Politique

Côte d’Ivoire : Robert Beugré-Mambé… Abidjan, c’est lui !

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Mis à jour le 31 octobre 2021 à 10:36

Depuis 2014, Robert Beugré-Mambé a lancé un programme de 150 villages du district autonome d’Abidjan, ainsi que la construction de logements sociaux à Bingerville et à Grand-Bassam. © Issam Zejly pour JA

Ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan depuis 2011, député de Songon depuis 2018 et poids lourd de la majorité, Robert Beugré-Mambé veut rendre sa ville plus attractive.

Plus de dix années sont passées. Mais Robert Beugré-Mambé s’en souvient-il encore lorsqu’il s’installe dans son vaste bureau au Plateau ? En février 2010, il était président de la commission électorale indépendante (CEI) et tentait de sauver sa tête. Contre vents et marées, il avait refusé de démissionner. Il vivait alors reclus dans sa villa des II Plateaux, où une centaine de militants de l’opposition montaient la garde. Le bruit avait couru qu’il risquait d’être arrêté. La foi de ce prédicateur et fils de pasteur l’avait alors aidé à tenir. Face aux accusations de fraude des autorités, il confiait, impassible, à Jeune Afrique : « C’est la croix que je dois porter. Je la porterai avec toute la sérénité nécessaire. Ma foi profonde est que la vérité de Dieu va finir par s’imposer. »

La suite ? Le gouvernement dissous par Laurent Gbagbo, et lui, démis de ses fonctions. Et puis, un second tour contesté, qui a conduit le pays dans une crise sanglante. Après une telle disgrâce, le voilà aujourd’hui à la tête d’Abidjan, au cœur du pouvoir économique et politique du pays, et qui concentre près de 5 millions d’habitants d’après le dernier recensement de 2014. Depuis 2011, ce poids lourd du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) est à la tête de la ville dont Alassane Ouattara a fait la vitrine de la modernisation qu’il souhaite apporter à la Côte d’Ivoire.

En perpétuel chantier

Né le 1ᵉʳ janvier 1952 à Abiaté, près de Dabou, à quelques kilomètres d’Abidjan, Beugré-Mambé termine vice-major de l’École nationale supérieure des travaux publics (ENSTP) en 1976, puis poursuit sa formation d’ingénieur au Centre des hautes études de la construction (CHEC), à Arcueil, près de Paris. De retour au pays, il intègre le Bureau d’études techniques et il est promu directeur de cabinet du ministre de la Construction, en 1981. Il suit alors les grands dossiers en matière d’habitat, d’environnement et d’aménagement urbain. En 1997, il quitte la fonction publique pour devenir consultant pour la Banque mondiale et divers cabinets privés puis accède, en 2002, au poste de vice-gouverneur du district autonome d’Abidjan.

Devenir gouverneur en 2011, après la crise, était comme un retour à la maison. Mais cette fois-ci, c’est lui le capitaine à bord. Beugré-Mambé nourrit des projets pour les treize communes qui forment Abidjan. D’Abobo à Bingerville en passant par Cocody ou Yopougon, chacune a ses réalités et ses défis. « Abidjan est doux », aime-t-on à répéter au bord de la lagune Ébrié. Mais surtout, elle est en perpétuel chantier pour absorber le flot grandissant de populations venues d’autres villes du pays ou d’expatriés.

C’est une satisfaction de constater qu’Abidjan reprend sa place, perdue à cause des crises passées, se réjouit la responsable communication du district

En 2014, le gouverneur a lancé un programme de désenclavement des villages du district autonome d’Abidjan. Cent cinquante villages sont concernés par des projets de bitumage, d’électrification, d’adduction en eau potable et d’assainissement. « Après une première phase qui a permis de construire 110 km de voies pour un budget de 53 milliards de francs CFA, nous lançons une autre phase de 156 km », se réjouit Nicolas Baba Coulibaly, responsable de communication du district.

Le gouverneur est aussi à l’initiative de la construction de logements économiques et sociaux à Bingerville et à Grand-Bassam, pour répondre à la demande de plus en plus importante. « C’est une satisfaction de constater qu’Abidjan reprend la place qu’elle n’aurait pas dû perdre à cause des crises passées. Le retour des organisations internationales est la preuve que la Côte d’Ivoire est de retour et prend toute sa place de locomotive de la sous-région », ajoute Nicolas Baba Coulibaly.

Réseau international

Une dizaine d’années après son arrivée au district, Beugré-Mambé occupe une place de choix dans la majorité.  En mars 2018, il est élu député de Songon, une commune du district à l’ouest de Yopougon, permettant au parti de renforcer son assise sur la ville. Il s’est également construit un réseau à l’international et est secrétaire général de l’association des maires francophones. Lorsque la Côte d’Ivoire accueille les Jeux de la francophonie en 2017, c’est lui qui est à la manœuvre en tant que ministre chargé du dossier auprès du président de la République.

Avec le président français, Emmanuel Macron, à qui il remet les clés de la ville après l’avoir fait citoyen d’honneur, le 21 décembre 2019.

Avec le président français, Emmanuel Macron, à qui il remet les clés de la ville après l’avoir fait citoyen d’honneur, le 21 décembre 2019. © LUDOVIC MARIN/AFP

Le district qu’il dirige bénéficie d’une certaine autonomie dans sa gestion. Il est financé en partie par des recettes affectées par l’État, par la collecte de taxes locales, et par des projets spécifiques. Mais au quotidien, cette gestion est souvent source de tensions entre les différents niveaux d’administration. Des conflits opposent régulièrement le district d’Abidjan aux communes.

Dernier exemple en date, le bras de fer très politique qui a opposé Beugré-Mambé à Jacques Ehouo, maire PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) du Plateau, la commune la plus puissante du district. Le jeune élu avait dénoncé un abus de pouvoir lorsque, au début de juillet, des équipes du district ont démoli des aménagements d’embellissement financés par la mairie et dont les travaux étaient presque terminés. Les équipes du gouverneur avaient répondu avec fermeté ne pas accepter un passage en force et ne pas se laisser dépouiller de ses prérogatives. Le ministère de l’Intérieur, qui chapeaute ces deux entités, a été saisi.

En juin dernier, Alassane Ouattara a signé un décret créant 12 nouveaux districts. Ils sont désormais au nombre de 14, avec celui de Yamoussoukro et celui d’Abidjan. Le chef de l’État a rencontré les nouveaux gouverneurs, qui bénéficient du titre de ministre, afin de leur détailler le rôle qu’ils auront à jouer pour une décentralisation plus efficace.