Économie

Mobile money : au Nigeria, MTN et Airtel se sentent lésés

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Mis à jour le 9 novembre 2021 à 13:58

L’Afrique subaharienne compte 548 millions d’utilisateurs du mobile money en 2020. Ici, jeune femme sur son scooter consultant son téléphone portable à Ouagadougou, Burkina Faso. © Getty Images

La licence permettant aux compagnies télécoms d’offrir des services de paiement n’a été délivrée qu’à deux des quatre plus grands opérateurs du pays. Au grand dam de MTN et Airtel.

Au Nigeria, la bataille pour développer le marché à fort potentiel du mobile money est engagée. Et, si elle oppose opérateurs nationaux aux acteurs étrangers, elle implique aussi la Banque centrale du Nigeria (CBN), dont la stratégie est sous le feu des critiques.

Après des années d’incertitudes et d’attente, la CBN a enfin autorisé, en août 2020, les compagnies de télécoms à proposer des services de paiement mobile.

Favoritisme ?

Mais, jusqu’à présent, ce sont uniquement les acteurs nationaux Money Master de Globacom et 9PSB de 9Mobile, respectivement deuxième et quatrième en nombre d’abonnés sur le réseau mobile qui ont pu bénéficié de cette licence.

Malgré leurs efforts, les sociétés étrangères opérant au Nigeria, dont le sud-africain MTN et l’indien Airtel respectivement premier et troisième en nombre d’abonnés mobile –, n’ont pas reçu le feu vert du régulateur bancaire. Une situation qui génère des tensions : MTN et Airtel s’estiment discriminés, une lecture vivement rejetée par la CBN.

Les opérateurs télécoms espéraient atteindre 35 millions de clients en un an

Démentant l’existence de tout favoritisme, Olubukola Akinwunmi, le responsable de la politique de système de paiement du régulateur, a indiqué que les entreprises de télécommunications n’ayant pas obtenu la licence n’étaient tout simplement « pas en mesure de satisfaire les exigences de la PSB », organisme auprès duquel la demande de licence doit être déposée.

Dans le courant de 2021, la CBN a exposé la procédure à suivre pour entrer sur le marché du mobile money. Ainsi, les compagnies de télécoms sont tenues de demander une licence à la Payment Service Bank (PSB) et d’effectuer un dépôt minimum de capital non remboursable de 5 milliards de nairas (12,2 millions de dollars).

Résultats décevants

En dépit du flou existant sur le montant à verser, et du fait que la licence ne porte que sur un nombre limité de services (les comptes épargne, porte-monnaie électroniques, dépôts, cartes prépayées mais pas l’octroi de prêt par exemple), tous les opérateurs télécoms – MTN, Airtel, 9mobile, Ntel et Globacom – ont engagé les démarches tant le potentiel du marché est important.

Misant sur leurs infrastructures et leur réseau d’agences, les cinq opérateurs télécoms espéraient atteindre 35 millions de clients en un an, 70 millions en deux ans et 90 millions en 30 mois.

Au Nigeria, qui comptait 15,3 millions de clients mobile money en 2019, 43 % des transactions sont réalisées en ligne, un chiffre qui doit progresser ces prochaines années.

Octroyer des licences à Airtel et MTN serait la meilleure chose à faire

Estimé à 36 %, le taux d’exclusion financière du pays est plus élevé que celui de nombre de pays d’Afrique subsaharienne, dont l’Afrique du Sud (7 %), la Namibie (22 %), le Kenya (11%), le Rwanda (7%) et l’Ouganda (22%). Il devait bondir à 80 %, quand le taux de financement formel devait, lui, atteindre les 70 %, grâce l’essor du mobile money. En vain pour le moment.

Améliorer l’inclusion financière

« La CBN a délivré la licence aux opérateurs de télécommunications nigérians pour leur permettre d’avoir une longueur d’avance, mais ils n’ont pas vraiment été en mesure de faire beaucoup de progrès en dix-huit mois », pointe une source proche de l’un des deux opérateurs s’estimant lésé.

« Octroyer des licences à Airtel et MTN, qui contrôlent 60 % à 65 % des abonnés mobile au Nigeria et couvrent notamment les zones rurales pauvres, où les habitants n’ont pas accès aux instruments financiers, serait la meilleure chose à faire », plaide-t-elle.

Une pleine participation de tous les acteurs aura un fort impact sur l’essor de l’argent mobile

Et elle n’est pas la seule. Tajudeen Ibrahim, vice-président senior et responsable recherche et stratégie au sein de Chapel Hill Denham, société d’investissement étéblie à Lagos, défend aussi une ouverture de la licence à l’ensemble des opérateurs.

« Nous estimons que 63 millions de personnes supplémentaires auront accès aux services financiers si MTN et Airtel obtiennent la licence bancaire de service de paiement. Une pleine participation de tous les acteurs télécoms aura un fort impact sur l’essor de l’argent mobile. Cela améliorera l’inclusion financière », assure-t-il.

Selon les chiffres de juillet de 2021 de la Commission nigériane des communications (NCC), MTN Nigeria était le premier opérateur du pays avec plus de 73 millions abonnés au réseau mobile (soit 39 % de parts de marché), devant Globalcom, en deuxième position avec plus de 51 millions d’abonnés (27,28 %).

Airtel et 9Mobile occupaient les troisième et quatrième positions avec 50,3 millions (26,83 %) et 12,9 millions (6,89 %) d’abonnés respectivement. MTN et Airtel représentaient donc un total de 120 millions d’abonnés, soit 65,9 % du marché. Ces données feront-elles changer d’avis la CBN ?