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Exclusif – Affaire Sankara : pourquoi Blaise Compaoré ne sera pas en mesure de dire « sa » vérité

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Mis à jour le 15 octobre 2021 à 14:11

Blaise Compaoré à Bruxelles, en 2013 © THIERRY CHARLIER/AFP

Principal accusé du procès des assassins de Thomas Sankara, l’ancien président burkinabè a toujours refusé de répondre à la justice de son pays. Selon les informations de Jeune Afrique, son état de santé ne le lui permet désormais plus.

Même si son ombre plane lourdement sur le procès des assassins de Thomas Sankara – dont les audiences doivent reprendre le 25 octobre – l’ancien président Blaise Compaoré, qui fait figure de principal accusé, est et sera le grand absent du tribunal militaire de Ouagadougou. Selon ses avocats, l’ex-compagnon d’armes et ex-ministre de Sankara, refuse d’être jugé devant « une juridiction d’exception » dans le cadre d’un « procès politique ».

Il aurait également la quasi-certitude d’être arrêté et incarcéré dès son arrivée à Ouagadougou, en dépit, ajoutent ses défenseurs, de l’immunité dont il bénéficierait de par la Constitution. À ces arguments, qui n’ont évidemment pas convaincu les parties civiles, lesquelles fustigent le « manque de courage » de Blaise Compaoré et y voient un aveu de culpabilité, s’ajoute une réalité beaucoup moins dicible car occultée par l’omerta de ses proches et de sa famille : son état de santé.

Moments d’absence

Selon les témoignages dignes de foi, recueillis par Jeune Afrique, de plusieurs de ses rares visiteurs de ces tout derniers mois, le reclus de Cocody se porte certes plutôt bien physiquement, mais son esprit est « confus » et ses moments d’absence, « de plus en plus fréquents ».

Au point que l’un d’entre eux se dit impressionné par la dégradation psychique de l’ancien chef de l’État – qui ne l’a d’ailleurs pas reconnu et semblait tout ignorer des évolutions récentes dans la région. Il doute fort que Blaise Compaoré soit en mesure de suivre les péripéties de son procès par contumace.

Selon nos sources, cette détérioration, qui se traduit par l’expression de propos souvent incohérents, serait entre autres due aux séquelles d’une opération, subie début 2021 à Doha au Qatar. Même si cette situation peut être considérée comme médicalement réversible, il semble fort que Blaise Compaoré, 70 ans, soit absent de sa propre histoire.