patron de la plus vieille formation politique malienne.

Cette élection vient consacrer la volonté de changement à la tête de la « ruche ». Depuis des mois, le bilan de Tiémoko Sangaré était en effet très contesté parmi les cadres et militants. « Ils ont estimé qu’il était temps de changer de mode de gouvernance, confie Marimantia Diarra à Jeune Afrique, à peine élu. L’objectif désormais est de renforcer les acquis de l’Adema, de consolider la discipline du parti et d’en élargir la base. »

Passé par Dakar, où il a officié pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Marimantia Diarra a été le secrétaire général national du parti pendant quinze ans, à partir de 2000, à l’époque où l’Adema était entre les mains de Dioncounda Traoré. Un temps deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, il avait également été désigné candidat au perchoir en 2018, mais avait finalement retiré sa candidature ainsi que le prévoyait l’alliance nouée avec d’autres forces politiques.

Victoire écrasante

Avec 45 des 54 suffrages exprimés, Marimantia Diarra s’est offert une écrasante victoire. Élu pour cinq ans, celui qui est aussi maire de Dianguirdé, dans le cercle de Diéma (région de Kayes), a reçu le soutien d’Adama Noumpounon Diarra et de l’ancien ministre Moustapha Dicko. Candidats eux aussi à la présidence du parti, ils ont finalement décidé de se ranger derrière Diarra. Celui-ci a également pu compter sur le soutien de nombreux cadres, à l’instar du maire de Bamako, Adama Sangaré, et de Yaya Sangaré, porte-parole du parti qui en devient le secrétaire général.

S’il soutenait le candidat sortant, Adama Diarra, secrétaire politique de l’Adema sous Tiémoko Sangaré, appelle désormais à la cohésion. « L’Adema a connu beaucoup de soubresauts par le passé, mais c’est terminé, assure-t-il. Dans l’intérêt de l’Adema, Marimantia aura notre soutien. »

L’éviction de Tiémoko Sangaré intervient après des mois de luttes internes, cristallisées autour du renouvellement des structures locales et régionales. « Nous sommes en train de tout mettre en œuvre pour déboulonner le clan Dioncounda, piloté par Tiémoko Sangaré », affirmait un cadre de l’Adema, sous couvert d’anonymat, plusieurs semaines avant le congrès.

Cette élection a davantage été une question de personne que de bilan

Pour de nombreux cadres et militants, Tiémoko Sangaré est coupable d’avoir relégué l’Adema au « second plan du paysage politique malien ». « L’Adema est passée à côté de nombreux rendez-vous historiques sous Tiémoko Sangaré », insiste un ancien ténor qui a quitté le parti. D’autres lui reprochent d’avoir soutenu Ibrahim Boubacar Keïta lors de la présidentielle de 2018.

Échéances cruciales

« Le bilan de l’Adema est collectif, il n’est pas seulement celui de son président, rétorque Adama Diarra. Marimantia était le troisième vice-président de Tiémoko Sangaré. Le bilan de ces six dernières années est donc aussi le sien. Je pense que [cette élection] a davantage été une question de personne que de bilan. »

Les futures échéances électorales seront cruciales pour l’avenir du parti. Si l’Adema n’a pas les moyens de se lancer seule dans la course à Koulouba, nombre de ses membres soulignent l’importance de présenter un candidat issu du sérail. « Nos textes sont très clairs, affirme Adama Diarra. Il faut être membre de l’Adema depuis au moins 5 ans pour espérer être son candidat. On ne peut pas vendre le parti au plus offrant. »

« Le parti appréciera la stratégie à adopter pour la prochaine élection présidentielle dans le cadre d’une conférence nationale », tranche Marimantia Diarra. Le nouvel homme fort de l’Adema l’assure : le parti préparera « sans délai » le scrutin présidentiel à venir.