Politique

Guinée : le come-back de Kemi Seba, nouveau soutien de Mamadi Doumbouya ?

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Mis à jour le 5 octobre 2021 à 17:05

Kemi Seba lors d’une conférence de presse à Paris, le 26 juin 2020 © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Trois ans après avoir été refoulé à l’aéroport de Conakry, l’activiste a été autorisé à pénétrer sur le territoire guinéen ce lundi 4 octobre. Il doit rencontrer le nouveau chef de l’État.

En mars 2018, Kemi Seba avait à peine effleuré le sol de l’aéroport de Conakry qu’il avait été contraint à faire demi-tour. Alors ce lundi 4 octobre, c’est empreint d’une émotion visible que l’activiste franco-béninois est arrivé dans la capitale guinéenne pour un séjour d’une semaine. Plusieurs dizaines de personnes avaient fait le déplacement pour l’acclamer.

Un mois après le putsch qui a renversé Alpha Condé et alors que la Cedeao a décrété des sanctions contre le régime de Mamadi Doumbouya, Kemi Seba a immédiatement choisi son camp. « Je suis venu rappeler aux organisations sous-régionales, notamment à la Cedeao, qu’il faut respecter le choix du peuple, a-t-il lancé. Bizarrement, [cette communauté internationale] est très silencieuse lorsqu’il y a des troisièmes ou des quatrièmes mandats [présidentiels], des persécutions contre la population [ou] quand le peuple aspire à un changement. »

« Injustement refoulé »

« Kemi Seba est venu communier avec ses frères guinéens », s’est réjoui Elie Kamano. Le chanteur, fondateur du Parti guinéen pour la solidarité, la démocratie et le développement (PGCD), se réjouit de l’arrivée d’un « camarade de lutte ». Ce sont certains des mots maladroits du musicien qui, il y a trois ans, avaient fait échouer la visite de Kemi Seba. Répondant à une question de la presse, Elie Kamano avait eu la maladresse d’annoncer que son hôte n’hésiterait pas à se prononcer sur la volonté d’Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Le débat faisait grand bruit à l’époque. Conséquence ? « Quand son avion a atterri, on a laissé son équipe entrer, mais, lui a été bloqué », se souvient le chanteur.

Il est temps que le peuple guinéen jouisse des richesses de son sol. Nous irons jusqu’au bout

« Nous saluons l’arrivée en Guinée de Kemi Seba, notre frère de lutte, véritable icône du panafricanisme moderne », s’est réjoui de son côté Siaka Barry, président du parti Mouvement populaire démocratique de Guinée (MPDG), revendiquant l’héritage politique de Sékou Touré et de Thomas Sankara.

Rencontre avec Doumbouya

Kemi Seba, qui ne cache pas son soutien aux putschistes, est aujourd’hui le bienvenu à Conakry. Outre la visite des mausolées des héros guinéens de la résistance, il doit durant son séjour animer une conférence de presse et rencontrer Mamadi Doumbouya. « Le président de la transition avait donné son accord, et pour son arrivée en Guinée et pour une audience », assure Elie Kamano.

« Ma mission est de lutter contre le colonialisme, mais n’oublions jamais que celui-ci est exogène et endogène, a déclaré Kemi Seba peu après son arrivée. Certains ont intérêt à ce que des populations qui habitent sur des sols très riches ne jouissent jamais de cette richesse. Il est temps que le peuple guinéen en jouisse. C’est pour cela que je suis là, et nous irons jusqu’au bout, quel que soit le prix à payer. »

Dans cette entreprise, le controversé président de l’ONG Urgences panafricanistes semble avoir trouvé de nouveaux alliés. Pour Siaka Barry, « cette arrivée de Kemi Séba en Guinée, constitue un retour de bâton de l’histoire ».