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Crise Algérie-France : quelles conséquences pour les opérations au Sahel ?

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Mis à jour le 6 octobre 2021 à 10:44

Des soldats parachutistes du 8e RPIMA de Castres, le 17 janvier 2019. © © Frédéric Scheiber / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La brouille entre Alger et Paris devrait avoir un impact non-négligeable sur les activités anti-terroristes de l’armée française dans la bande sahélo-saharienne.

C’est le chef d’état-major algérien lui-même, Saïd Chengriha, qui serait à la manœuvre pour diriger les représailles contre Paris. Parmi les griefs retenus par le général contre Paris depuis plusieurs mois, il en est un qui ne passe pas : la réaction jugée trop timorée des autorités françaises sur l’affaire Pegasus, perçue comme une volonté d’étouffer le scandale pour complaire au Maroc.

Pour les autorités algériennes, cette mansuétude est d’autant moins compréhensible que, vue d’Alger, l’affaire Pegasus constitue quasiment un casus belli avec le voisin marocain.

Approvisionnement des troupes

La réduction du quota de visas octroyés aux Algériens, annoncée par le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal le 28 septembre, puis les propos d’Emmanuel Macron sur le « système politico-militaire » algérien, ont augmenté l’ire de Saïd Chengriha, qui a ordonné le jour même de barrer la route aux appareils militaires français et d’annuler l’accord de survol du territoire algérien donné par Bouteflika au début des opérations françaises au Mali en 2012.

Plus du quart des besoins en carburant de l’armée française dans le Nord-Mali étaient assurés par l’Algérie

Cette interdiction n’a même pas été signifiée préalablement à l’armée française ; ce n’est qu’en vol que les pilotes de l’armée de l’air ont découvert la situation. Au moins quatre avions ont dû rebrousser chemin le 2 octobre, jour de l’entrée en vigueur de l’interdiction.

L’approvisionnement en flux tendu des troupes des dispositifs Barkhane et Takuba se verra retardé du fait du détour contraint par le Maroc et la Mauritanie. Les appareils de transport devront emporter sous leurs ailes plus de kérosène et, partant, moins de passagers et de matériel.

Selon plusieurs sources, l’Algérie a également mis un terme à son aide militaire au sol. Les convois de carburant et d’eau n’ont plus traversé la frontière depuis la décision de fermer l’espace aérien aux appareils militaires français. Plus du quart des besoins en kérosène et gasoil de l’armée française dans le Nord-Mali étaient assurés depuis huit ans par l’Algérie.

Le cas Wagner

À Alger, une source sécuritaire contactée par JA affirme que cette crise aura probablement un impact sur la coopération anti-terroriste avec une diminution des échanges d’informations, même si les canaux de communications restent ouverts, surtout que le fonctionnement des deux ambassades n’a pas nécessairement été affecté par le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris, officiellement « pour consultations ».

Pas d’expulsion de diplomates ni de réduction des effectifs donc. « En cas de besoin, les services se parleront », rassure notre interlocuteur.

C’est qu’un affaiblissement de Barkhane n’est pas forcément vu d’un bon œil en Algérie. Qui considère l’opération française comme un élément de stabilisation du Mali. D’autant que, malgré les bonnes relations entre Alger et Moscou, l’apparition du groupe Wagner dans l’équation malienne n’est pas sans faire grincer des dents au sein des autorités algériennes.

Une délégation militaire algérienne devait rencontrer des officiers français pour discuter de la lutte contre le jihadisme au Mali

« La sur-utilisation de mercenaires dans la région est un facteur de déstabilisation, en plus d’avoir prouvé son inefficacité. L’Algérie œuvre à ce que des armées crédibles renforcent des États stables. Un apport en mercenaires ne mènera qu’à l’émiettement des armées et à l’isolement des gouvernements », explique une source diplomatique.

Sur ce dossier, Alger navigue donc entre impératifs régionaux et volonté de marquer sa colère vis-à-vis de Paris. Dans ce cadre, une délégation militaire algérienne devait rencontrer des officiers français de haut rang afin de discuter de l’avenir de la lutte contre le jihadisme au Mali.

Elle devait se dérouler le 30 septembre au cercle national des armées à Paris, mais a été annulée par l’état-major algérien en représailles à la décision française de réduire de moitié le quota de visas accordés aux Algériens.