Politique

Maroc : Benchaâboun à Paris pour recoller les morceaux

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Mis à jour le 21 octobre 2021 à 15:57

Mohamed Benchaâboun, en février 2020, à Rabat. © © MOHAMED DRISSI KAMILI pour JA

Survenue dans un climat de tensions liées à la question des visas, la nomination de l’ancien ministre des Finances à la tête de l’ambassade du royaume à Paris est destinée à renouer des liens mis à mal ces derniers mois.

Chakib Benmoussa, Fathallah Sijilmassi, Mohamed Berrada… les ambassadeurs du royaume à Paris se suivent et se ressemblent. Généralement très axés sur l’économie, tous ont des profils de technocrates, le plus souvent doublés d’une casquette de haut commis de l’État. La nomination de Mohamed Benchaâboun comme ambassadeur du Maroc en France par le roi Mohammed VI, le 17 octobre dernier, au palais de Fès ne déroge pas à la règle. Et conforte l’idée de la poursuite d’une diplomatie avant tout économique entre Rabat et Paris.

« Depuis l’indépendance, l’axe Rabat-Paris repose sur une constante : des intérêts communs forts entre le Maroc et la France sur les questions économiques. Et plus récemment sur la coopération sécuritaire. D’ailleurs les profils qui y sont placés sont globalement assez similaires, et le plus souvent apolitiques », explique un politologue marocain. « Même s’il est vrai que Benchaâboun a été « repeint » aux couleurs du Rassemblement national des indépendants (RNI) au moment de sa nomination comme ministre. Nous savons tous que c’était une cooptation express. C’est avant tout un technocrate. »

Un banquier à Paris

À l’instar de ses prédécesseurs, qui ont été ministres de l’Intérieur (Benmoussa) ou des Finances (comme Berrada), Benchaâboun, 59 ans, s’appuie aussi sur son passé de haut commis de l’État. Patron de 2008 à 2018 de la deuxième banque du pays, la BCP, groupe financier installé dans une dizaine de pays d’Afrique subsaharienne, il a été ministre des Finances de 2018 à 2021 dans le gouvernement El Othmani II, où il laisse un bilan honorable malgré un contexte économique difficile, dû à la crise sanitaire.

Survenue peu de temps après la très médiatisée affaire Pegasus, la décision de placer Mohamed Benchaâboun à la tête de l’ambassade du royaume à Paris est loin d’être anodine. Elle donne un indice des objectifs du Maroc dans sa relation avec la France, pays que le nouvel ambassadeur connaît bien.

Benchaâboun a un solide réseau au sein des entreprises du CAC 40

Comme la majorité des précédents ambassadeurs, il a effectué ses études dans les grandes écoles françaises – Chakib Benmoussa est diplômé de Polytechnique, Berrada de Sciences Po, etc.

Diplômé en 1984 de l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris, et époux de la première femme polytechnicienne du Maroc, Rachida Benabdallah, qui a dirigé le Centre monétique interbancaire et la compagnie d’assurance d’Othman Benjelloun, RMA Wataniya, Benchaâboun « connaît bien le milieu des affaires, les banquiers et le patronat français », affirme un ancien diplomate du royaume.

« Lorsqu’il était président de la BCP, il a développé un solide réseau avec les dirigeants des entreprises du CAC 40, présentes pour la plupart au royaume et dont sa banque a contribué à financer de nombreux projets, poursuit-il. Il a également développé un partenariat important avec la BPCE (avec ses principales marques Banque populaire, Caisse d’épargne et Natixis, c’est le 2e groupe bancaire en France, ndlr), à la fois pour le développement de l’offre pour les Marocains résidant à l’étranger, pour l’expansion des filiales des groupes marocains et français en Afrique subsaharienne, mais aussi à travers la création d’une holding panafricaine, l’AMIFA (Atlantic Microfinance for Africa), dont la BPCE est actionnaire. »

Rassurer les élites

« Benchaâboun incarne à sa façon l’idée que la France et le Maroc peuvent travailler ensemble en Afrique. Ce qui va permettre de rassurer les élites et de contrer l’idée prédominante dans les cercles français, d’une recherche d’hégémonie marocaine sur le business sur le continent », ajoute notre source.

À Paris, le Maroc nomme des personnalités discrètes, peu portées sur les mondanités, et qui bénéficient de la confiance royale

Tête bien faite, avec des réseaux solides, les ambassadeurs dans les grandes capitales comme Paris doivent avoir des qualités à part, comme nous le confie ce familier des arcanes de la diplomatie marocaine. « À Paris, le Maroc nomme toujours des profils de personnalités matures, discrètes, pas très portées sur les mondanités, et qui bénéficient surtout de la confiance royale. Ce sont également des personnalités au caractère ferme quand il s’agit de défendre les positions du royaume, que ce soit sur le Sahara, la migration ou les intérêts économique du pays. »