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La tour Postel 2001 (à g.), gratte-ciel haut de 105 m. et l’immeuble Caistab (104 m.), à Abidjan. © Nabil Zorcot

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Économie

Jeux vidéo : l’Ivoirien Sidick Bakayoko veut faire décoller l’e-sport ouest-africain

À la tête de sa société Paradise Game, cet ingénieur en informatique est devenu le principal animateur du secteur des jeux vidéo en Côte d’Ivoire.

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Mis à jour le 4 novembre 2021 à 17:35

Sidick Bakayoko, fondateur de la société Paradise Game et du Festival de l’électronique et du jeu vidéo d’Abidjan (Feja). © RODGER BOSCH/AFP

D’ici à quelques semaines, un millier de jeunes viendront de tous les quartiers d’Abidjan – et parfois de bien plus loin – au centre commercial Cosmos, à Yopougon, pour en découdre. Les autorités ne s’inquiètent pas, les combats resteront virtuels. Une dizaine de tournois d’e-sport (sport électronique) vont être organisés du 25 au 28 novembre à l’occasion de la 5e édition du Festival de l’électronique et du jeu vidéo d’Abidjan (Feja5).

Pour ces amateurs de Street Fighter, Tekken ou Fortnite, pas question de prendre ces affrontements à la légère. C’est avec des CFA bien réels que les meilleurs seront récompensés. « Au total, nous distribuerons 10 000 euros de prix, se réjouit Sidick Bakayoko, le créateur, en 2019, de ce rendez-vous et fondateur de la société Paradise Game. Moins qu’avant, la crise du Covid est passée par là. Mais on fera mieux l’an prochain. »

L’événement devrait encore une fois réunir plus de 15 000 visiteurs et coloniser une partie du parking du centre commercial, ainsi que la salle du cinéma Majestic, en plus des 1 400 mètres carrés de la salle de jeux créée par ce trentenaire en 2019.

Se faire une place au soleil

Piqué aux jeux vidéo depuis ses études en informatique aux États-Unis, Sidick Bakayoko, qui a commencé par travailler dans le secteur télécoms, est aujourd’hui l’un des principaux ambassadeurs de l’e-sport en Afrique de l’Ouest. « J’ai commencé avec ma sœur Bintou, en 2017, en louant quelques consoles aux opérateurs de télécoms en marge de concerts. D’abord trois, cinq, puis une dizaine », se souvient-il.

Aujourd’hui, il emploie au plus fort de l’année une centaine de collaborateurs. Outre les compétitions qui font également la part belle aux amateurs de jeux de sport comme Fifa 22 et NBA 2K22, le Feja fait une fois par an, par le biais de conférences et de tables rondes, l’état des lieux du développement de l’industrie du jeu vidéo en Afrique.

En 2020, le Sud-Africain Thabo Moloi est devenu le premier e-sportif sponsorisé par Red Bull

Sur le continent, le secteur en est à ses balbutiements. Les compétitions d’e-sport pèsent moins de 5 millions dollars en Afrique du Sud, selon le site Statista, quand ses revenus atteignent 1 milliard au niveau mondial, portés par le sponsoring, les droits médias, la publicité et les ventes de billets.

Des succès sur les smartphones

Mais l’écosystème se structure, assure Sidick Bakayoko : « Chaque mois, je parle aux responsables de Bandai Namco [poids lourds japonais du jeu vidéo]. Il y a trois ans, je n’étais pas sur leurs tablettes. »

Les compétitions internationales, qui, jusque récemment, excluaient le continent, s’ouvrent aux joueurs d’Afrique du Sud, du Nigeria, d’Égypte ou du Ghana. Et en 2020, le Sud-Africain Thabo « Yvng Savage » Moloi est devenu le premier e-sportif sponsorisé par Red Bull, une référence en la matière.

La Côte d’Ivoire compte aussi un joueur professionnel depuis deux ans. À 21 ans, Xherdan est trois fois vainqueur du tournois de PES du Feja et vice-champion d’Afrique ces deux dernières années, titre décerné à l’issue de la compétition organisée par l’opérateur Orange. Sponsorisé par la chaîne de restaurants Pizza Doudou, il avoue avoir gagné l’an dernier 4 millions de F CFA de prix en plus de son salaire, qu’il préfère ne pas dévoiler. « Le Feja est un rendez-vous très important pour les passionnés de jeux vidéo. Cela donne de la visibilité à l’e-sport et attire de nouveaux joueurs », insiste-t-il.

Difficile en revanche pour les studios locaux de se faire une place au soleil. « Quand vous développez un jeu avec quelques dizaines de milliers d’euros, vous ne pouvez pas rivaliser avec des créations dont les budgets atteignent des dizaines de millions de dollars », constate l’entrepreneur ivoirien.

C’est sur les smartphones que les productions africaines rencontrent le plus de succès, enregistrant parfois plusieurs dizaines de milliers de téléchargements. Même si, là encore, les best-sellers américains, comme « Call of Duty », ne laissent que des miettes à la concurrence.

Évangéliser les masses

Pour les aider à grandir, Sidick Bakayoko a déjà emmené plusieurs créateurs africains dans des salons internationaux comme Paris Games Week. Son souhait serait de voir les meilleurs nouer des partenariats avec de gros studios comme Ubisoft, qui participe au Feja. « On n’y est pas encore, mais cela viendra », soutient-il, optimiste.

En attendant, il poursuit son « évangélisation » des masses à la télévision ivoirienne où il anime chaque samedi Paradise Show, une émission consacrée aux jeux vidéo. La quatrième saison est en préparation et devrait démarrer ce mois-ci.

En contact avec les autres promoteurs de l’e-sport en Afrique, Sidick Bakayoko se verrait bien dupliquer ses activités dans d’autres pays. « D’ici à dix-huit mois, nous aurons renforcé notre encadrement et nous serons prêts à lever de l’argent pour nous lancer. L’écosystème sera lui aussi plus mature », promet-il.