Culture

Maroc : « Homouna », la websérie qui donne la parole à la communauté LGBT+

Mis à jour le 6 octobre 2021 à 09:58

La webserie marocaine « Homouna » comptera 5 épisodes © Nassawiyat

Dans un pays où l’homosexualité est encore pénalisée, le groupe féministe LGBT+ Nassawiyat lance une websérie poétique et politique pour tenter de faire évoluer les mentalités.

« Mes cheveux n’ont jamais été comme ceux des autres, les gens les ont toujours décrit comme vilains, crépus »… Ainsi commence « Nouwara », le premier épisode de la websérie Homouna, réalisée par le groupe féministe LGBTQIA+ marocain Nassawiyat (« féministe ») et financé par un bailleur tenu secret. Publié sur Youtube, Instagram et Facebook, il raconte les questionnements d’une femme queer dans une société patriarcale.

« Je me suis toujours dit que ma couleur de peau altérait ma beauté et qu’il fallait que je porte des couleurs pour faire en sorte que mon visage paraisse plus clair », témoigne la voix off, illustrée en direct par les mains d’une femme dessinatrice, Rim C. La voix n’est pas celle du témoignage qui a mené à ce récit en images, mais les citations sont extraites et regroupées à partir de 21 entretiens menés par le groupe féministe, parti à la rencontre de l’histoire intime des membres de la communauté LGBTQIA+ au Maroc.

« La société et la famille ont des yeux partout »

Les phrases qui touchent à l’estime de soi, aux injonctions diverses de la société patriarcale, s’enchaînent à mesure que les dessins gagnent en couleur. Le corps des femmes est toujours sujet à discussion, à évaluation. « Ma relation à mon corps a toujours été gouvernée par les choses que je voyais, que je vivais ou que j’entendais », témoigne Nouwara. Les variations de poids, évoquées dans cette première vidéo, ne sont pas anodines, elles révèlent l’état de santé mentale de celle qui les subit.

Nouwara aime une femme et voudrait être libre d’afficher son homosexualité, chose encore impossible au Maroc

Comme une suite logique, on en vient à évoquer la demande en mariage, l’importance de rester vierge avant celui-ci pour préserver l’honneur de la famille, la façon de se vêtir aussi. Dans la vie intime des femmes marocaines, la société et la famille ont des yeux partout, laisse entendre le récit. Au point de donner l’impression aux femmes qui témoignent de n’être plus que des objets à saisir et non des êtres humains à part entière. Pour rendre tout le monde heureux, sauf soi-même, on colle aux règles, on entre dans les cases.

De façon imagée, la série fait sortir toutes les femmes de leurs boîtes, de leurs obligations. Après avoir enchaîné les extraits de récits de ces femmes qui se décrivent à travers l’oppression d’un système, le dessin se déploie et représente une femme libérée. Les traits sont de plus en plus éclairés et s’accompagnent de déclarations : « À partir d’aujourd’hui, je fais la paix avec moi-même, je suis une belle femme, point final ». L’épisode 1 ne dure que quelques minutes mais sonne comme une courte séance de méditation, à la poésie incontestable, qui donne envie de découvrir la suite.

Un autre regard sur le genre et la sexualité

Nouwara n’a pas seulement besoin de s’émanciper de son rapport au corps et du regard de l’autre. Elle a aussi une confession à faire ; elle aime une femme et voudrait être libre d’afficher son homosexualité, chose encore impossible au Maroc, où le code pénal prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour « actes licencieux ou contre nature envers une personne du même sexe ». En avril 2020, une vaste campagne de délation révélant l’homosexualité de nombreux Marocains avait d’ailleurs secoué le pays.

La websérie Homouna (qui signifie « they/them », en référence au pronom utilisé pour désigner une ou des personnes de genre indéterminé), a justement pour but de sensibiliser à l’existence de cette communauté LGBTQIA+, décrite comme « vulnérable et résistante ».  Être une femme homosexuelle, être queer dans la diaspora, être transgenre, être intersexe… chacun des quatre autres épisodes – dont trois à venir – rassemble ainsi les confessions de ces Marocains. Alors que dans le monde, de nombreux mouvements, documentaires, séries ou films contribuent à porter un autre regard sur le corps des femmes, sur la diversité des genres ou sur les questions de sexualités, le groupe Nassawiyat veut que le royaume participe à cet élan. Prochain rendez-vous le 17 octobre.