Économie

Investissements : l’Espagne braque le projecteur sur l’Afrique

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Mis à jour le 17 novembre 2021 à 15:47

Le président angolais, João Lourenço, lors du déjeuner officiel organisé au Palais royal de Madrid, le 28 septembre 2021. © Andres Ballesteros/AFP

Dans sa stratégie Focus Afrique 2023, le royaume ibérique a placé en tête de ses priorités l’investissement privé sur le continent, en vue notamment de répondre aux défis du réchauffement climatique et de la gestion des ressources.

« L’Espagne est chaque fois plus proche de l’Afrique, et vice-versa ». C’était en mars 2021, lors du sommet « El Foco Africa 2023 ». L’occasion pour Pedro Sánchez de souligner combien le continent devient prioritaire pour son pays. « Nous souhaitons faire de l’Espagne la tête de pont de l’Union européenne sur le continent », insistait alors le président du gouvernement espagnol, en se référant à la diplomatie mais aussi aux affaires économiques.

À cette fin, Madrid n’hésite plus à marquer sa solidarité à l’égard des grands projets économiques du continent, à commencer par celui de l’intégration économique incarné par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Ni à soutenir les mesures qui favorisent l’investissement privé sur le continent, en particulier dans les secteurs des infrastructures, des énergies renouvelables et de l’industrie manufacturière. « À cet égard, l’assistance technique axée sur le développement économique sera renforcée dans les domaines prioritaires pour l’Union africaine et la Cedeao, en s’efforçant de tirer parti de l’expérience des agences de développement régionales espagnoles », explique-t-on du côté des autorités ibériques.

Une collaboration renforcée à laquelle s’ajoute la volonté de fluidifier les flux de capitaux vers les pays endettés. L’Espagne participe activement aux négociations du Club de Paris et du G20. L’objectif étant d’octroyer un moratoire sur le service de la dette extérieure des pays à faible revenu dont 41 sont africains. « Nous encouragerons la prolongation de la durée temporaire de cette initiative jusqu’à la fin de l’année 2021 », promet l’exécutif ibérique.

Partage d’expériences

Concrètement, ce rapprochement devrait se traduire par de nouvelles initiatives, notamment dans les domaines de la lutte contre le changement climatique et de la gestion durable des ressources, des thématiques particulièrement sensibles sur les deux rives de la Méditerranée. À ce titre, un forum hispano-africain sur les villes durables devrait être organisé prochainement. Il s’agira d’une plateforme de partage d’expériences susceptible de générer des collaborations techniques et de l’investissement privé.

Un déclic s’est opéré du côté des autorités espagnoles vis-à-vis de l’Afrique

Dans ce domaine d’ailleurs, l’Espagne compte mobiliser des ressources du Fonds vert pour le Climat et contribuer à la construction de cités plus résilientes, en particulier par le biais du programme Recide (Resilient City Development), dirigé en partie par la Banque mondiale.

Dans un autre registre, Madrid veut également participer à l’appui de programmes de gestion durable de la pêche, notamment par la promotion d’activités de coopération grâce au navire-école Intermares. En parallèle, la coopération dans le domaine de la recherche océanographique doit également être développée entre les instituts scientifiques espagnols et ceux des pays africains.

L’alliance des entreprises privées, clé de la réussite

« Un déclic s’est opéré du côté des autorités espagnoles vis-à-vis de l’Afrique. Très clairement, le regard a changé depuis quelques années », constate Rafael Gómez-Jordana Moya, consultant chez K2 Intelligence. Une évolution qu’il attribue en partie à la prise de conscience du potentiel réel du continent en lien avec la taille de sa population.

L’Espagne exporte désormais plus vers l’Afrique que vers l’Amérique du Sud

« Les bonnes intentions du gouvernement sont sincères, néanmoins sa stratégie ne pourra être menée à bien sans l’alliance des entreprises privées. C’est la clé de la réussite », poursuit-il. Certes, l’Espagne exporte désormais plus vers l’Afrique – qui a par exemple capté 6,4 % de ses exportations en 2019 – que vers l’Amérique du Sud.

Toutefois, le montant des investissements reste, lui, encore limité. Moins de 2 % seulement sont destinés au continent. De surcroît, ceux-ci se concentrent encore majoritairement au Maroc et en Algérie, et dans une moindre mesure en Égypte et en Afrique du Sud, ces quatre pays totalisant 77 % des montants investis en Afrique.

Instruments incitatifs

« Que le gouvernement braque le projecteur sur l’Afrique ne peut qu’encourager les entreprises espagnoles à aller vers elle », concède Roberto Barros, directeur international de la chambre de commerce de Tarragone, sans conteste la plus active du pays vis-à-vis du continent.

« Il peut y avoir à la clé des accords de coopération, des instruments d’aide financière qui incitent ces groupes privés à venir nous voir et à sauter le pas pour aller sur le terrain », conclut-il. En dépit de la pandémie, son agence a d’ailleurs tenté de maintenir quelques missions commerciales de terrain.

Il faudrait que d’autres suivent le mouvement, et pas seulement derrière des écrans

Trois ont été menées dès octobre 2020. Avant que l’activité ne retrouve un semblant de normalité, avec cette année un total de onze missions qui ont permis à une centaine d’entreprises de se rendre dans une vingtaine de pays. Parmi elles, surtout des PME comme le fabricant de produits en céramique Saloni, ou les spécialistes des composants technologiques PAT Group ou Bego Costa África & Worldwide. « Désormais, il faudrait que d’autres suivent le mouvement, et pas seulement derrière des écrans, insiste Roberto Barros. Notre savoir-faire ne sera reconnu que si nous nous mobilisons pour aller sur place. »