Politique

Côte d’Ivoire : ces maires abidjanais qui se distinguent

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 22 octobre 2021 à 11:23

Ibrahim Cissé Bacongo, Jacques Ehouo, Jean-Marc Yacé © Montage JA : Facebook Ibrahim Cissé Bacongo ; Paul Ako ; Mairie Cocody

Ibrahim Cissé Bacongo, Jacques Ehouo, Jean-Marc Yacé… Élus en 2018 dans un contexte politique marqué par des tensions entre le RHDP et le PDCI, ils s’activent à la modernisation de leurs communes, qui comptent parmi les plus importantes d’Abidjan. En espérant être reconduits dans leurs fonctions en 2023 ?

Jean-Marc Yacé, des ambitions pour Cocody

Portrait de Jean-Marc Yacé, maire de Cocody.© Mairie Cocody

Portrait de Jean-Marc Yacé, maire de Cocody.© Mairie Cocody © Portrait de Jean-Marc Yacé, maire de Cocody. © Mairie Cocody

C’est à l’issue des municipales très disputées de 2018 que Jean-Marc Yacé, 60 ans, s’est hissé à la tête de Cocody, l’une des plus grandes communes d’Abidjan, avec ses 132 km2 (une trentaine de plus que la ville de Paris). Il avait alors battu l’édile sortant, Mathias Aka N’Gouan, un poids lourd du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qui se représentait sous les couleurs du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), en pleine crise politique entre les deux partis.

Fils d’une famille influente du paysage politique, Jean-Marc Yacé, lui, avait eu le soutien du PDCI. Il est le neveu de Philippe Yacé, un ancien président de l’Assemblée nationale et ami de Félix Houphouët-Boigny et un proche d’Henriette Bédié, l’épouse de l’ancien président Henri Konan Bédié.

« La particularité de Cocody, c’est sa richesse culturelle. On y compte 11 villages, dont 6 atchans et 5 attiés, en plus des différents quartiers. Le moderne et le traditionnel s’y côtoient », se réjouit-il. Officier de l’armée à la retraite, ceinture noire de taekwondo – en lice pour la présidence de la fédération ivoirienne de la discipline –, Jean-Marc Yacé cultive son image de maire de proximité. Il dit vouloir apporter son expérience acquise au sein du secteur privé dans la gestion de la commune. D’ici 2023, la commune de Cocody sera notée, afin d’obtenir des financements pour ses chantiers.

Cocody a une image de commune riche, longtemps perçue comme une ville dortoir pour l’élite abidjanaise

« La pandémie de coronavirus a ralenti certains de nos projets, mais d’ici le début de 2022, nous comptons renouveler notre parc de taxis communaux. Nous travaillons également à réduire le nombre de véhicules qui circulent dans la commune. Pour cela, nous avons lancé une étude et sommes en discussion avec les autorités », explique-t-il. Jean-Marc Yacé poursuit également les projets de reverdissement de la commune et d’aménagement de trottoirs lancés sous l’ancien maire. Il compte rapprocher la mairie des administrés en créant des extensions dans différents sites, et en permettant de faire des démarches sur internet.

Cocody a une image de commune riche, longtemps perçue comme une ville dortoir pour l’élite abidjanaise. Pour Jean-Marc Yacé, c‘est désormais du passé : « Il y a de plus en plus d’activités. Des sociétés, des administrations et des commerces s’installent. Cocody n’est plus seulement un dortoir. C’est toujours une cité d’excellence, mais avec plus de diversité. »

Jacques Ehouo, au cœur d’Abidjan

Jacques Ehouo, maire du Plateau, à Abidjan, le 23 septembre 2021.© Paul Ako

Jacques Ehouo, maire du Plateau, à Abidjan, le 23 septembre 2021.© Paul Ako © Jacques Ehouo, maire du Plateau, à Abidjan, le 23 septembre 2021. © Paul Ako

À 49 ans, Jacques Ehouo est à la tête de la commune la plus puissante d’Abidjan : le Plateau. Elle abrite non seulement le centre des affaires de la capitale économique, mais aussi la présidence, les ministères et les sièges de nombreuses institutions internationales. Le Plateau suscite la convoitise des partis politiques, et les municipales de 2018 avaient été le théâtre d’une lutte impitoyable pour en prendre le contrôle.

