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Site d’extraction de pétrole, le long du fleuve Ogooué, au Gabon. © Daniel Riffet/Photononstop/AFP

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Afrique centrale : des progrès à pas comptés

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Congo – Rigobert Roger Andély : « Il faut savoir dépasser les contingences politiques »

Le ministre des Finances et du Budget du Congo avance ses solutions pour renforcer la résilience économique des États membres de la Cemac, laquelle souffre de la baisse des cours du pétrole et des effets de la crise sanitaire.

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Mis à jour le 9 novembre 2021 à 15:09

Passé par la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) et par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), Rigobert Roger Andély a retrouvé le ministère des Finances congolais en 2021. © Ministère des Finances

Rigobert Roger Andély a retrouvé en mai 2021 le fauteuil de ministre des Finances et du Budget du Congo qu’il avait déjà occupé de 2002 à 2005. À 68 ans, il ressort donc « le Bic rouge » qui lui avait valu son surnom à l’époque. Réputé pour sa rigueur, le grand argentier congolais, également passé par le FMI et la Banque des États d’Afrique centrale (Beac) durant sa carrière, connaît sur le bout des doigts les grands dossiers qui s’imposent aujourd’hui aux économies des pays d’Afrique centrale.

Jeune Afrique : Comment définiriez-vous l’état des économies d’Afrique centrale actuellement ? 

Rigobert Roger Andély : Comme toutes les économies du monde, elles ont été atteintes de plein fouet par la pandémie de Covid 19, avec une récession très forte dans la zone. La plupart de nos six pays retrouvent aujourd’hui la croissance, mais il va nous falloir du temps pour retrouver certains grands équilibres.

Que pensez-vous des initiatives prises par la Beac dans ce contexte de crise ? 

Elle a beaucoup fait. Trop, même, d’après les experts de certaines grandes institutions internationales. Elle a exactement agi comme l’avaient fait avant elle les banques centrales américaine et européenne en injectant notamment des liquidités sur le marché, plus de 200 milliards de F CFA (environ 305 millions d’euros). Elle vient récemment de prendre une décision très importante, en repoussant les échéances des créances qu’elle détient auprès de nos pays et que nous devions commencer à rembourser en 2022. Elle accorde ainsi un véritable ballon d’oxygène aux économies de la région, pouvant aller de 25 à 100 milliards de F CFA en fonction des pays.

Nos pays ont pris conscience de leurs insuffisances et de leurs fragilités. C’est déjà un grand pas

La Beac est également intervenue auprès des banques, et, si elle ne l’avait pas fait, beaucoup seraient aujourd’hui en grande difficulté. Pour toutes ces raisons, je pense qu’elle a très bien joué son rôle, comme l’ont fait les autres banques centrales.

Et le FMI ?

Il est incontournable dans le sens où il pousse les pays à assainir leurs pratiques. Passer sous ses fourches caudines est délicat, et pour l’éviter il n’existe pas d’autres moyens que de bien gérer. Il faut une vraie crédibilité pour pouvoir aller sur les marchés financiers, comme a très bien su le faire le Ghana et, plus récemment, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Cameroun.

Justement le Cameroun, pourquoi fait-il figure de bon élève économique dans la sous-région ? 

Le pays connaît des succès, en effet, notamment en matière de mobilisation de la ressource interne qui est de mon point de vue un exemple à suivre. Le Cameroun est surtout très avancé en matière de diversification qui est un impératif pour tous les pays de la zone. Nous devons profiter des marges de manœuvre apportées par les hydrocarbures pour sortir du tout pétrole qui caractérise encore trop nos économies.

Nos schémas de financement étaient fondés sur l’endettement de l’État. Nous avons changé de paradigme

C’est exactement dans ce sens que vont les conclusions du sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cemac, organisé le 18 août à Yaoundé. Cet événement a montré que nos pays avaient pris conscience de leurs fragilités, de leurs insuffisances et c’est déjà un grand pas. Il reste encore à mettre en application les décisions prises, notamment concernant cette nécessaire diversification.

Certaines solutions, destinées à renforcer la résilience économique de l’Afrique centrale, sont identifiées depuis longtemps en matière de gouvernance financière, de diversification ou d’intégration régionale. Pourquoi est-ce si difficile de les mettre en œuvre ? 

C’est pourtant exactement ce que nous comptons faire ! Mais il faut pour cela savoir parfois dépasser certaines contingences politiques. Quand elles pensent prendre le pas sur l’économie, cette dernière prend in fine sa revanche. Nos schémas de financement étaient fondés sur l’endettement de l’État, à coup de milliards… C’est fini, nous avons changé de paradigme. Nous cherchons par exemple, au Congo, à faire venir les Investissements directs étrangers (IDE) pour financer nos projets sans creuser la dette, dans l’agriculture et la foresterie, le pétrole et le gaz, les mines, le tourisme. À nous de faire notre marketing auprès des investisseurs.

En quoi l’intégration régionale peut-elle être facteur de changement au sein de la Cemac, où les économies sont perçues comme plutôt similaires ? 

C’est la véritable solution, car elle permet de véritables économies d’échelles, très importantes notamment pour le développement du secteur privé dans les différents pays de la zone, quel que soit leur état de développement. J’ai moi-même fait une grande partie de ma carrière au sein d’institutions vouées à l’intégration, je ne peux donc qu’y croire. De par mes fonctions, je continue à travailler en direction des marchés financiers, à contribuer aux programmes de convergence qui doivent gommer certaines disparités. C’est la voie qu’il faut suivre.

La Zlecaf est un challenge et une chance pour la sous-région

J’ajouterai que ce que l’on appelle la pression par les pairs joue également beaucoup comme facteur de changement. Quand nous nous retrouvons entre nous, les six ministres des Finances de la Cemac, comme cela a été le cas à Yaoundé, mieux vaut respecter ses engagements, sinon une pression peut s’exercer, celle des pairs, qui, qu’on le veuille ou non, contraint à respecter une certaine discipline.

Que représente l’arrivée annoncée de la Zlecaf pour la sous-région ? 

C’est vraiment un challenge et une chance. Un challenge, car chacun doit installer ses structures pour pouvoir mettre son économie à niveau en matière de normes, de qualité. Il ne s’agit pas de produire mais de vendre sur un vaste marché ouvert et concurrentiel. C’est une chance pour une entreprise de se lancer sur un marché qui a le potentiel d’assurer sa réussite.

La Cemac s’y prépare, et c’est une priorité de la Commission qui a depuis longtemps demandé à ses membres d’entreprendre les changements nécessaires pour s’intégrer au mieux dans cette future zone de libre-échange continentale.