Politique

Union africaine : les dessous du voyage de Moussa Faki Mahamat en Turquie

La visite du président de la Commission de l’UA a mis fin au suspense : le sommet Turquie-Afrique se tiendra en décembre à Istanbul.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 2 octobre 2021 à 14:50

Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’État turc, reçoit Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, à Ankara, le 30 septembre 2021. © Murat Kula/Anadolu Agency/AFP

C’est lors de la visite officielle à Ankara de Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), que Mevlüt Çavusoglu, le ministre turc des Affaires étrangères, a mis fin à des mois de suspense. Le troisième sommet Turquie-Afrique aura lieu à Istanbul les 17 et 18 décembre prochains, a-t-il annoncé lors de leur conférence de presse conjointe.

À Lire Turquie : le soft power savamment distillé d’Erdogan en Afrique

Un déjeuner avec Erdogan

En deux jours, Moussa Faki Mahamat a enchaîné les rendez-vous. D’abord au palais présidentiel, pour un entretien avec Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’État turc, avec qui il a ensuite déjeuné en compagnie du vice-président, Fuat Oktay, et de Mevlüt Çavusoglu. Puis, au Parlement, où l’a reçu son président, Mustafa Sentop. Enfin, à la présidence des Turcs de l’étranger et à la Tika (l’agence de coopération), où il a signé, au nom de l’UA, des protocoles d’accord avec la Turquie.

Le 1er octobre, Moussa Faki Mahamat a pris l’avion pour Istanbul. Au menu : une promenade en bateau sur le Bosphore à l’initiative de l’organisation patronale Deik, qui, sous l’impulsion de son président Nail Olpak, est très active en Afrique. Y étaient conviés des dirigeants de grandes sociétés turques, parmi lesquels Selim Bora (groupe Summa), Nuri Albayrak (Albayrak), Aygen Yenigün (Yenigün), Berna Akyildiz (Transtas), Berna Gözbasi (BRN) et Erhan Barutoglu (Tellioglu-Avrasya Enerji).

La délégation de l’UA s’est envolée pour Addis-Abeba en soirée.

D’Addis-Abeba à Kinshasa

Ce voyage met donc un terme à des mois d’incertitudes sur la date du sommet Turquie-Afrique. Alors que les précédentes éditions avaient été organisées à Istanbul (2008) et à Malabo (2014), la troisième du genre, qui aurait dû se tenir en avril 2020, a été plusieurs fois différée en raison de la crise sanitaire.

En outre, en février 2020, alors qu’elle présidait l’UA, l’Afrique du Sud avait insisté sur le strict respect de la règle de deux sommets annuels avec un «partenaire stratégique » – statut que possède la Turquie. Les sommets prévus à ce titre pour 2020 (l’un avec l’Union européenne, l’autre avec la Ligue arabe) ayant été reportés en raison de la pandémie de Covid-19, Ankara avait subi les conséquences de ce décalage de calendrier.

Cela n’a nullement empêché les responsables turcs de préparer l’événement. Avec, en première ligne, Mevlüt Çavusoglu, épaulé par le vice-ministre Sedat Önal ainsi que par Nur Sagman, la directrice des Affaires africaines, et Can Incesu, le coordinateur du futur sommet. Parfaits francophones, tous deux ont été ambassadeurs en Afrique : Nur Sagman, en Guinée et au Gabon ; Can Incesu au Congo.

À Lire Turquie : Nur Sagman, la « Madame Afrique » d’Erdogan

Ce dernier s’est rendu en mars 2021 à Addis-Abeba, où ses efforts se sont conjugués à ceux de Yaprak Alp, ambassadrice de Turquie auprès de l’UA, et où il a travaillé avec le Nigérian Levi Uche Madueke, chef du département Coopération et Partenariats de l’UA.

Can Incesu est aussi allé en juillet à Kinshasa, où il a rencontré Samy Adubango Awotho, le vice-ministre congolais des Affaires étrangères. Félix Tshisekedi et son pair sénégalais Macky Sall, qui lui succédera à la présidence de l’UA en 2022, se sont impliqués dans le dossier.

Rivaux français et chinois

En vue du sommet, les Turcs ont transmis à l’UA un rapport retraçant le bilan 2015-2020 de la coopération turco-africaine, ainsi qu’un plan d’action sur cinq ans. Leur mot d’ordre ? « Nous voulons voir une Afrique unie et indépendante » : allusion à l’importance qu’Ankara accorde à l’UA, et critique feutrée à l’égard des rivaux français ou chinois.

Depuis 2002, les liens entre la Turquie et l’Afrique n’ont cessé de se resserrer. Les échanges commerciaux atteignent 25 milliards de dollars. Ankara possède 43 ambassades sur le continent, contre 12 en 2003.

Les relations privilégiées qu’entretient le couple présidentiel avec plusieurs dirigeants africains, comme Macky Sall, contribuent à cette dynamique, même si certains proches d’hier ont quitté le pouvoir, comme le Guinéen Alpha Condé.

Fortement engagée dans le domaine de l’aide humanitaire, la première dame, Emine Erdogan, vient de sortir un livre : Afrika seyahatlerim (« Mes voyages en Afrique »), traduit en français, en anglais et en arabe (éd. Turkuaz). Elle l’a offert aux First ladies africaines lors de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre. Les droits de cet ouvrage seront versés à la Maison de l’Afrique, à Ankara, qui, à l’initiative de Mme Erdogan, promeut l’artisanat africain.