Politique

Burkina : l’irrésistible ascension d’Allassane Bala Sakandé

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Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 6 octobre 2021 à 17:38

Allassane Bala Sakandé (à gauche), nouveau président du MPP, et Simon Compaoré. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

Réputé proche du chef de l’État, le président de l’Assemblée nationale a officiellement pris les rênes du parti au pouvoir, le MPP. Charge à lui, désormais, de le conduire jusqu’à la présidentielle de 2025.

Ils se sont affichés, bras dessus, bras dessous et tout sourire, le 4 octobre. D’un côté, Allassane Bala Sakandé, président de l’Assemblée nationale depuis septembre 2017, relativement peu connu lors de son arrivée au perchoir. De l’autre, Simon Compaoré, emblématique maire de Ouagadougou pendant presque deux décennies et poids lourd de la politique burkinabè. Lundi, le premier a officiellement succédé au second à la tête du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et les deux ont fait mine d’enterrer leur rivalité passée.

Le nouveau patron du parti au pouvoir est un fidèle de longue date du chef de l’État. Roch Marc Christian Kaboré et lui ont fait connaissance d’abord à la fin des années 1980, lorsque Sakandé était leader estudiantin, puis à la Banque internationale du Burkina (BIB, depuis absorbée par United Bank of Africa).

Lutte d’influence

Leurs chemins se croisent de nouveau quelques années plus tard au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré auxquels ils appartiennent tous les deux. « Kaboré et Bala Sakandé entretiennent de bons rapports, résume un homme qui les connaît tous les deux. Après la BIB, ils se sont retrouvés dans le Kadiogo, lorsque Kaboré conduisait la liste du CDP aux législatives. » En 2014, lorsque Kaboré fonde le MPP avec feu Salif Diallo et Simon Compaoré, Bala Sakandé claque aussi la porte du CDP et les rejoint. Moins de deux ans plus tard, il est élu député et devient président du groupe MPP à l’Assemblée.

Cette proximité avec le chef de l’État ne lui a pas épargné une âpre lutte d’influence lorsqu’il a fallu trouver un successeur à Simon Compaoré à la tête du parti (Compaoré lui-même ayant pris le relai après le décès brutal du charismatique Salif Diallo, en août 2017). Se trouvaient face à lui plusieurs ténors de la politique burkinabè comme le ministre de l’Administration territoriale, Clément Sawadogo, ou encore Lassané Savadogo, le patron de la Caisse nationale de sécurité sociale, lesquels avaient le soutien du bureau exécutif sortant.

L’enjeu pour le nouveau président sera désormais de gérer la cohabitation avec le clan Simon Compaoré

« Simon Compaoré avait proposé Clément Sawadogo. Il y a eu des tractations intenses mais, au final, le président a tranché en faveur de Bala Sakandé, décrypte l’une de nos sources qui a participé au congrès du parti et au huis clos durant lequel tout s’est joué. L’enjeu pour le nouveau président sera désormais de gérer la cohabitation avec le clan Simon Compaoré, puisque ce dernier conserve une influence sur le parti et est proche de plusieurs vice-présidents. »

« [La désignation de] Bala Sakandé répond à une sorte d’élan, à un besoin d’unité et de cohésion du parti au-delà des clans et de ses fondateurs historiques, explique Ousseni Tamboura, ministre de la Communication et membre du bureau politique du MPP. Il a les atouts pour renforcer le parti et faire en sorte qu’il relève le défi du second mandat en lui permettant au MPP d’être à l’avant-garde sur les questions sécuritaires et de consolidation de la démocratie. »

Je ne le vois pas comme un candidat, mais plutôt comme celui qui va pouvoir faire avancer le MPP

Il va surtout devoir préparer le parti aux élections de 2025. Mais son ascension est-elle le signe qu’il nourrit – ou que l’on nourrit pour lui – de plus hautes ambitions ? Doit-elle se comprendre dans la perspective de la succession de Kaboré ? « Le parti tranchera le moment venu, élude Ousseni Tamboura. Je ne le vois pas comme un candidat, mais plutôt comme celui qui va pouvoir faire avancer le MPP. Il en a la légitimité. » « Dès son arrivée [au perchoir], il a su imprimer sa vision en adoptant des mesures audacieuses, comme la prise en compte des besoins des députés en matière d’assistance parlementaire, avec le recrutement de 100 volontaires diplômés des universités, ou avec l’instauration des journées de redevabilité des députés qui ont permis pour la première fois des échanges directs avec des citoyens », abonde Achille Tapsoba président du groupe parlementaire CDP.

Ancien professeur de philosophie, Tapsoba explique avoir eu Bala Sakandé comme élève. « Nous avions milité ensemble au CDP. Il a un esprit critique. Avec lui, le MPP ne sera pas complaisant. Il n’hésite pas à dénoncer les tares et les mauvaises pratiques du système dont il est issu. »