Politique

Cameroun : comment Paul Biya surveille le renouvellement du RDPC

Non sans difficultés, le parti au pouvoir poursuit la mue de ses organes de base. Un processus suivi de près par le président tant il est crucial pour les prochaines échéances électorales.

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Mis à jour le 13 octobre 2021 à 15:48

Paul Biya le 10 août 2020 au Palais de l’unité, à Yaoundé © MABOUP

Le renouvellement des organes de base du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) se poursuit à Yaoundé. Si une grande partie des opérations est achevée, “quelques contentieux restent encore à régler en interne”, a indiqué à Jeune Afrique une source proche du parti, en particulier dans les régions du Sud, autour de Sangmélima, et du Littoral, à Douala.

Le dossier est suivi de près à la présidence de la République. Selon nos informations, un proche de Paul Biya est directement chargé d’analyser les résultats des opérations de renouvellement, section par section. Il s’agit de Luc Sindjoun, professeur de sciences politiques de 57 ans et conseiller spécial du chef de l’État depuis 2009 – il était auparavant conseiller technique.

Maîtres à penser

Ce membre du comité central du RDPC est l’un des maîtres à penser du système Biya pour les échéances électorales et a déjà conseillé le chef de l’État lors de ses trois dernières campagnes. Selon certaines sources, il travaillerait déjà sur la prochaine échéance présidentielle avec une équipe restreinte. Mais un cadre du palais assure que celle-ci n’est “pas d’actualité pour l’instant”.

Intellectuel de renom, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages mais s’exprimant rarement publiquement, Luc Sindjoun a également travaillé à plusieurs reprises à l’organisation de visites officielles à l’étranger, notamment en France en 2019. Il intéresse aussi Paul Biya de par son origine géographique : né à Baham, dans l’Ouest, il lui fournit régulièrement des analyses sur cette région et sur les conflits dans ses chefferies traditionnelles.

D’autres cadres du RDPC renseignent également le chef de l’État : le secrétaire général Jean Nkuete, lui aussi originaire de l’Ouest – et qui pourrait une tournée dans les dix régions du pays avant la fin de l’année -, et Jacques Fame Ndongo, membre du bureau politique, secrétaire national à la communication et patron du parti pour le Sud. Ce ministre d’État est considéré comme l’idéologue de la formation au pouvoir.

Le congrès de « l’après-Biya »

Le renouvellement des organes de base doit être suivi de celui des autres organes du parti, et notamment des instances exécutives que sont le secrétariat et, plus important, le bureau politique. Au sein de ce dernier, non renouvelé depuis 2011 et qui constitue le cœur du pouvoir, plusieurs sièges pourraient être réattribués, par élection du comité central ou sur nomination du président national du RDPC, Paul Biya.

Deux des membres du présidium sont en effet décédés : l’ex-sultan des Bamouns, Ibrahim Mbombo Njoya, le 27 septembre dernier, et l’ancien ministre originaire du Sud-Ouest John Ebong Ngole, le 2 juillet 2020. L’ancien secrétaire général de la présidence Marafa Hamidou Yaya, en détention depuis 2012 dans le cadre de l’opération anti-corruption Épervier, pourrait être lui aussi remplacé.

Selon un cadre du parti, le prochain congrès national du RDPC, lors duquel les opérations de renouvellement au plus haut niveau pourraient être décidées, devrait avoir lieu à la fin de l’année 2022 ou au début de l’année 2023 – la décision finale reviendra au chef de l’État, aujourd’hui âgé de 88 ans. D’après cette même source, ce grand rassemblement aura surtout pour objectif de mettre le parti en ordre de marche pour “l’après-Biya”, dans l’optique de la prochaine présidentielle, laquelle doit se tenir, sauf anticipation, en 2025.