Politique

Algérie : la véritable histoire de l’extradition d’Ould Kaddour, l’ex-PDG de Sonatrach

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Mis à jour le 5 octobre 2021 à 16:05

Abdelmoumen Ould Kaddour , l’ancien patron de Sonatrach. © Billal Bensalem / NurPhoto / AFP

Comment l’ex-patron du groupe pétrolier a-t-il été rattrapé par la justice aux Émirats et a-t-il été extradé vers l’Algérie ? Enquête sur cette interpellation hors normes.

A Koléa, où plusieurs anciens ministres et oligarques purgent de lourdes peines, Abdelmoumen Ould Kaddour partage la même cellule que l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal. L’ancien PDG de Sonatrach (2017-2019) est incarcéré dans ce centre pénitentiaire, situé à une quarantaine de kilomètres d’Alger, depuis août dernier. Poursuivi dans plusieurs affaires, et notamment celle de la raffinerie Augusta avec deux anciens cadres du groupe pétrolier également incarcérés, il a déjà été interrogé à plusieurs reprises par le magistrat instructeur sur ce dernier dossier.

Selon ses avocats et les proches qui lui rendent visite, il est résigné mais garde le moral. « C’est comme s’il était soulagé de ne plus être en cavale », ironise un de ses proches. C’est en effet aux Émirats arabes unis que l’ancien grand patron a été rattrapé par la justice. Mais comment l’Algérie a-t-elle obtenu son extradition ?

Interrogatoire

Depuis son limogeage du groupe pétrolier en avril 2019, Abdelmoumen Ould Kaddour partage sa vie entre la France et les pays du Golfe, où il exerce alors comme consultant international. Mais dans le cadre d’une vaste campagne anticorruption lancée en avril 2019 par la justice algérienne après la chute du régime d’Abdelaziz Bouteflika, il est rattrapé par les affaires de la BRC (BRC-Brown & Root Condor, coentreprise de Sonatrach et Kellogg Brown & Root dissoute en 2007), dont l’achat en 2018 de la raffinerie italienne Augusta par Sonatrach pour 900 millions d’euros.

En juin 2020, un juge du tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger, émet un mandat d’arrêt international contre lui. Mais il faut attendre février 2021 pour qu’une notice rouge soit diffusée par Interpol en vue de son arrestation.

Le 20 mars 2021, Abdelmoumen Ould Kaddour est interpellé à l’aéroport de Dubaï. Transféré à Abou Dhabi, il sera interrogé pendant deux heures par un magistrat émirati sur les affaires BRC et Augusta, ainsi que sur son prétendu recrutement par la compagnie pétrolière ExxonMobil comme consultant peu de temps après son départ de Sonatrach. Au terme de son audition, il est remis en liberté. Son passeport lui est confisqué et il lui est interdit de quitter le sol émirati, en attendant que la requête de son extradition soit étayée par la justice algérienne.

Avocats à Dubaï

Pour défendre ses intérêts, il choisit Lutfi & Co Advocates and Legal Consultants, basé à Dubaï. Fondé en 1982, ce cabinet a bonne réputation aux Émirats, où barons de la drogue internationaux, hommes d’affaires ou politiques désireux d’échapper aux griffes de la justice de leurs pays trouvent refuge. Il gère plus de 10 % des dossiers d’extradition qui arrivent sur les bureaux des juges émiratis.

Lutfi & Co introduit une requête pour contester l’arrestation de l’ancien PDG de Sonatrach ainsi que les griefs retenus contre lui pour motiver son extradition vers l’Algérie. Mais l’appel est rejeté par un magistrat émirati. Pour gagner du temps, ses avocats introduisent alors un recours similaire auprès du tribunal de grande instance d’Abou Dhabi. Las ! Des rumeurs leur parviennent à propos d’un éventuel deal entre Algériens et Emiratis pour obtenir l’extradition de Abdelmoumen Ould Kaddour. Info ou intox ? L’un des avocats du cabinet affirme en tout cas n’avoir reçu aucune décision de la part de la justice émiratie concernant le renvoi de leur client dans son pays pour y être entendu et jugé.

Avion spécial

Reste que, le mardi 3 août, Abdelmoumen Ould Kaddour est interpellé par des policiers émiratis en civil alors qu’il est attablé à la terrasse d’un café de Dubaï en compagnie d’un de ses conseils. Il est conduit dans les locaux du ministère de l’Intérieur.

Entre-temps, un avion spécial décolle d’Alger en direction des Émirats afin de procéder à son extradition. Mercredi 4 août, Abdelmoumen Ould Kaddour arrive à l’aéroport d’Alger devant les caméras de télévision algériennes, costume bleu et menottes aux poignets, avant d’être présenté devant un juge d’instruction qui ordonne sa mise sous mandat de dépôt. Il rejoindra alors le pénitencier de Koléa.