Politique

Côte d’Ivoire – Laurent Gbagbo : « Je ferai de la politique jusqu’à ma mort »

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 18 octobre 2021 à 07:08

Laurent Gbagbo, le samedi 16 octobre 2020 lors du lancement de son nouveau parti. © DR / Copie écran L.Gbagbo

Sans surprise, l’ancien président a été porté à la tête de sa nouvelle formation politique, baptisée Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire. « Nous allons reprendre le chemin ensemble », a-t-il lancé à ses partisans, se disant prêt à poursuivre le combat « comme un simple militant ».

Quatre mois après son retour à Abidjan, Laurent Gbagbo, 76 ans, signe officiellement son grand retour dans le jeu politique ivoirien. L’ancien président a été porté dans la nuit de samedi à dimanche à la tête de son nouveau parti, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), à l’issue d’un vote par acclamation.

« Nous avons pleuré », confie un militant, tandis qu’un autre décrit la « ferveur » qui s’est emparée de la salle des congrès de l’Hôtel Ivoire lors d’un moment que tous s’accordent à qualifier « d’historique ».

« Nous allons reprendre le chemin ensemble », a lancé Laurent Gbagbo au cours d’un long discours, le premier devant un parterre de militants et de cadres depuis son retour, prononcé dimanche 17 octobre à la mi-journée, accueilli sur une scène décorée aux couleurs du drapeau ivoirien par des « Woody ! Woody ! Woody ! » – son surnom.

« Mon ambition »

D’un débit lent mais très en verve, porté par une salle de militants chauffés à blanc et par les stars du zouglou Yodé et Siro, l’ancien président a assuré qu’il n’avait jamais pensé à abandonner la politique, même pendant ses dix années de détention à La Haye. « Je ferai de la politique jusqu’à ma mort, mais c’est moi et moi seul qui déciderai sous quelle forme je continue mon combat », a -t-il assuré. Un combat qu’il n’exclut pas de poursuivre un jour « comme un simple militant ».

Laurent Gbagbo a expliqué avoir échafaudé « pendant des mois » la structure du PPA-CI dans le but de « préparer [son] retrait » pour partir « tranquillement dans [son] village, sans regret ». « Comment partir demain sans causer des dommages à notre instrument de combat ? Mon ambition, aujourd’hui, c’est de partir, mais pas de vous abandonner car je serai toujours un militant de notre parti, un militant de base, a-t-il poursuivi. Je n’ai plus besoin de faire de démonstrations. Après ce parcours-là, la sagesse est de se décider à partir, mais pas brusquement. […] Vous devez savoir que je suis avec vous. » Pas un mot sur 2025 et la prochaine présidentielle, une échéance qui était ce week-end dans les esprits de tous les militants, alors qu’un débat pour l’instauration d’une limite d’âge à 75 ans pour se présenter à la présidentielle a été récemment relancé.

Quand tu vas à l’Élysée, tu te prends pour un grand mais est-ce que celui qui t’accueille te prend pour un grand ?

Le PPA-CI s’affiche comme « panafricaniste » et « à gauche », tourné vers « des valeurs universelles, de solidarité et d’humanisme, contre les conquêtes et les oppressions étrangères », a indiqué Laurent Gbagbo.

Son premier président a offert un long plaidoyer en faveur de l’union des pays africains : « Quand tu vas à l’Élysée, tu te prends pour un grand mais est-ce que celui qui t’accueille te prend pour un grand ? Est-ce que la réalité des faits, la réalité politique te considère comme un grand ? Tant que nous serons dans des micro-États comme ça, nous ne serons rien, c’est de là que part l’idée de panafricanisme. Pas la peine de chercher des théories, il faut regarder les faits. Nous, on se promène partout en disant qu’on est les premiers producteurs de cacao, et puis après ? »

Retour des exilés

Laurent Gbagbo a aussi évoqué son vieux compagnon de route, Aboudramane Sangaré décédé en 2018. « C’est l’histoire de ma vie, le fait qu’il ne soit pas là me peine beaucoup », a-t-il confié, quelques militants lui lançant des « yako ». Il a plaidé de nouveau pour le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques. « Les gens sont allés en prison à cause de moi, maintenant je suis au dehors, que font-ils dedans ? Ils n’ont plus rien à faire en prison dès l’instant [où] j’ai été libéré et acquitté. Ce n’est pas un combat mais une logique », a-t-il lancé sous une ovation.

« Le parti a déjà mobilisé 90 300 personnes avant même d’aller sur le terrain. Nous avons donc, au bas mot, à la création du PPA-CI, 90 300 adhérents », a affirmé l’ancien ministre Sébastien Dano Djéné, qui présidait le congrès. Il a également dévoilé le logo du nouveau parti : les doigts de deux mains entrelacés et une carte de l’Afrique en toile de fond. Une date a également été choisie pour « fêter » chaque année cette « renaissance » : le 31 mars, jour de l’acquittement de Laurent Gbagbo par la Cour pénale internationale (CPI), où il était jugé pour crimes contre l’humanité.

Simone Gbagbo absente

Ce dimanche, c’est Célestine Tazéré Olibé, députée du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui représentait le parti présidentiel, après Adama Bictogo la veille.

Une absence a en revanche été très remarquée : celle de l’ancienne première dame, Simone Gbagbo, en instance de divorce d’avec son époux et en déplacement en RDC. Depuis le retour de l’ancien président, qui a refait sa vie, elle a lancé son propre mouvement qui réunit ses principaux soutiens après s’être dit « peu encline » à s’associer à ce nouveau parti, vexée d’avoir été reléguée au second plan lors de la mise en place du comité chargé de sa création.

Laurent Gbagbo, qui a fondé avec elle le Front populaire ivoirien (FPI) dans la clandestinité en 1982, avait annoncé ces dernières semaines sa décision de mettre fin au bras de fer juridique qui l’opposait depuis plusieurs années à Pascal Affi N’Guessan pour le contrôle du parti en lançant une nouvelle formation.