Économie

Afrique-France : comment Emmanuel Macron a sauvé Digital Africa du naufrage 

Secouée par une grave crise de gouvernance, l’association se rapproche de Proparco pour rebondir. Un sauvetage validé par l’Élysée, alors que le président français entend nouer une nouvelle relation avec la jeunesse africaine. 

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 8 octobre 2021 à 23:08

Emmanuel Macron, à la conférence « Inno Generation », le 7 octobre 2021. © BENOIT TESSIER/AFP

Au bord de la dissolution en mai dernier, l’association Digital Africa, créée pour soutenir les entrepreneurs innovants sur le continent va se rapprocher de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dévolue au secteur privé. L’annonce a été faite par Emmanuel Macron à l’occasion du sommet Afrique-France de Montpellier, le 8 octobre.

Pour l’Élysée, l’enjeu est de conserver un outil de soft power important au moment où le président veut faire des jeunes entrepreneurs un nouveau relais du dialogue franco-africain. À la présidence, le dossier a été géré par Franck Paris, conseiller Afrique du chef de l’État français. « Un échec n’était pas envisageable au vu de l’engagement d’Emmanuel Macron », estime un membre fondateur de Digital Africa.

Nouvelle enveloppe…

Lancée en 2018 lors du salon VivaTech, l’initiative avait pris du plomb dans l’aile ces derniers mois. Les membres africains de Digital Africa dont la Camerounaise Rebecca Enonchong et le Franco-Malien Karim Sy s’étaient publiquement émus d’être mis à l’écart de la gouvernance de l’association, avant d’en claquer la porte. En mai, Jean-Pierre Barral, directeur du département Transitions énergétique et numérique de l’AFD, en avait pris la présidence, à la suite de la démission du Sud-Africain Kizito Okechukwu.

La French Tech commence à être internationalement reconnue

Selon le scénario le plus probable, la structure deviendra, d’ici à quelques semaines, une filiale de Proparco. Dans ce nouveau dispositif, Digital Africa, d’abord prévu pour fournir un accompagnement non financier aux start-up (formation, mentoring…), va aussi être doté de fonds d’amorçage de 10 millions d’euros par an pendant trois ans pour effectuer des investissements entre 20 000 et 300 000 euros nécessaires dans les premiers stades de développement des nouveaux projets. L’Afrique francophone, où les jeunes pousses peinent à lever de l’argent, profitera d’une approche différenciée au travers d’un fonds nommé « Fusée ». Les montants investis sur le continent seront pris sur l’enveloppe de 130 millions d’euros que la France consacrera à la tech africaine entre 2022 et 2025.

Cette somme représente deux fois l’allocation de 65 millions d’euros qui avait été prévue pour le financement des start-up sur la période 2018-2022, avant d’être finalement portée à 73 millions d’euros. « La French Tech, c’est à dire le savoir-faire français en matière d’innovation, commence à être internationalement reconnue. Notamment en ce qui concerne notre capacité à faire collaborer les entités publiques et privées. Beaucoup de gouvernements africains ont demandé à ce que nous poursuivions le travail commencé avec Digital Africa. Il fallait juste assumer que c’était une initiative française pour l’Afrique », estime un de ses membres fondateurs. Attaquée par les anciens administrateurs africains de l’association, Stéphan-Eloïse Gras a été confirmée dans ses fonctions de directrice exécutive de Digital Africa par l’Élysée.

… et nouvelles personnalités

Selon nos informations, de nouvelles personnalités africaines devraient être associées à la renaissance de la structure dans les prochaines semaines. Une source proche de Proparco indique que le Nigérian Bosun Tijani, créateur de l’incubateur CcHub, la Kényane Juliana Rotich, figure historique de la tech africaine, Omar Cissé, fondateur de la start-up sénégalaise Intouch, et le Tunisien Khaled Ben Jilani, associé au sein d’AfricInvest, ont été notamment consultés durant le processus de reconfiguration de Digital Africa.

Les premiers signes d’un rapprochement entre Digital Africa et Proparco datent du lancement en novembre 2020 du fonds Bridge (5 millions d’euros) créé pour aider les start-up à faire face aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Toujours selon nos informations, Grégory Clemente, directeur général de la filiale de l’AFD, a joué un rôle important dans la définition du nouveau dispositif, répondant ainsi aux attentes de l’Élysée. L’intégration de Digital Africa pourrait être une étape préalable à la création, au sein de Proparco, de fonds d’amorçage pour d’autres secteurs d’activité.