Politique

Quand Thomas Sankara était surveillé par la CIA

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Mis à jour le 25 octobre 2021 à 10:44

Jerry Rawlings, aux côtés de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré (à gauche), en septembre 1983 lors d’une visite officielle du président ghanéen en Haute-Volta. © Archives Jeune Afrique

C’est un angle mort du procès qui s’ouvre lundi 11 octobre à Ouagadougou : l’implication de puissances étrangères dans l’assassinat du président burkinabè. Une chose est sûre : Washington lui portait une attention particulière.

La thèse est connue et alimente depuis trois décennies les discussions autour de l’assassinat de Thomas Sankara. Washington, qui goûtait peu les diatribes anti-impérialistes de Thomas Sankara et s’inquiétait de ses liens – réels ou supposés – avec le Cuba de Castro et la Libye de Kadhafi, aurait agi en coulisse pour éliminer un président décidément gênant.

La thèse de l’implication américaine dans l’assassinat du père de la révolution burkinabè a connu un regain d’intérêt en 2015, lorsque la RAI a diffusé « Ombres africaines », un documentaire réalisé par le journaliste d’investigation italien Silvestro Montanaro.

La thèse Taylor

S’appuyant notamment sur les témoignages de Jewel Howard Taylor, l’ancienne épouse de Charles Taylor, de Momo Jiba, l’ex-aide de camp de l’ancien président libérien, ou encore de Cyril Allen, un responsable de son parti, le National Patriotic Front of Liberia (NPFL), Montanaro affirmait dans son film que la CIA avait prêté main forte à la France pour provoquer la chute de Sankara.

À l’en croire, Charles Taylor, qui s’était « évadé » le 15 septembre 1985 d’une prison ultra sécurisée dans le comté de Plymouth (Massachusetts), aurait joué un rôle central dans ce complot international. Les services américains l’auraient aidé dans sa fuite, avec deux objectifs en tête : d’une part, déstabiliser le régime de Samuel Doe (torturé et assassiné cinq ans plus tard) et d’autre part, infiltrer le mouvement sankariste, en « neutraliser » la principale figure, et faire du Burkina une base arrière pour s’attaquer au président libérien.

Mais le documentaire pâtit de nombreuses inexactitudes. Il se trompe notamment sur l’heure et le lieu de l’assassinat de Thomas Sankara. Difficile, donc, d’en faire une preuve à charge suffisamment crédible pour étayer la thèse, tenace, d’un complot international mêlant la CIA et la France – les relations entre le président François Mitterrand  et le jeune capitaine burkinabè étaient notoirement exécrables.

Ce volet international de l’affaire Sankara ne sera pas non plus abordé directement lors du procès qui s’ouvre ce lundi 11 octobre à Ouagadougou. Faute d’avoir pu mener l’instruction hors des frontières de son pays, le juge a en effet circonscrit le dossier à ses acteurs burkinabè.

Un coup d’État très suivi