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Côte d’Ivoire : mais que veut vraiment Laurent Gbagbo ?

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 18 octobre 2021 à 20:22

Laurent Gbagbo, président du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), lors du congrès du parti le 17 octobre 2021 à l’hôtel Ivoire. © OLIVIER

À peine élu à la tête de son nouveau parti, l’ancien président ivoirien a entretenu le flou dimanche 17 octobre. Tout en assurant qu’il ne cesserait jamais de faire de la politique, il a affirmé préparer sa succession.

« Mon ambition aujourd’hui, c’est de partir, mais pas de vous abandonner car je serai toujours un militant de notre parti, un militant de base. Je n’ai plus besoin de faire de démonstrations. Après ce parcours-là, la sagesse est de se décider à partir, mais pas brusquement ». Dans un long discours prononcé dimanche 17 octobre devant 1 600 militants, cadres et fidèles à l’occasion du congrès constitutif de sa nouvelle formation, « le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire » (PPA-CI), Laurent Gbagbo a entretenu le suspense sur son avenir politique et le rôle qu’il entend jouer dans les prochaines années. Non, il n’a jamais songé à arrêter à la politique, même pendant ses dix années de détention à La Haye, a-t-il assuré, tout en répétant que lui seul déterminerait de quelle manière il poursuivrait « le combat ».

À peine élu président de cette nouvelle formation politique, Laurent Gbagbo a indiqué avoir structuré le PPA-CI dans le but d’opérer « un retrait des aînés » de cet « instrument de lutte ». Veut-il mettre aux manettes une nouvelle génération avant la présidentielle de 2025 ? L’ancien chef de l’État n’a pas dit un mot sur cette échéance, alors qu’un débat pour l’instauration d’une limite d’âge à 75 ans pour être candidat a été récemment relancé. Si une telle disposition entrait en vigueur, elle le disqualifierait autant que ses principaux concurrents, le président Alassane Ouattara, et le chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié.

Fervent opposant

Bien que rivaux, les deux hommes se sont entretenus avec Laurent Gbagbo depuis son retour en Côte d’Ivoire en juin dernier et avaient envoyé des représentants à ce congrès. Dans un message lu à la tribune, Henri Konan Bédié a souhaité « longue vie au nouveau parti de Laurent Gbagbo », lui adressant « plein succès dans ses missions dont celle notamment d’un acteur important de la réconciliation inclusive en Côte d’Ivoire à (ses) côtés. » Adama Bictogo et Célestine Trazéré Olibé, les représentants du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), ont quant à eux été longuement applaudis.

Beaucoup s’interrogent sur son état de santé, que l’on sait chancelant

Malgré la présence de ces cadres du parti présidentiel, les critiques contre la politique de l’exécutif ont été acerbes durant le congrès de ce nouveau parti qui se revendique « socialiste » et « panafricaniste ». Le manifeste du parti dénonce notamment « un recul évident des acquis démocratiques », « les manipulations de la Constitution et des règles électorales » et « une paupérisation et un accroissement des inégalités ».

Épées de Damoclès

Opposant combatif, président de parti effacé ou « simple militant » ? Futur candidat ou chef d’État à la retraite ? Laurent Gbagbo n’a pas voulu lever le flou, et ses lieutenants ne s’y risquent pas. D’autant que l’avenir politique du « Woody » ne dépend pas exclusivement de ses envies. D’abord, même s’il s’est montré très en verve sur la scène du palais des congrès de l’hôtel Ivoire ce week-end, déclenchant ovations et rires malgré une diction lente, beaucoup s’interrogent sur son état de santé, que l’on sait chancelant. Ensuite, des dossiers judiciaires restent menaçants : il a été condamné dans l’affaire dite du « casse » de la BCEAO.

« Gbagbo a été condamné à 20 ans, donc on va lui interdire d’être président ? (….) Une condamnation que je récuse, que je ne reconnais pas, ce n’est pas mon problème. Même si demain on me dit que je ne suis pas président à cause de cette fausse condamnation, il faut que le parti soit en capacité de continuer sa route », a-t-il lancé sous les applaudissements, sans que l’on sache vraiment à quelle « présidence » il faisait référence : celle de son parti, ou de celle de la République.