Politique économique
La directrice générale, Kristalina Georgieva, le Congolais Félix Tshisekedi, le Sénégalais Macky Sall et le Tunisien Kais Saïed.

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[Série] FMI-Afrique : cette fois, c’est différent ?

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Économie

FMI : l’après-Georgieva a déjà commencé (1/5)

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Mis à jour le 6 décembre 2021 à 14:52

Le président de la RDC Félix Tshisekedi et la directrice du FMI Kristalina Georgieva, au siège de l’institution à Washington, le 2 mars 2020. © IMF Photograph/Joshua Roberts

« FMI-Afrique : cette fois, c’est différent ? » (1/5) Soutenue par l’Europe et l’Afrique, sa directrice générale, Kristalina Georgieva, a sauvé son siège. En coulisse, certains continuent de protester, tandis que d’autres préparent la suite.

Un conseil d’administration réuni en urgence – ou de manière exceptionnelle – pour décider du maintien de la directrice générale à sa tête ? Une situation qui, hélas, a tendance, ces dernières années, à se répéter pour l’institution. À telle enseigne que lorsque l’actuelle DG du Fonds monétaire international (FMI) a été récemment éclaboussée par le scandale du rapport Doing Business 2018, les chances de la voir partir semblaient assez minces.

En effet, avant Kristalina Georgieva, nommée en octobre 2019, les noms de Dominique Strauss-Kahn, de Rodrigo Rato ou encore de Christine Lagarde, DG du Fonds jusqu’en 2019, ont été ballotés dans l’enceinte de l’organisation internationale. Reconnus coupables, relaxés, poursuivis ou ayant bénéficié d’une affaire classée sans suite, les trois derniers numéro un du FMI ont vu leurs actes passés au crible.

Finalement, seul l’Espagnol Rodrigo Rato aura été poursuivi pour des faits intervenus après son mandat au sein de l’institution washingtonienne. Strauss-Kahn, lui, sera d’abord blanchi par le FMI avant d’être contraint à la démission après des accusations d’agression sexuelle. Quant à Christine Lagarde, elle sera confortée à son poste malgré une condamnation pour négligence dans une affaire d’arbitrage alors qu’elle était ministre française de l’Économie.

Pays émergents

Mais, dans le cas présent, plusieurs points méritent de retenir notre attention. Tout d’abord, le rôle joué par Kristalina Georgieva – première ressortissante d’un pays de l’ex-bloc soviétique à occuper de telles fonctions – dans la protection des économies les plus touchées par la crise du Covid-19 constitue un argument de taille en sa faveur… Son positionnement a emporté le soutien de ces pays pauvres ou émergents, africains en tête, soucieux de préserver une continuité entre les règles édictées en 2020 et leur application concrète dans le temps.

Ce soutien est vital pour les nations africaines

Ce que rappelle une cadre au sein d’une institution financière africaine interrogée par JA : « Le FMI est le dépositaire par défaut des droits de tirage spéciaux (DTS) équivalant à 650 milliards de dollars supplémentaires alloués pour tous les pays, dont 33 milliards pour l’Afrique. » Et sous l’impulsion de sa directrice générale, l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) a abouti, ajoute-t-elle. Il en va de même pour la création du fonds de réduction de la pauvreté, le premier véhicule retenu pour redistribuer les DTS.

Une analyse qui rejoint le soutien apporté, dans les colonnes de Jeune Afrique, par de nombreux ministres africains à la haut fonctionnaire au début d’octobre. Ou encore, dans la société civile, la voix du milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim, qui rappelle que « ce soutien est vital pour les nations africaines ».

D’autre part, du fait des règles, tacites, de désignation du DG du FMI, la voix de l’Europe pour sauver le soldat Georgieva a largement compté. Traditionnellement, le patron du FMI est européen, tandis que le président de la Banque mondiale est américain. Le soutien du Vieux Continent à Georgieva fait donc sens face aux réticences des deux plus gros actionnaires du conseil d’administration du FMI que sont les États-Unis et le Japon.

Poids de l’Europe

Même si, en définitive, la décision du maintien de la Bulgare n’est pas intervenue après un vote formel, comme le conseil en a la possibilité, mais a, d’après plusieurs sources, fait l’objet d’un consensus. Consensus qui a atténué le rapport de force entre les pays membres. En la matière, la voix de la France a été déterminante, affirme un institutionnel français. C’est Paris qui aura œuvré pour rallier à sa cause Berlin, puis Rome, avant qu’ils tentent, à trois, de convaincre Britanniques et Américains.

Ces tractations et leur air de déjà-vu ont toutefois permis de remettre au centre des débats une autre revendication, ancienne, latente. Celle qui veut rebattre les cartes de la désignation du DG du FMI. À quand un représentant émergent, ou un binational (pour respecter la tradition européenne) ? Plusieurs chefs d’État du continent plancheraient, selon nos informations, sur un scénario qui verrait l’un de leurs ressortissants – plus vraisemblablement un Européo-Africain – prendre un jour les rênes de l’institution financière à l’issue du mandat de Kristalina Georgieva. Une révolution ?