Politique

Famille Obiang : comment l’opposition veut mettre fin à la dynastie équato-guinéenne

Alors que le parti au pouvoir s’apprête à désigner Teodoro Obiang Nguema Mbasogo comme candidat à la présidentielle de 2023 (à moins que son fils Teodorin ne parvienne à inverser la tendance), les opposants exilés accentuent la pression diplomatique. Jeune Afrique dévoile les détails de leur stratégie.

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Mis à jour le 15 octobre 2021 à 10:32

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à Paris, en novembre 2019. © LUDOVIC MARIN/AFP

En ce mois d’octobre, l’opposant Salomon Abeso Ndong et ses proches collaborateurs, dont Filiberto Ntuhuhu Mabale, s’activent à Paris pour convaincre leurs interlocuteurs diplomatiques de hausser le ton face au président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, en vue de la prochaine élection présidentielle prévue en 2023.

Le président de la Coalition d’opposition pour la restauration d’un État démocratique (Cored) a rencontré à deux reprises, dont une le 13 octobre, Christophe Bigot, le directeur Afrique du ministère français des Affaires étrangères. Il lui a réaffirmé que la Cored ne participerait pas au processus électoral si Obiang ou son fils, Teodoro Nguema Obiang Mangue (« Teodorin ») s’organisaient pour se maintenir à la présidence.

Retrait de la course

Le parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir) s’apprête en effet à désigner son candidat pour la prochaine présidentielle lors d’un congrès prévu mi-novembre à Bata. Le chef de l’État, qui préside la formation, est donc pour le moment le candidat naturel. Mais son fils, par ailleurs vice-président, espère encore obtenir le précieux sésame.

Pour participer au scrutin de 2023, la Cored, qui rassemble une vingtaine de partis en exil, exige que tous deux se retirent de la course. Représentée en France par le cabinet d’avocats de Me Jean-Pierre Spitzer, elle réclame en outre la tenue d’un dialogue national supervisé et sécurisé par les Nations unies et le retour à la constitution de 2009, qui limitait le nombre de mandats à deux.

Amnistie générale

Surtout, la coalition d’opposants réclame une amnistie générale des exilés. Salomon Abeso Ndong et son secrétaire général Filiberto Ntuhuhu Mabale ont en effet tous deux été condamnés à plus de soixante ans de prison pour leur participation à une tentative de coup d’État en 2017. Quant à leur allié et opposant historique Severo Moto, sa peine excède les cent années de détention.

Les patrons de la Cored ont ainsi plaidé auprès des diplomates français mais aussi américains et espagnols pour qu’ils acceptent de garantir l’application de cette éventuelle amnistie et leur sécurité en cas de retour au pays. Selon nos informations, pour accentuer la pression sur les Obiang, ils ont également pris contact avec les services diplomatiques de l’Union européenne pour l’Afrique centrale, ainsi qu’avec des interlocuteurs au sein de la firme pétrolière Total.

Vers un recours à la force ?

Si les Obiang père et fils n’acceptaient pas de se retirer de cette course un brin jouée d’avance malgré la pression diplomatique – scénario très hautement probable bien que Teodoro Obiang Nguema Mbasogo ait récemment reçu la visite des ambassadeurs français, espagnol et américain –, les opposants n’excluent pas d’avoir recours à la force pour renverser la dynastie au pouvoir.

Selon nos informations, la coalition espère mobiliser des contacts dans l’armée, notamment parmi les gradés de niveau intermédiaire, et compterait alors sur un « feu vert » des principales puissances occidentales présentes sur le sol équato-guinéen. Elle estime alors pouvoir prendre le dessus sur la garde rapprochée de l’actuel président, composée en grande partie de 3500 à 4000 mercenaires ougandais, zimbabwéens et ukrainiens.