Culture

Béchir Ben Yahmed : « J’assume », un autoportrait à l’encre verte

Mis à jour le 31 octobre 2021 à 17:00

Béchir Ben Yahmed à Jeune Afrique, le 19 octobre 2010. © Bruno Levy pour JA

Les Mémoires du fondateur de « Jeune Afrique » sortent le 3 novembre aux Éditions du Rocher. Une foisonnante épopée qui vit coïncider la vie d’un homme, la réussite d’une entreprise et l’émergence d’un continent.

Six mois jour pour jour après sa disparition le 3 mai 2021 à Paris, Béchir Ben Yahmed nous livre à titre posthume ses Mémoires, tant attendus et longtemps espérés par tous ceux que la personnalité et le parcours exceptionnels du fondateur de Jeune Afrique fascinent, passionnent et intriguent à la fois. Le « making of » de cette foisonnante traversée du siècle qui vit, dans un singulier alignement de planètes, coïncider la vie d’un homme, la réussite d’une entreprise et l’émergence d’un continent, aura duré une décennie entière.

Au départ réticent (« Ce qui est intéressant ce n’est pas ma personne, c’est Jeune Afrique »), puis convaincu par quelques proches, parmi lesquels Jean-Louis Gouraud et Renaud de Rochebrune, de la nécessité historique et pédagogique de l’exercice, BBY se prêta tout d’abord au jeu du livre-interview. Un tandem constitué par Philippe Gaillard (aujourd’hui décédé) et le journaliste marocain Hamid Barrada, et, plus tard, son beau-fils Zyad Limam (directeur d’Afrique Magazine), menèrent ces entretiens entre 2010 et 2016, avant que Béchir Ben Yahmed ne reprenne directement la main.

Conversations et archives personnelles

Dans ce travail, qui consistait à la fois à compléter ces conversations inachevées tout en les enrichissant avec la masse considérable de ses archives personnelles, BBY fut assisté par un jeune historien, l’universitaire François Robinet, puis par l’une de ses proches collaboratrices, elle-même écrivaine et journaliste à Jeune Afrique, Joséphine Dedet.

Danielle, son épouse, se chargea du cahier photos. Le manuscrit venait à peine d’être remis aux Éditions du Rocher, dont le patron, Bruno Nougayrède, avait manifesté un vif intérêt pour le projet, que la pandémie de Covid-19 frappa de plein fouet Béchir Ben Yahmed, emporté à l’aube de ses 94 ans. Restait à décider du titre. L’auteur lui-même hésitait entre « À l’encre verte », littéraire certes, mais réservé aux initiés (BBY n’a jamais cessé d’écrire avec une encre de cette couleur) et « J’assume », plus provocateur.

C’est finalement ce dernier titre qui a été choisi. Un « J’assume » qui n’est ni une posture ni un moyen de clore le débat ou de se débarrasser d’une polémique, mais un « J’assume » de responsabilité. Cet Africain dans le siècle que fut Béchir Ben Yahmed, « grand témoin et haute conscience de l’ère post-coloniale » selon Emmanuel Macron, qui a rendu hommage à sa « lucidité clinique » et à sa « fraternité d’âme », raconte et se raconte dans ces passionnants Mémoires. En français courant, « J’assume » signifie « circulez, il n’y a rien à voir ». C’est ici tout le contraire : lisez, il y a tant à apprendre.

« J’assume – Les Mémoires du fondateur de Jeune Afrique », éditions du Rocher, 420 pages

« J’assume – Les Mémoires du fondateur de Jeune Afrique », éditions du Rocher, 420 pages © DR