Homme d’affaires actif dans le domaine de l’agroalimentaire, Jacques Ehouo a été désigné pour porter les couleurs du PDCI, lorsque l’influent Noël Akossi Bendjo, dont il est proche, avait été révoqué de ses fonctions de maire du Plateau. Jusque-là inconnu du grand public, il avait alors dû faire face à Fabrice Sawegnon, un proche d’Alassane Ouattara. Mais les poursuites judiciaires à son encontre pour détournement de fonds en 2019 puis la mise sous tutelle de la commune après l’élection du conseil municipal l’ont propulsé sur le devant de la scène de la moins bonne des manières. Une séquence dont le maire estime toutefois qu’elle appartient désormais au passé.

« Aujourd’hui, nous devons prouver par les résultats que nous méritons d’être là. On se concentre sur cela. Nous avons été élus sur un programme que nous voulons mettre en place », insiste-t-il. Le jeune maire veut faire du Plateau une smart city : un espace vert et connecté. Pour lui, cela commence par la réduction du nombre de véhicules qui y entrent chaque jour – environ 150 000 – en redonnant de l’espace aux piétons d’ici 2022. Les embouteillages sont l’un des problèmes majeurs au sein de la commune. Jacques Ehouo a un projet de construction de parkings en silo à la périphérie. « Nous mettrons également en place des navettes électriques et des VTC intra-muros, et encouragerons la mobilité par vélo en créant d’abord des stations devant les écoles, les gares de bateaux et lieux de rendez-vous pour les covoiturages », détaille le maire.

Au début du mois d’octobre, Jacques Ehouo était à Paris, où il a rencontré des patrons d’entreprises françaises de divers domaines. La commune a entamé des démarches pour se faire noter afin de bénéficier de financements à l’international. Le maire a également lancé la modernisation de l’état civil et compartimenté la police municipale en trois brigades chargées de la circulation, de la salubrité et des interventions liées à la sécurité.

Ibrahim Cissé Bacongo, un proche du président à Koumassi

Ibrahim Cissé Bacongo, Maire de Koumassi© Facebook Ibrahim Cissé Bacongo

Ibrahim Cissé Bacongo, Maire de Koumassi© Facebook Ibrahim Cissé Bacongo © Ibrahim Cissé Bacongo, Maire de Koumassi © Facebook Ibrahim Cissé Bacongo

Depuis son élection en 2018, Ibrahim Cissé Bacongo a métamorphosé Koumassi, l’une des communes les plus peuplées d’Abidjan. Le député-maire, qui avait pour slogan de campagne « Koumassi autrement, c’est possible », est en passe d’atteindre son objectif. Il a multiplié les opérations de déguerpissement de commerces anarchiques et dégagé les artères principales de la ville. Il a également fait de l’assainissement et de la sécurité ses priorités.

Ibrahim Cissé Bacongo est un fidèle d’Alassane Ouattara

En plus de changer l’image de la commune, Ibrahim Cissé Bacongo espère y développer des pôles d’activités en regroupant les professionnels dans des lieux dédiés. En novembre 2019, il a notamment inauguré la Bourse du bois, un espace aménagé pour accueillir les travailleurs du bois. Il a également regroupé les garagistes et artisans de la commune sur un même site. Le forum Investir à Koumassi, qu’il a lancé, a pour but d’attirer les entreprises dans sa commune.

Juriste de formation, Ibrahim Cissé Bacongo est un cadre du RHDP et un fidèle d’Alassane Ouattara. À la fin de juillet 2021, il a été nommé conseiller spécial du président, chargé des affaires politiques avec rang de ministre. Il aura la tâche, avec d’autres caciques, de restructurer le parti au pouvoir, dans un contexte où l’opposition se prépare pour la présidentielle de 2025. Laurent Gbagbo, rentré de la Cour pénale internationale (CPI) après une dizaine d’années, a lancé son parti. Et le PDCI d’Henri Konan Bédié, lui, est également en pleine réorganisation.

Depuis le décès du Premier ministre Hamed Bakayoko, le maire de Koumassi est aussi l’un des derniers « vrais » politiques dans l’entourage du président, lequel a plutôt eu tendance, récemment, à s’entourer d’une forte équipe de technocrates. Le retour au palais présidentiel d’Ibrahim Cissé Bacongo permettra également de préparer le dialogue avec l’opposition dans le cadre d’une réconciliation nationale. Il avait déjà été sollicité par Alassane Ouattara pour travailler sur la réforme constitutionnelle de 2016.