Économie

Burkina : Meridiam et Aéroport de Marseille voient grand à Donsin 

L’exécutif burkinabè et un consortium composé de Meridiam et Aéroport de Marseille Provence (AMP) ont conclu un accord sur le futur aéroport international de Ouagadougou-Donsin. Les acteurs privés français ont un an pour mobiliser les 220 millions d’euros nécessaires au financement du projet.

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Mis à jour le 13 octobre 2021 à 14:12

Thierry Déau est le fondateur et président de Meridiam, société d’investissement spécialisée dans le financement et la gestion de projets d’infrastructures. Ici à Paris, en décembre 2016. © Vincent Fournier/JA

Le projet d’aéroport international Ouagadougou-Donsin, sur la table depuis plus de dix ans, reprend du souffle. Les ministres des Transports, Vincent Dabilgou, et des Finances, Lassané Kaboré, ont signé le 12 octobre dans la capitale burkinabè avec le Sénégalais Amadou Sy, directeur des investissements chez Meridiam, une concession d’une durée de trente ans assortie d’un investissement d’environ 220 millions d’euros pour développer la future infrastructure aéroportaire prévue à 35 kilomètres au nord-est de Ouagadougou.

« Les négociations se sont poursuivies jusqu’au dernier moment. Nous avons fait une présentation du projet devant les syndicats et répondu à leurs inquiétudes notamment sur le maintien des avantages acquis », a expliqué à Jeune Afrique Amadou Sy, le représentant de Meridiam, en consortium avec Aéroport de Marseille Provence (AMP) sur le projet.

Une convention tripartite (État, syndicat, consortium) est prévue pour régler le transfert des agents de l’actuel aéroport de Ouagadougou au nouvel aéroport de Donsin.

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Démarrage des travaux dès la fin de 2022

« Les autorités burkinabè, via le comité technique de négociation dirigé par Bruno Bamouni, ont obtenu un accord bénéfique pour l’État et, de notre côté, nous sommes fiers d’avoir signé un beau dossier, a commenté Amadou Sy. Le Burkina a besoin d’investisseurs. C’est un signal fort que nous envoyons en dépit des difficultés sécuritaires. »

Les travaux devraient durer deux ans et demi

Entamées en 2018 à la suite d’un protocole d’accord entre l’État et le consortium, les négociations ont connu une accélération après la rencontre entre le président Roch Marc Christian Kaboré et le président de Meridiam, Thierry Déau, en marge du sommet de Paris sur le financement des économies africaines qui s’est tenu en mai.

Selon nos informations, le consortium dispose d’un délai d’un an pour mobiliser les 220 millions d’euros du projet. IFC (groupe Banque mondiale), la Banque africaine de développement (BAD), l’Agence française de développement (AFD), l’Institution financière de développement allemande (DEG), la Société islamique pour le développement du secteur privé (filiale de la Banque islamique de développement, BID), le fonds Emerging Africa Infrastructure Fund (EAIF) et CDC Group devraient contribuer.

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Déjà engagé sur la conclusion du closing financier, Meridiam annonce un démarrage des travaux, qui devraient durer 30 mois, pour la fin de 2022.

L’accord en question, approuvé par le conseil d’orientation dirigé par le chef du gouvernement, Christophe Dabiré, a été entériné en conseil des ministres. Il prévoit que le consortium versera à l’État une redevance fixe annuelle de 2,1 millions d’euros à laquelle s’ajoute une redevance variable assise sur les revenus non aéroportuaires générés par l’activité commerciale sur le site de l’aéroport (boutiques, parking, hôtels, etc.).

600 millions d’euros de revenus attendus

In fine, ces redevances, combinées aux recettes fiscales versées par le concessionnaire, devraient générer près de 600 millions d’euros de revenus pour l’État sur la durée de la concession. Toujours selon nos informations, le schéma choisi implique que le financement et la réalisation en maîtrise d’ouvrage publique des voiries d’accès, de bâtiments administratifs, de la tour de contrôle et de la piste d’atterrissage incombent à l’État.

Le site devrait assurer 1 400 emplois directs

À l’opérateur privé revient la charge de développer, financer et construire le reste des bâtiments et équipements – à commencer par l’aérogare passagers, les hangars et les zones de fret – et d’assurer l’exploitation, la gestion et la maintenance de l’intégralité du nouvel aéroport.

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Une centrale solaire d’une capacité de 10 mégawatts et équipée d’un système de stockage est également prévue  pour couvrir 80 % des besoins en électricité de l’aéroport. Le concessionnaire devra en outre mobiliser 20 millions d’euros supplémentaires pour financer les travaux de raccordement en eau, électricité et fibre optique de l’aéroport.

Après la construction de l’infrastructure, qui doit générer 5 000 emplois directs et indirects, le site devrait assurer 1 400 emplois directs.

Pari sur la reprise du trafic

Tablant sur une reprise rapide du trafic aérien, le consortium prévoit un terminal aéroportuaire capable d’accueillir à sa mise en service un million de passagers par an, soit le double du trafic de l’actuel aéroport avant la crise sanitaire. Le moment venu, il prévoit ensuite de doubler sa capacité à 2 millions de passagers par an grâce à la conception modulaire de l’aérogare qui permet des travaux d’agrandissement sans perturber la gestion et le trafic aéroportuaires.

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Revendiquant 18 milliards de dollars d’actifs sous gestion via une centaine de projets en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Afrique, Meridiam est notamment engagé au Sénégal, en Éthiopie, en Côte d’Ivoire, au Gabon et à Madagascar. Fondé en 2005 par Thierry Déau, l’investisseur compte deux bureaux africains, à Dakar et Addis-Abeba, et une équipe d’une vingtaine de personnes.

Quant à Aéroport de Marseille Provence, il exploite l’aéroport du même nom, fort d’un trafic de plus de 9 millions de passagers et d’un volume de fret estimé à 60 000 tonnes par an.