Politique

RDC : les déboires immobiliers de Zoé Kabila

Les militaires congolais ont tenté de déloger l’ex-gouverneur du Tanganyika d’un immeuble de Kinshasa. Le frère cadet de l’ancien président Joseph Kabila assure pourtant en être le propriétaire. Voici les détails de l’affaire.

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Mis à jour le 8 octobre 2021 à 15:18

Zoé Kabila, le frère cadet de Joseph Kabila. © JUNIOR D. KANNAH/AFP

Déchu de son poste de gouverneur de la province du Tanganyika le 6 mai, Zoé Kabila est en plein bras de fer avec l’État congolais. Le 6 octobre, des éléments du bataillon de police militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont tenté, sans succès, d’évacuer un bâtiment situé sur l’avenue Likasi, à Kinshasa, qui abrite les locaux de Katanga Premier SARL, une société appartenant au frère cadet de Joseph Kabila. 

Jaynet Kabila à la rescousse

Il s’agissait alors de la deuxième intervention en quelques jours des militaires congolais sur cette parcelle. Selon nos informations, des éléments des FARDC avaient déjà effectué le 28 septembre une première descente sur place, pour signifier aux occupants qu’ils disposaient d’un délai de 48 heures pour évacuer les lieux.

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Zoé Kabila dit en être le propriétaire, mais cet immeuble de la riche commune de Gombe aurait en réalité été attribué à titre de logement de fonction au ministre de la Défense nationale, Gilbert Kabanda Kurhenga. 

Se trouvant alors en Afrique du Sud, Zoé Kabila a dépêché sur place sa sœur aînée, jumelle de l’ancien président, la député nationale Jaynet Kabila. Toujours selon nos informations, cette dernière était accompagnée par certains cadres de la famille politique de l’ancien président et était munie d’un document censé démontrer que l’immeuble appartenait bien à son frère cadet.

Le ministre Muabilu impliqué

Selon une lettre datée du 1er octobre adressée par l’avocat de Katanga Premier SARL, Me Benjamin Lukamba, au Premier ministre Sama Lukonde Kyenge, le responsable militaire qui a conduit l’opération du 28 septembre a justifié la mesure d’évacuation par le fait que la bâtiment appartiendrait toujours à l’État. C’est à ce titre qu’il aurait été attribué par le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Pius Muabilu – un des transfuges du camp de Kabila – à un membre du gouvernement. Selon des sources proches du ministre, l’ancien gouverneur du Tanganyika aurait fait l’acquisition de cet immeuble de manière irrégulière, ce que la défense de ce dernier conteste.

« L’allégation d’un bien appartenant à l’État […] est contredite par les pièces régulièrement obtenues du cadastre foncier de la Gombe qui retrace l’historique de cette parcelle », rétorque Me Benjamin Lukamba dans son courrier. Selon la chronologie restituée par l’avocat, l’immeuble en question est sortie de manière régulière du domaine privé de l’État lors de la signature, le 26 mai 1989, d’un contrat de vente entre la RDC – alors République du Zaïre – et un citoyen nommé Kundo Kwangele Makutu.

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Toujours selon Me Lukamba, ce dernier avait à son tour vendu la parcelle à un certain Ipote Joachim, qui l’a lui-même vendu à une société, qui l’a elle aussi cédé à l’entreprise Katanga Premier SARL de Zoé Kabila. Selon nos sources, le dossier a été transféré au niveau de l’auditorat militaire pour « clarification ». En attendant qu’il se prononce, « l’opération de déguerpissement » a été suspendue.