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Photomontage Jeune Afrique;
Luca d’Urbino pour JA

Cet article est issu du dossier

[Enquête] Israël connection : les hommes de l’ombre de l’État hébreu en Afrique

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Cameroun : affaires immobilières et amitiés politiques… Les dessous du système de l’Israélien Eran Moas

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Mis à jour le 26 octobre 2021 à 10:58

Constructions en cours dans le quartier Briqueterie de Yaoundé, où se trouvent les terrains cédés dans des conditions douteuses aux sociétés CFAO et Tandyl Develepment. © MABOUP

« Israël Connection » (3/4). Piliers du système de sécurité, Eran Moas et ses compatriotes israéliens ont aussi investi l’économie grâce à leurs appuis politiques. Enquête immobilière en plein cœur de Yaoundé.

En ce milieu de matinée, Philippe Mbarga Mboa n’est pas serein. Exceptionnellement, le ministre chargé de mission à la présidence de la République n’a pas rejoint son bureau du palais d’Etoudi. Il a choisi de rester à son domicile de Yaoundé. C’est ici, dans cette coquette villa aux abords des locaux de la Sûreté nationale et du gouverneur du Centre, qu’il s’attaque parfois à ses dossiers les plus épineux. Le visiteur du jour, Ignace Atangana, enseignant de son état, se présente à 10 heures. Ancien conseiller au ministère de l’Éducation nationale, il est un membre de la famille : son oncle a élevé Philippe Mbarga Mboa comme son fils. Alors le ministre a préféré le recevoir dans un cadre plus chaleureux.

Nous sommes à l’entame de l’année 2017. Ignace Atangana ne décolère pas. Représentant des familles Mvog Mbia Tsala et Mvog Ela, il entend faire valoir les droits que ces lignées fondatrices de Yaoundé détiennent sur des terrains situés au centre de la capitale, en face du Palais des sports. Dès 2011, l’enseignant et l’homme d’affaires Roger Semengue ont espéré y faire construire un centre commercial, démarchant le sud-africain ShopRite avant de s’adresser au groupe français CFAO (Carrefour). Des plans ont été tracés. Des visites ont été faites. Mais le projet n’avance plus.

Depuis des années, l’État, qui ne veut pas être laissé à l’écart de ce projet de grande ampleur, semble tout faire pour le freiner, n’octroyant pas les autorisations nécessaires. Au palais d’Etoudi, le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, s’est saisi du dossier. Quant à Atangana, il a écrit au chef de l’État Paul Biya – avec qui, privilège des grandes familles, il peut avoir un contact direct – pour lui faire part de son mécontentement. Début 2017, alors qu’il reçoit son interlocuteur, Philippe Mbarga Mboa est chargé de jouer les médiateurs. Mais la discussion fera long feu.

Ferdinand Ngoh Ngoh et la discrète expropriation

Calme, Ignace Atangana se dit sûr de son bon droit et de celui des communautés détentrices des permis fonciers des terrains convoités. Lorsque le ministre l’appelle à trouver une solution à l’amiable avec l’État, il reste inflexible. Contrairement à Philippe Mbarga Mboa, il ne sait pas que la présidence a déjà joué en toute discrétion un coup qui se veut décisif. Le 9 novembre 2016, une correspondance a en effet été transmise par le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh aux services du Premier ministre Philémon Yang. Celle-ci, classée confidentielle, contient un « projet de décret » d’expropriation « pour cause d’utilité publique » s’appliquant à un peu plus de sept hectares de terrain situés en face du Palais des sports.