Économie

Private Equity : les étoiles sont alignées pour DPI

Development Partners International, acteur de taille du capital-investissement en Afrique basé à Londres, vient – plutôt discrètement – de boucler le plus gros tour de table de 2021 pour un fonds destiné au continent.

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Mis à jour le 5 octobre 2021 à 17:25

Sofiane Lahmar est depuis 2010 associé chez Development Partners International, le capital-investisseur britannique qui compte plus de 2,8 milliards d’actifs sous gestion depuis sa création en 2007. © Kalpech Lathigra pour Jeune Afrique

Bis repetita pour Development Partners International (DPI). Après un deuxième fonds clôturé à 725 millions de dollars en 2015, contre 500 millions visés, le dernier-né du capital-investisseur panafricain, African Development Partners III (ADP III), vient de réaliser un closing final à 900 millions de dollars. DPI visait initialement 800 millions de dollars, et ce bien avant le Covid-19.

« Il s’agit de l’un des plus grands fonds levés sur les marchés émergents (hors Asie) cette année », se félicite Sofiane Lahmar, associé du gestionnaire de fonds joint à Londres par JA. L’investisseur algérien qui a rejoint la société DPI en 2010 en tant qu’associé met également en avant les conditions difficiles de la crise sanitaire pour la réalisation de ce troisième fonds. Ce qui explique sans doute la relative discrétion ayant entouré la finalisation de l’opération dans son ensemble.

250 millions supplémentaires

Mais le résultat est d’autant plus source de satisfecit pour le capital-investisseur qui compte plus de 2,8 milliards d’actifs sous gestion depuis sa création en 2007 [comprenant l’ensemble des fonds levés au niveau des trois fonds ADP I, II et III, ainsi que les opérations de co-investissements, ndlr] que l’enveloppe totale de la nouvelle levée représente 1,150 milliard de dollars.

Le ticket moyen est compris entre 40 millions et 130 millions de dollars

« Nous avons décroché une réserve dédiée en co-investissement, de 250 millions de dollars supplémentaires, auprès de plusieurs partenaires désireux d’étendre leur exposition en Afrique, poursuit Sofiane Lahmar. Cela nous permet d’augmenter la taille de nos investissements et celle de notre impact sur chaque transaction spécifique. » Sans en dévoiler davantage quant au profil des investisseurs, il évoque un large éventail pour ADP III.

Estampillé « Principes Opérationnels de Gestion de l’Impact » – une norme internationale pour l’investissement à impact –, et 2x Flagship Fund (égalité femmes-hommes), le nouveau fonds a su attirer des investisseurs spécifiques attachés au placement à impact. Ainsi qu’une série plus classique allant des fonds de pension au fonds souverains, en passant par des fonds de dotation des universités, fondations, fonds de fonds… Ceux-ci venant pour un tiers d’Amérique du Nord, la moitié d’Europe et le reste d’Afrique et du Moyen-Orient.

Que ce soit en termes d’investissements ou d’impact/de participation, DPI a toujours voulu jouer un rôle de premier plan. Et souhaite répéter la stratégie pour ADP III. Le ticket moyen étant compris entre 40 millions et 130 millions de dollars, il peut être fortement étendu, jusqu’à 250 millions-300 millions d’euros via des opérations de co-investissements.

DPI investit massivement dans les secteurs de la tech

Une extrémité à laquelle le gestionnaire cofondé et dirigé par la doyenne américaine du private equity, Runa Alam, est tombé en novembre 2020. À cette date, DPI a lancé une plateforme affectée à l’acquisition d’unités de production (Kelix Bio) dont le premier tour de table, porté par le CDC britannique et la Berd, a été bouclé à 250 millions de dollars. À terme, ce sont 500 millions de dollars supplémentaires qui sont espérés.

Portefeuille varié

Du fait de ce positionnement, et même s’il évoque « l’innovation » en tant que dénominateur commun aux secteurs visés, le capital-investisseur ne se risque toujours pas dans les start-up ni dans les sociétés en phases d’amorçage (early stages). DPI s’intéresse aux sociétés plus matures, avec un management stable, pour les accompagner dans leur croissance et leur transformation digitale.

Ce qui ne l’empêche pas d’investir massivement dans les secteurs de la technologie, comme avec la fintech égyptienne MNT-Halan, une première fois en 2018, et une deuxième dans le cadre d’ADP III. Les secteurs envisagés pour le troisième fonds restent donc : l’agriculture/agribusiness, la santé, l’éducation, la microfinance, la fintech, tous les services financiers, principalement en Afrique francophone. Un portefeuille varié, à l’image de ses deux précédents fonds de la famille ADP.

D’autres opérations d’envergure vont avoir lieu en 2022

Le premier est en phase finale de désinvestissement, avec notamment la session marquante en mai 2019 du gestionnaire de tours télécoms Eaton Towers, pour 1,8 milliard de dollars à American Towers Corporation. Quant au deuxième fonds, à ce jour totalement investi et en milieu de vie, les premières sorties ont démarré.

À la fin de septembre, DPI a en effet annoncé la cession – pour un montant non dévoilé – de ses 31 % de parts dans Food Concepts, enseigne de restauration implantée en Afrique anglophone (Nigeria, Ghana) dans laquelle l’investisseur avait injecté des fonds dans le cadre d’ADP I en 2012 puis avec ADP II en 2018.

IPO en 2022 ?

D’autres opérations d’envergure sont à venir pour le capital-investisseur panafricain qui semble être en veine. « Nous étudions un certain nombre de dossiers qui seront, potentiellement, des sorties en Bourse pouvant être réalisées en 2022 », nous précise Sofiane Lahmar.

Plusieurs places retiennent l’attention de DPI, certaines bourses africaines ayant acquis une taille intéressante : le Caire, Casablanca, la BRVM et bien sûr Jo’burg. Sans oublier l’éventualité londonienne qui accueille de plus en plus de sociétés africaines.