Politique

José Manuel Albares : « L’Espagne a encore beaucoup à offrir à l’Afrique »

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Mis à jour le 24 octobre 2021 à 10:16

José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères depuis juillet 2022. © DR

Quatre mois après sa nomination, le chef de la diplomatie espagnole détaille la mise en œuvre du programme de coopération initié par Madrid à destination du continent.

Jeune Afrique : Vous avez pris vos fonctions en juillet… Quelle est votre feuille de route concernant l’Afrique ?

José Manuel Albares : L’Afrique a toujours revêtu une importance géostratégique et nous avons la ferme intention d’accompagner le continent dans ses transformations. Avec 22 ambassades, l’Espagne est l’un des pays de l’Union européenne (UE) les mieux représentés à travers l’Afrique subsaharienne. Madrid a déjà beaucoup fait et je suis convaincu que nous avons encore beaucoup à offrir.

Depuis votre nomination, les relations semblent s’apaiser avec le Maroc. Confirmez-vous cette détente ?

Nous constatons en effet une amélioration du contexte et les signaux que nous recevons du Maroc ces derniers mois sont positifs. Les messages publics du Roi Mohamed VI sont également très clairs. Nous sommes, de notre côté, prêts à ouvrir une étape nouvelle dans notre relation, fondée sur la confiance, la transparence et le respect des engagements pris.

Comment deux partenaires comme l’Espagne et le Maroc ont-ils pu connaître une telle crise ?

Maintenant que la communication est rétablie, le plus important est de travailler pour éviter la répétition de telles situations. Nos relations diplomatiques restent intactes, notre ambassadeur est toujours à Rabat. La décision du retour à un fonctionnement normal de l’ambassade du Maroc à Madrid relève maintenant exclusivement des autorités marocaines.

Avec le Plan Afrique III, dévoilé en 2019, l’Espagne a montré qu’elle avait des ambitions sur le continent africain. Deux ans plus tard, où en êtes-vous ?

Le Plan Afrique III établit un partenariat global avec le continent, couvrant les domaines sécuritaires, politiques et économiques. Il implique les institutions – gouvernement, administration, ambassades –, mais aussi la société civile, les collectivités locales, les entreprises et les universités espagnoles. Rien de comparable n’avait jamais été proposé par notre politique étrangère, en direction de l’Afrique ou de toute autre région du monde.

Nous avons accueilli de nombreuses visites de responsables africains

La pandémie de Covid-19, nous a certes contraints à limiter nos déplacements, mais nous avons accueilli de nombreuses visites de responsables africains. Nana Akufo-Addo, le président ghanéen, était à Madrid en mars lors de la présentation du programme Focus Afrique 2023. Son homologue angolais, João Lourenço, était en visite en septembre. Nous avons également eu des consultations politiques avec le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Soudan et la Côte d’Ivoire. À l’échelle bilatérale, nous avons ouvert des discussions consacrées à l’Afrique avec nos partenaires européens – la France, l’Italie ou le Portugal –, ainsi qu’avec d’autres pays amis tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Tout cela témoigne de l’intérêt de l’Espagne à devenir un acteur majeur dans les relations avec le continent. Depuis deux ans, nous renforçons aussi nos relations avec les organisations continentales. Avec l’Union africaine (UA) par exemple, nous négocions un nouvel instrument d’une portée beaucoup plus large que le mémorandum d’entente en matière de coopération, signé en 2009.

Le programme Focus 2023 s’inscrit-il dans la continuité du plan Afrique III ?

Il s’agit du programme d’action du Plan Afrique III, avec une importante mise à jour sur deux nouvelles réalités : un défi, celui de la crise de Covid-19 et de la nécessité d’être prêt pour le « scénario post-pandémique » ; et une opportunité, avec la création d’une zone de libre-échange sur le continent africain, la Zlecaf. Celle-ci marquera un tournant sur le continent et aura des répercussions directes sur nos relations. Le Plan Afrique n’a pas de date d’expiration, alors que Focus 2023 est assorti d’un délai spécifique de mise en œuvre qui correspond à la durée de la législature.

La sécurité, la bonne gouvernance et la mobilité ordonnée sont essentielles au développement durable et au partage équitable des ressources

Qu’est-ce que l’Espagne peut apporter de spécifique à l’Afrique ?

C’est à nos partenaires africains d’évaluer nos forces et nos faiblesses. Notre expérience dans le domaine des réformes institutionnelles, le dynamisme de nos entreprises et leur capacité avérée à s’adapter aux besoins d’autres pays, ainsi que la vocation de la société espagnole à partager ses acquis dans le domaine des droits et des libertés sont des atouts réels qui correspondent, selon moi, aux aspirations des Africains.

Diriez-vous que les priorités espagnoles sur le continent sont aujourd’hui davantage axées sur la sécurité et l’immigration, ou sur le volet économique ?

Nos priorités sont interdépendantes : la sécurité, la bonne gouvernance et la mobilité ordonnée sont essentielles au développement durable et au partage équitable des ressources. C’est exactement l’approche de l’« Agenda 2063 » adopté par l’UA, qui inspire notre orientation stratégique. Nous avons des priorités partagées avec l’Afrique. Ou plutôt, avec les personnes qui vivent sur le continent.

Vous étiez ambassadeur d’Espagne à Paris. Quel regard portez-vous sur la relation de la France avec l’Afrique?

La France dispose de solides liens historiques avec l’Afrique subsaharienne, que nous n’avons pas. Mon passage comme ambassadeur à Paris m’a permis de constater que l’expérience française est intéressante pour notre propre stratégie. La décision de placer la société civile, et en particulier les jeunes, au centre du « Sommet Afrique-France » du 8 octobre à Montpellier coïncide avec notre conviction que les relations entre l’Europe et le continent dépassent celles que les gouvernements entretiennent.