Économie

Thomas Piketty : « Continuer à parler de franc CFA en 2021 est une anomalie »

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Mis à jour le 6 octobre 2021 à 15:18

Thomas Piketty lors de l’émission Éco d’Ici éco d’ailleurs. © Vincent Fournier pour JA

L’ACTU VUE PAR. Chaque samedi, « Jeune Afrique » invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Interrogé en partenariat avec RFI, l’économiste français Thomas Piketty livre son analyse sur la relation Afrique-France, la fin programmée du franc CFA et les enjeux climatiques.

Qu’aurait été la France sans ses colonies. Impossible à dire, mais dans son dernier livre, Une brève histoire des inégalités (Seuil, 2021), Thomas Piketty, mondialement connu pour ses travaux sur les inégalités, montre combien leur apport a été important pour bâtir sa puissance. Engagé à gauche, l’économiste, directeur d’études à l’EHESS et titulaire d’une chaire à l’École d’économie de Paris, remonte le temps pour mettre en évidence, faits et chiffres à l’appui, les progrès réalisés – principalement au XXe siècle – en matière de justice sociale. Une histoire qui doit se poursuivre, insiste-t-il.

Grand invité de l’économie RFI/Jeune Afrique ce samedi, l’économiste, souvent convoqué dans les médias pour partager son analyse des situations française et européenne, fait un pas de côté et décrypte les enjeux des relations Nord-Sud à la veille du sommet de Montpellier, où Emmanuel Macron s’adressera à la jeunesse du continent.

Jeune Afrique : En fin de semaine prochaine, Montpellier accueillera un nouveau sommet Afrique-France. Partagez-vous les critiques de certains Africains qui accusent Paris de continuer à privilégier ses intérêts dans sa relation avec le continent ?

Thomas Piketty : Oui. Je crois que, de façon générale, la France – même si elle n’est pas forcément la pire –, les pays occidentaux, les pays du nord, font preuve d’une immense hypocrisie vis-à-vis de l’Afrique. Et d’une façon générale, ils ont tendance à organiser le système économique mondial en fonction de relations centre-périphérie. Ils vont utiliser des zones périphériques afin d’accéder à certaines ressources pour ensuite tenir un discours sur l’aide qui ne correspond pas du tout à la réalité, si l’on considère le rapport entre les flux sortants et entrants dans ces pays.