Politique

Côte d’Ivoire : l’heure de la « renaissance » pour Laurent Gbagbo

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 16 octobre 2021 à 18:26

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo © ISSOUF SANOGO/AFP

Quatre mois après avoir retrouvé la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo signe officiellement son retour en politique avec le congrès constitutif de son nouveau parti. Avec une grande absente, Simone Gbagbo. Et une présence très remarquée : celle d’Adama Bictogo.

Avec trois heures de retard sur l’horaire prévue, Laurent Gbagbo a été longuement ovationné ce samedi 16 octobre à son entrée dans la salle de congrès de l’Hôtel Ivoire d’Abidjan. Une salle de 1 650 places galvanisée, pleine à craquer, les services de sécurité contenant difficilement tous ceux à qui l’accès a été refusé.

L’ancien président officialise ce week-end son retour en politique avec le congrès constitutif de son nouveau parti, quatre mois après son retour à Abidjan – cela avait signé la fin de dix années de poursuites par la Cour pénale internationale. « Un jour historique », selon de nombreux partisans de l’ancien chef de l’État qui ne prendra la parole que dimanche.

L’élection du président et du bureau de cette nouvelle formation politique « panafricaniste » et visant à « réunir la gauche », qui devrait s’appeler « Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire », doit se tenir dans la nuit.

Objectif : présidentielle

« Les mots nous manquent, c’est une renaissance après les difficultés que nous avons rencontrées. Nous remettons les clés du Front populaire ivoirien (FPI) à Pascal Affi N’Guessan et nous repartons sur de nouvelles bases », s’enthousiasme Serie Bezo, encarté au FPI depuis 1990, à Soubré. « Le parti que nous avons quitté, dans lequel nous avons laissé du sang, de la sueur et nos vies, a été ‘brigandé’ par Affi N’Guessan. Cette situation nous faisait perdre espoir en notre instrument de lutte. Aujourd’hui, nous retrouvons cet espoir », exulte pour sa part Boliga Gnekpie Enfanchery de la fédération de Port-Bouët.

Laurent Gbagbo, qui a fondé le FPI dans la clandestinité en 1982, avait annoncé il y a quelques semaines sa décision de mettre fin au bras de fer juridique qui l’opposait à son ancien Premier ministre, Pascal Affi N’Guessan, pour le contrôle du FPI en lançant sa propre formation. « La création de ce nouveau parti nous permet de contourner les obstacles et de fonctionner à nouveau librement », se réjouit Pierre-Quintus Gnonblesson, membre du secrétariat général du FPI depuis 1989 qui espère « rattraper le temps perdu ». Tous ont en tête un objectif : la présidentielle de 2025.

Au premier rang de ce congrès préparé depuis des semaines, toute la garde rapprochée de Laurent Gbagbo : Assoa Adou, le secrétaire général de la branche pro-Gbagbo du FPI (GOR), Georges-Armand Ouégnin, le président de la plateforme Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), Hubert Oulaye, le président du groupe parlementaire EDS à l’Assemblée nationale, Sébastien Dano Djédjé, ex-ministre de la Réconciliation nationale et ou encore l’ancien exilé Justin Koné Katinan.

Bictogo mais pas Simone

Des représentants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié sont là, et, plus étonnant, Adama Bictogo pour le parti présidentiel. « Ma présence ici s’inscrit dans le cadre du raffermissement des relations entre le président Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. Le président, en me demandant de le représenter lors de ce congrès, veut traduire en acte sa volonté de cohésion sociale, montrer qu’il va de l’avant, au-delà des incompréhensions et des crises », explique-t-il.

Alassane Ouattara a reçu le 26 juillet son ancien rival pour une rencontre de « réconciliation ». Adama Bictogo a été longuement applaudi, une première fois sous l’impulsion de la diva Aicha Koné qui a entonné sur scène plusieurs de ses grands succès, puis lors d’une prise de parole sur scène. Des élus ou représentants officiels de plusieurs pays dont le Mali, la France, la Russie ou encore les États-Unis, ont aussi fait le déplacement.

Grande absente de l’événement : l’ancienne première dame Simone Gbagbo en instance de divorce d’avec son époux qui a depuis refait sa vie. Sur son compte Facebook, elle a expliqué être en RDC à l’invitation de la Fondation Olangi-Wosho en tant que conférencière des 30 ans d’existence du Ministère chrétien du combat spirituel. Simone Gbagbo a lancé un mouvement de soutien fin septembre après s’être dit « peu encline » à s’associer à ce nouveau parti. Elle avait été reléguée au second plan du comité chargé d’organiser sa création.