Économie

Algérie : Abdelmadjid Tebboune se pose en adversaire des « spéculateurs »

Au début d’octobre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a demandé l’introduction de plusieurs mesures sociales et le durcissement des pénalités contre la spéculation.

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Mis à jour le 6 octobre 2021 à 17:55

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a, au début d’octobre, ordonné la mise en place immédiate de plusieurs mesures à caractère social. © Farouk BATICHE/REA

Le 3 octobre, durant une réunion du Conseil des ministres sur le projet de loi de finances (PLF) 2022, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné la mise en place immédiate de plusieurs mesures à caractère social. Parmi elles, la réduction de l’impôt sur le revenu global (IRG), l’augmentation du point indiciaire dans la Fonction publique (déterminant pour la rémunération des fonctionnaires) ainsi que l’application effective de l’impôt sur la fortune. Ces mesures devront être implémentés dans les délais les plus brefs, selon le communiqué officiel de l’exécutif algérien.

En l’état actuel de la législation, l’impôt sur le revenu global en Algérie s’applique selon un barème progressif et peut atteindre 35 % des revenus.

L’impôt sur le revenu global en Algérie. Source : Direction générale des impôts/Algérie. © L’impôt sur le revenu global en Algérie. Source : Direction générale des impôts/Algérie.

L’impôt sur le revenu global en Algérie. Source : Direction générale des impôts/Algérie. © L’impôt sur le revenu global en Algérie. Source : Direction générale des impôts/Algérie.

Un pouvoir d’achat à rude épreuve

En déplacement à Oran, le 4 octobre, le Premier ministre Aymen Benabderrahmane a reconnu que ces mesures visaient à revaloriser le pouvoir d’achat des populations à revenus moyens et faibles, mis à mal par la conjoncture économique.

Selon l’Office national des statistiques, l’indice des prix en Algérie à la fin de juin 2021 était en hausse de 4,12 % par rapport à la fin de juin 2020. Cette progression est de +3,8 % en moyenne pour l’alimentation et les boissons non alcoolisées alimentaires. Selon l’édition d’avril 2021 du World Economic Outlook, rapport phare du FMI, le taux annuel d’inflation devrait frôler 5 % en 2021 et 6 % en 2022. Il avait baissé progressivement de 6,4 % en 2014 à 2,4 % en 2020 selon les estimations du Fonds.

Evolution du PIB en Algérie © Evolution du PIB en Algérie. Source : Banque Mondiale.

Evolution du PIB en Algérie © Evolution du PIB en Algérie. Source : Banque Mondiale.

Cette remontée des prix intervient, qui plus est, dans un contexte macroéconomique difficile pour le pays, qui a connu en 2020 sa première récession économique depuis plus de vingt ans, avec un PIB réel en baisse de 6 % selon le FMI (-5,5 % selon la Banque mondiale).

2022 verra une amélioration des indicateurs de performance de l’économie algérienne

Le président algérien a demandé plus d’inspections sur le terrain pour empêcher « toute hausse injustifiée des prix des produits alimentaires » et demandé l’alourdissement des sanctions pénales (jusqu’à trente ans de prison) contre les personnes coupables de « spéculation », selon le compte-rendu de l’agence officielle.

Élargir l’assiette fiscale

Abdelmadjid Tebboune a également pressé ses équipes de faire appliquer l’impôt sur la fortune « après sa redéfinition avec précision dans la loi de finances 2022 ». Prévu au moins depuis le projet de loi de finances 2020, le remplacement de l’impôt sur le patrimoine par un impôt sur la fortune, progressif à partir d’un patrimoine de 100 millions de dinars (625 000 euros), peine à être appliqué.

Pour le chef de l’État algérien, si ces « réformes et mesures de relance » sont respectées, « l’année 2022 verra une amélioration des indicateurs de performance de l’économie algérienne ». Selon le FMI, le PIB algérien devrait être en hausse de 2,75 % en 2022, soit une progression moins forte que celle anticipée par la Banque africaine de développement (+3,4 %).

La BAD appelle cependant Alger à « approfondir les mesures pour élargir l’assiette fiscale, portées par la loi de finances de 2021, et [à] mettre en place un programme visant à diversifier son économie en vue de limiter la dette publique interne ».