Politique

RDC : Denis Kadima désigné pour prendre la tête d’une Ceni déjà controversée

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 18 octobre 2021 à 17:07

Denis Kadima est candidat à la présidence de la Ceni. © DR

Après des mois de blocage, Denis Kadima, soupçonné par les catholiques et les protestants d’être proche du président Tshisekedi, a été confirmé par les députés à la tête de la commission électorale.

Deux ans après la fin théorique de son mandat, l’ancien président de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni), Corneille Nangaa, contraint ces dernières semaines d’entamer les premiers préparatifs pour les scrutins de 2023, devrait enfin passer la main.

Après plusieurs semaines de blocage, de tractations interminables et de crispations au sein de la majorité, l’Assemblée nationale a entériné ce samedi 16 octobre, dans un contexte tendu, le nom de son successeur. Il s’agit de Denis Kadima, expert électoral de 60 ans. Ce choix doit encore être validé par ordonnance présidentielle.

Candidat des kimbanguistes, il était soutenu par six des huit confessions religieuses chargées de désigner le président de la commission électorale. Mais son profil était jugé problématique par les leaders catholiques (réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco) et protestants (réunis au sein de l’Église du Christ du Congo, ECC), qui l’accusent d’être trop proche du président Félix Tshisekedi.

À plusieurs reprises, le duo Cenco-ECC a dénoncé des « pressions » du pouvoir pour imposer la candidature de Kadima, sans toutefois montrer les « preuves » dont ils assurent disposer. À l’issue d’une ultime réunion le 2 octobre, les chefs des confessions religieuses s’étaient séparés sans parvenir à trouver un consensus. La question devait donc être tranchée à l’Assemblée nationale, à laquelle le chef de l’État avait demandé de mettre fin au blocage d’ici la fin de la session parlementaire.

Plénière chahutée

C’est donc chose faite. Le président de la Chambre basse, Christophe Mboso, fidèle allié de Félix Tshisekedi, a entériné, à l’issue d’un vote à main levée, le PV de désignation déposé par les six confessions religieuses soutenant Denis Kadima.

La séance s’est déroulée lors d’une séance chahutée et fermée pour l’occasion aux journalistes. Seule la RTNC, la télévision nationale, était présente pour retransmettre les débats. La plénière s’est ouverte avec l’adoption de l’ordre du jour et le discours de Christophe Mboso, et sous les sifflets des députés de l’opposition. Certains élus de l’Union sacrée ont même fait l’objet de jet d’œufs.

Initialement prévue vendredi 15 octobre, mais reportée à la dernière minute en raison d’ultimes blocages au sein de la majorité sur la composition du bureau de la Ceni, la plénière du jour a aussi permis de valider le rapport de la commission paritaire.

Cette dernière était chargée de donner son avis sur les différents candidats (issus de la majorité, de l’opposition et de la société civile) qui seront membres du bureau de la Ceni. Mais cette commission a également fait l’objet d’une importante controverse, l’opposition ayant notamment refusé d’y envoyer ses délégués.

Plusieurs postes stratégiques étaient en jeu. Parmi eux, celui de premier vice-président de la Ceni, un poste aux prérogatives très étendues qui a été confié à Bienvenu Ilanga, l’un des nombreux membres du Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila à avoir rejoint la coalition de Félix Tshisekedi. Le poste très disputé de rapporteur a été confié à Patricia Nseya, membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel.

« Ligne rouge »

Plusieurs formations politiques, de l’opposition (à l’image de Lamuka ou du FCC) comme de la majorité, sont vent debout contre les conclusions de cette commission et dénoncent un processus « irrégulier ».

Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, allié de Tshisekedi, a dénoncé vendredi dans un communiqué, « le forcing, les pratiques de débauchage et de corruption tendant à imposer au peuple congolais, par la voie d’une Ceni de pacotille, un nouveau cafouillage électoral en 2023 dans le seul but de d’établir un pouvoir totalitaire et inique ».

Deuxième force politique de l’Union sacrée, le parti de l’ancien gouverneur du Katanga, soupçonné de vouloir se présenter à l’élection présidentielle de 2023, souhaitait notamment obtenir le poste de rapporteur au sein du bureau de la Ceni, mais s’est heurté au refus du parti présidentiel.

Les négociations ont été menées en coulisses par un trio proche de Tshisekedi : le Premier ministre, Sama Lukonde Kyenge, Christophe Mboso et le premier vice-président de la Chambre basse, Jean-Marc Kabund, patron de l’UDPS.

Dans son communiqué paru vendredi, le parti de Moïse Katumbi, a annoncé qu’il allait « réévaluer » sa participation à l’Union sacrée. Dans l’interview qu’il avait accordé à Jeune Afrique en août dernier, Katumbi avait fait de cette question de la Ceni une « ligne rouge », dénonçant « ceux qui manœuvrent pour faire en sorte que ce scrutin ne soit ni équitable, ni transparent, ni inclusif ».

Depuis plusieurs semaines, la coalition Lamuka, animée par Martin Fayulu et Adolphe Muzito, multiplie les déclarations pour rejeter la politisation de la Ceni. Les deux opposants, qui ont tenu un meeting il y a une semaine pour protester contre le processus de désignation en cours, organisaient encore ce samedi une manifestation.