Société

Après le sommet Afrique-France, investir ensemble dans l’agroécologie

Mis à jour le 12 octobre 2021 à 15:22
Alioune Fall

Par Alioune Fall

Président du conseil scientifique du Cirad et président du conseil d’administration du Forum pour la recherche agricole en Afrique

Elisabeth Claverie de Saint Martin

Par Elisabeth Claverie de Saint Martin

PDG du Cirad

Ferme agro-écologique de la Providence, à Banigbe, au Bénin © Jean Claude MOSCHETTI/REA

Face aux défis climatiques qui se font de plus en plus pressants, la France et le continent gagneraient à joindre leurs efforts autour de la transition des systèmes agricoles et alimentaires.

La crise sanitaire de la Covid-19 nous a rappelé à quel point le métier d’agricultrice et d’agriculteur, partout dans le monde, est essentiel à la vie humaine. En Europe, elles et ils sont pourtant de moins en moins nombreux à l’exercer. En Afrique subsaharienne au contraire, presque deux tiers des emplois sont directement liés à l’activité agricole. D’ici à 2050, 60 % de la force de travail mondiale sera localisée en Afrique, avec la moitié de cette population active située en zone rurale. L’enjeu de la formation des prochaines générations en Afrique paraît ainsi fondamental. Mais former à quelle agriculture et à quel système de production alimentaire ?

Savoir-faire africains

L’agriculture est source de bien des maux de notre planète : émettrice de gaz à effet de serre, responsable de déforestations, utilisatrice de pesticides et d’engrais sources de pollution et de perte de biodiversité. L’alimentation transformée par l’industrie a aussi ses défauts : trop de sucres, de sels et de conservateurs pouvant accélérer le développement de cas d’obésité et de diabète. Deux fléaux rendant les populations plus sensibles aux maladies infectieuses comme le Covid-19.

Alors que l’agriculture européenne est allée très loin dans la simplification des systèmes de culture et l’artificialisation des milieux, l’agriculture africaine, elle, a su préserver certaines traditions et certains savoir-faire qui pourraient être des sources d’inspiration pour le reste du monde. Mais pour nourrir une population croissante et rémunérer dignement ses producteurs, elle devra augmenter ses rendements. Pour nos agronomes, cela passera notamment par un apport d’engrais (azote), même si les quantités nécessaires sont limitées. C’est l’une des diverses composantes, et l’un des défis, de l’intensification agroécologique sur le continent.

Innover et gagner en résilience

Il est temps en effet de faire reconnaître et de valoriser les solutions qui tirent parti des processus écologiques au sein des systèmes agricoles. Le principe de l’agroécologie est de prendre les écosystèmes – autrement dit, la nature – comme modèles pour l’agriculture. Intensifier les processus écologiques au sein de ces agrosystèmes nécessite de nombreuses observations et connaissances à la fois paysannes et scientifiques. Cela présuppose de la recherche, de la formation, beaucoup d’échanges et de partages pour innover et gagner en résilience. D’où la nécessité d’investir financièrement et travailler ensemble, chercheurs, techniciens, agriculteurs, Union africaine et Union européenne.

C’est sur ce sujet des transitions agroécologiques que nous avons débattu avec nos partenaires africains aux Montpellier Global Days Africa 2021, en amont du nouveau Sommet Afrique-France.  Pendant ces journées dédiées à la science, à l’éducation et à l’innovation, pilotées par Montpellier Université d’excellence, d’autres sujets phare ont été abordés : la durabilité et la diversité des systèmes alimentaires, la gestion de la santé – selon une approche One Health –, des biodiversités naturelle et cultivée, de l’eau et des inégalités foncières, l’attractivité des emplois ruraux avec le développement de l’agriculture numérique  ainsi que le besoin de mieux financer les systèmes africains de recherche agronomique. Investissons ensemble dans la recherche, l’innovation et la formation pour assurer la transition de nos systèmes agricoles et alimentaires !