Politique

Espagne-Afrique : à l’aube d’une décennie dorée

Après avoir dévoilé son Plan Afrique III, Madrid affine sa stratégie. Grâce à son nouveau programme de coopération, dénommé Focus Afrique 2023, le royaume compte devenir en une dizaine d’années un partenaire de premier plan pour le continent.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 18 octobre 2021 à 16:04

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo signe un livre d’or (droite) à côté du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, au palais de La Moncloa, à Madrid, le 29 mars 2021. © FERNANDO CALVO/ LA MONCLOA / AFP

Depuis le lancement du Plan Afrique III, en 2019, Madrid a fait du continent africain la nouvelle priorité de sa politique extérieure. « Quand l’Afrique, dans quelques années, émergera comme un continent stable et en pleine croissance, l’Espagne doit avoir amélioré sa présence diplomatique, politique, entrepreneuriale, économique », expliquait Raimundo Robredo Rubio, le directeur général pour l’Afrique au ministère des Affaires étrangères, lors de la présentation de Focus Afrique 2023, le 29 mars à Madrid. Un résumé on ne peut plus clair des objectifs espagnols sur le continent.

Le programme de Madrid comprend différents volets sur la coopération dans les domaines des migrations, de l’économie, de la sécurité ou encore de l’appui au rôle des femmes dans le développement. Il regroupe plus de 250 actions à réaliser dans les deux années à venir, allant du renforcement des liens diplomatiques et culturels à l’accompagnement des investissements du secteur privé espagnol en Afrique. Bien que le pays compte de nombreuses entreprises implantées sur le continent, les échanges avec ce dernier ne représentent que 6% de ses exportations et 7% de ses importations.

L’Angola et le Sénégal, pays prioritaires

« Nous allons faire de ces dix prochaines années la décennie de l’Espagne en Afrique », a ajouté le chef du gouvernement Pedro Sánchez, lors de la même présentation, en présence de Nana Akufo-Addo, président du Ghana. Dans la foulée, il s’est envolé pour l’Angola et le Sénégal, deux pays considérés comme prioritaires par Madrid. Le 8 avril, à Luanda, il a notamment signé avec João Lourenço, le président angolais, un accord de transport aérien, ainsi qu’un mémorandum d’accord dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de l’industrie.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (droite) accueille le président angolais João Lourenço au palais de La Moncloa, à Madrid, le 28 septembre 2021. © Borja Puig de la Bellacasa / LA MONCLOA / AFP

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (droite) accueille le président angolais João Lourenço au palais de La Moncloa, à Madrid, le 28 septembre 2021. © Borja Puig de la Bellacasa / LA MONCLOA / AFP

Au Sénégal, aujourd’hui l’un des principaux partenaires de l’Espagne dans la lutte contre l’immigration illégale, Pedro Sánchez s’est entretenu, le 9 avril, avec Macky Sall, le président sénégalais, avant de rencontrer les équipes locales de la Guardia Civil et de la police espagnole, ainsi que les militaires du détachement Marfil qui combat le djihadisme au Sahel. Mais le voyage officiel à Dakar a surtout donné un coup de projecteur à l’une des grandes réussites de Madrid cette année : l’ouverture du premier Institut Cervantès en Afrique subsaharienne, en septembre 2021, dont le Premier ministre espagnol a tenu à visiter le chantier.

À Lire Quand l’Espagne cherche son chemin dans l’agriculture africaine

« Ce projet est important pour le gouvernement, c’est un véritable outil diplomatique », explique Nestor Nongo, le directeur de l’Institut Cervantès de Dakar. D’origine congolaise, naturalisé espagnol, cet ancien du ministère de la Culture à Madrid a obtenu son poste en mars 2020. Et entre les retards dus à la pandémie du Covid-19, la recherche des futurs bâtiments et le recrutement du personnel, l’institut, finalement ouvert en septembre, ne sera officiellement inauguré qu’en novembre prochain.

Les contingents d’hispanophones les plus importants se trouvent respectivement en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal

Plus de 1,6 million de personnes apprennent aujourd’hui l’espagnol à travers l’Afrique subsaharienne dans son ensemble. Les contingents les plus importants se trouvent respectivement en Côte d’Ivoire (566 000), au Bénin (412 000) et au Sénégal (350 000), « qui a surtout été distingué pour sa stabilité et parce qu’une association de professeurs espagnols y est très active. Nous venons donc les accompagner, poursuit Nestor Nongo, qui rappelle que son pays a également ouvert une antenne à Abidjan en mars dernier. L’institut doit aussi participer à la mise en place d’un Observatoire de l’espagnol en Afrique subsaharienne.

Une relation historique avec le Maroc

Sur la péninsule ibérique, malgré la crise sanitaire, plusieurs des projets du Plan Afrique III prennent forme. Le programme de bourses attribuées aux fonctionnaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a démarré cette année avec l’arrivée de six boursiers en Espagne, alors que la première Mesa Africa s’est tenue à la fin de 2020. Chapeautée par Alberto Viella, ancien ambassadeur au Sénégal de 2015 à 2020 et aujourd’hui en mission spéciale pour le Plan Afrique III, celle-ci est destinée à coordonner les stratégies de l’administration publique et de la société civile (ONG, think tanks, secteur privé…) sur le continent. Un outil qui n’a d’équivalent dans aucun autre département du ministère.

Si l’Afrique subsaharienne retient toute l’attention de Madrid, c’est le Maroc, premier partenaire du royaume ibérique sur le continent africain, qui a occupé le devant de la scène ces derniers mois. Fortement critiquée pour sa gestion de la récente crise diplomatique avec le royaume chérifien, la ministre des Affaires étrangères Arancha González Laya a été remplacée le 12 juillet par José Manuel Albares, jusqu’alors ambassadeur de l’Espagne à Paris. Parfait francophone, ancien élève de l’école américaine de Tanger, le nouveau ministre n’a pas commencé sa tournée nord-africaine par Rabat, comme le veut la tradition, mais par Alger, pour parler gaz, migrations et Sahara occidental. De quoi fragiliser les relations avec le partenaire historique marocain, avec qui ce proche de Pedro Sanchez doit pourtant absolument poursuivre la politique d’apaisement en cours. Tout en assurant la continuité du Plan Afrique III.