Archives

Samba Thiam, président des Flam

Samba Thiam est président des Forces de libération africaines de Mauritanie, un mouvement, interdit au temps de Maaouiya Ould Taya, davantage connu par son acronyme : « Flam ». Après sa libération de la prison d’Oualata (un ancien fort colonial où il fut incarcéré en 1986 pour avoir coécrit le « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé »), il s’exile au Sénégal en 1990, puis à New York en 2000, où il vit depuis en tant que réfugié. Le 26 septembre, à l’occasion de la 62e Assemblée générale de l’ONU, il a pu s’entretenir avec le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Une première. Du « passif humanitaire » – euphémisme désignant les exactions commises contre les Négro-Mauritaniens au tournant des années 1990 – au retour des réfugiés en passant par le partage du pouvoir entre les différentes communautés : toutes les questions qui préoccupent les Flam depuis leur création – et divisent les Mauritaniens – ont été abordées.

Jeune Afrique : Quelle impression retirez-vous de votre récente rencontre avec le nouveau chef de l’État ?
Samba Thiam : Sidi Ould Cheikh Abdallahi est un homme facile d’accès. Il n’est pas du genre à vous faire sentir que lui est président et que vous n’êtes rien. C’est aussi quelqu’un de direct : s’il n’est pas d’accord, il le dit. Surtout, il m’a semblé disposé à écouter l’autre. C’est positif.

Comment jugez-vous la méthode qui sera appliquée pour le retour des réfugiés ?
En mars, pendant la campagne, le candidat Cheikh Abdallahi a promis que les premiers retours auraient lieu au cours des six à douze mois suivants. Je suis convaincu qu’il entend, à tout prix, tenir sa promesse. Mais le dossier est sensible, il faut se garder d’aller trop vite, ne serait-ce que parce qu’une partie de la communauté arabo-berbère n’y est pas prête. Certains groupes politiques l’ont laissé entendre ; d’autres, qui ont l’habitude de s’exprimer, n’ont rien dit, ce qui est significatif. Il faut avant tout continuer la sensibilisation au niveau des administrations, des régions et des mosquées. Ensuite, il faudra s’attacher à la préparation psychologique des réfugiés. Au Sénégal, ils ont un logis. Si vous leur proposez une tente de l’autre côté du fleuve, ce n’est pas très motivant ! Le retour ne devra démarrer que lorsque les ressources nécessaires à « l’après-retour » auront été mobilisées. Si l’on était raisonnable, les premiers retours n’auraient lieu avant la fin de cette année.

Le règlement du « passif humanitaire » avance-t-il ?
Non, je crois que l’administration cherche encore la bonne méthode. Mais c’est une question plus complexe, qui nécessite de trouver un équilibre entre le refus de l’impunité, l’indemnisation des victimes, l’exigence de vérité et la nécessité du pardon. Pour tenir cet équilibre, il n’y a pas de solution toute faite ! Une chose est sûre : Ould Taya est l’un des principaux responsables de ce drame, il doit payer.

Qu’est-ce qui a changé depuis le 3 août ?
Il y a un semblant de liberté d’expression et une volonté du gouvernement d’améliorer la gestion démocratique. Mais s’agissant du partage des pouvoirs entre Négro-Mauritaniens et Arabo-Berbères, problème qui sous-tend tous les autres, on est encore loin du compte. Le chef de l’État aurait pu, par exemple, constituer un gouvernement plus représentatif.

Qu’attendez-vous pour rentrer dans votre pays ?
Bien sûr, j’aimerais y retourner, je n’ai pas choisi l’exil. Mais nous sommes une organisation et les décisions sont prises de façon concertée. Nous examinons le problème et il est probable que nous déciderons de rentrer dans le courant de 2008.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte