Politique

Check-points, « hommes blancs », et inquiétudes… La Centrafrique à l’heure du cessez-le-feu

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Mis à jour le 19 octobre 2021 à 18:49

À Sibut se croisent les routes de Bambari et de Kaga Bandoro, deux villes convoitées par la CPC. © PATRICK FORT/AFP

Le 15 octobre, le président centrafricain a annoncé un cessez-le-feu immédiat dans le pays. Mais hors de la capitale, l’inquiétude et les menaces d’offensives rebelles sont toujours tenaces. Notre correspondant a pris la route de Sibut, une ville stratégique. Reportage.

Sur la route de Sibut, ce 17 octobre, rien n’indique que les esprits se sont apaisés. Depuis la capitale, Bangui, pour parvenir à cette ville située à 187 kilomètres plus au nord, il faut passer Damara, où se trouve la ferme du chef de l’État Faustin-Archange Touadéra, et de nombreux check-points. Il faut dire que Sibut est stratégique. C’est dans cette cité-carrefour que se croisent les routes de Bambari et de Kaga Bandoro, deux villes convoitées par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), la rébellion qui menace de renverser le gouvernement.

Le dispositif sécuritaire n’a pas changé depuis le 15 octobre minuit, lorsque le président a annoncé un « cessez-le-feu unilatéral », et « la fin des opérations militaires et de toute action armée sur l’ensemble du territoire national ». Faustin-Archange Touadéra dit ainsi vouloir « donner une chance » à la paix. Mais autour de Sibut, celle-ci a des allures de guerre. Tous les barrages sont gardés par des militaires lourdement armés. Certains sont des éléments de la sécurité présidentielle, d’autres appartiennent à des bataillon d’infanterie. On voit aussi des paramilitaires russes.

Rumeurs d’offensives

Le caporal-chef Sylvestre, la trentaine, fait partie des militaires détachés dans la ville de Sibut depuis décembre 2020. Il y a été déployé lors des premières offensives de la CPC contre les FACA, l’armée régulière. Kalachnikov en main, béret rouge vissé sur la tête, il fait le tour d’un pick-up blanc qui arrive sur la barrière. « Notre travail ici est de nous assurer que toutes les personnes qui entrent et qui sortent de la ville ont de bonnes intentions. Il y a des rumeurs selon lesquelles les rebelles veulent marcher sur Bangui et le point passage principal, c’est ici. On a redoublé de vigilance », nous raconte-t-il, tout en vérifiant l’identité des passagers.

Le cessez-le-feu est une décision politique. Si nous sommes menacés, nous avons le droit de nous défendre, dit un soldat de la sécurité présidentielle

L’officier ne comprend pas la décision du président centrafricain d’un cessez-le-feu. « C’est surprenant. Mais il est le patron. Il doit savoir pourquoi il a pris cette décision », dit-il avec hésitation. L’annonce présidentielle a coïncidé avec de nouvelles rumeurs d’offensives rebelles contre la capitale, qui ont renforcé l’inquiétude des populations. « Le jour même où le cessez-le-feu a été décrété, nous avons poursuivi des rebelles. Nous, on est des militaires. Le cessez-le-feu est une décision politique. Si nous sommes menacés, nous avons le droit de nous défendre », déclare un soldat de la sécurité présidentielle basée sur la route Bangui-Sibut.

Braver l’insécurité

Ce samedi 16 octobre est jour de marché à Sibut. Des vendeurs rallient la ville depuis les villages alentours pour vendre manioc, patates douces ou haricots. Kevin Wargoua lui, vend de la viande de brousse et fait beaucoup de trajet pour acheter la marchandise aux chasseurs. « Je pars souvent sur la route de Kaga Bandoro et je dois braver l’insécurité. C’est un grand risque car les rebelles sont en brousse, on le sait », raconte-t-il.

Le jeune homme de 28 ans a l’espoir que le cessez-le-feu gouvernemental soit respecté par les rebelles. « Si c’est le cas, je serai libre de vaquer à mes occupations », dit-il. Marlyse Bata, une femme qui rentre de l’église, est du même avis. « Depuis que les combats ont cessé dans la région, nous vivons plus tranquillement. J’espère que le cessez-le-feu va confirmer ce calme ».

Tout à coup, un pick-up surmonté d’armes lourdes passe. À son bord, deux hommes blancs. Marlyse Bata se ravise alors subitement. Elle salue d’un grand geste de la main le conducteur, et ajoute : « Ce sont les Russes ! Ils ne sont pas là pour qu’il y ait un cessez-le-feu. On veut que les opérations militaires se poursuivent pour en finir avec les rebelles ! »