Économie

Congo : le FMI entrouvre la porte à un nouvel accord de financement

À ce jour, seulement 10 % de l’accord de crédit approuvé en 2019 a été déboursé. Pourtant, dans un récent document, le Fonds a évoqué de possibles négociations.

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Mis à jour le 4 octobre 2021 à 17:23

Le Congo-Brazzaville est actuellement le pays le plus endetté de la Cemac.Denis Sassou Nguesso, ici en 2015. © Ammar Abd Rabbo/ABACAPRESS.COM

Dans un compte rendu daté du 28 septembre 2021, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué considérer une nouvelle négociation en vue d’une Facilité élargie de crédit (FEC) avec le Congo-Brazzaville. C’est une première depuis deux ans pour le Fonds. « Les administrateurs [du FMI] notent avec satisfaction que les autorités ont l’intention d’entamer des discussions avec le FMI sur un éventuel accord au titre de la facilité élargie de crédit », indique l’institution.

Contactées par Jeune Afrique, les équipes du Fonds confirment qu’il s’agit d’un « nouveau programme », différent de celui signé il y a deux ans et dont le versement n’a pas été poursuivi. En effet, le précédent accord a expiré en avril 2021.

Les repères structurels essentiels pour améliorer la gouvernance et la transparence ont été mis en œuvre, avec retard

Il y a deux ans, en juillet 2019, le FMI avait signé une FEC de 449 millions de dollars avec Brazzaville, dont 45 millions déboursés immédiatement, afin d’aider le pays à « rétablir la viabilité des finances publiques et reconstituer les réserves régionales tout en améliorant la gouvernance et en protégeant les groupes vulnérables de la population ».

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Non-respect des conditions d’octroi

Las, hormis ce premier décaissement, aucun autre n’a été approuvé. La première « revue » du programme appuyé par la FEC n’a pu être conclue qu’en février 2021. Les équipes du Fonds avaient noté alors que seuls trois des « critères de performance quantitatifs » du programme avaient été respectés, avec des résultats en-dessous des attentes quant aux performances relatives « au financement intérieur net de l’administration centrale et à la non-accumulation de nouveaux arriérés sur la dette extérieure publique et garantie par l’État ».

Pour autant, remarquait le Fonds, « même si les repères structurels n’ont pas été respectés à temps, ceux qui sont essentiels pour améliorer la gouvernance et la transparence ont été mis en œuvre, avec retard ».

La viabilité de la dette a été rétablie, mais d’importantes vulnérabilités subsistent

Brazzaville a vu sa dette accrue ces dernières années par des créances vis-à-vis des négociants Trafigura et Glencore, à hauteur de 966 millions et de 732 millions de dollars respectivement, dans le cadre d’un système de prêts gagés sur le pétrole. Le FMI avait insisté sur le rééchelonnement et la renégociation de ces prêts comme préalable à tout nouveau décaissement de crédit dans le cadre de la FEC.

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Non accumulation d'arriérés d'Etat en % du PIB. Source : FMI. © Arriérés accumulés par l’État en % du PIB. Source : FMI.

Non accumulation d'arriérés d'Etat en % du PIB. Source : FMI. © Arriérés accumulés par l’État en % du PIB. Source : FMI.

Ces résultats encourageants ont été confirmés à la fin de septembre, lorsque le conseil d’administration du Fonds a noté l’amélioration de la situation de la dette du pays. « La viabilité de la dette a été rétablie, mais d’importantes vulnérabilités subsistent : la dette publique totale devrait atteindre 84 pour cent du PIB d’ici à la fin de 2021 », a souligné l’institution. Cette dernière a d’ailleurs reconnu que « sur le plan budgétaire, les autorités sont confrontées à des arbitrages difficiles : lutte contre la pandémie, soutien essentiel à une reprise économique résiliente et gestion prudente de la dette. »

Ces efforts, associés à la hausse des prix du pétrole, contribueraient à réduire le fardeau de la dette

Pour autant, l’organisation multilatérale a insisté sur le fait que surmonter les obstacles structurels, renforcer la résilience climatique et la diversification de l’économie, consolider la gouvernance et la transparence demeurent des conditions sine qua non pour obtenir les financements promis au Congo-Brazzaville.

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Ainsi, le FMI a félicité les efforts déployés dans la restructuration de la dette et dans la lutte contre la corruption à travers une nouvelle loi. Il a parallèlement été convenu que la politique budgétaire devrait continuer à soutenir la reprise à court terme, avec une augmentation des dépenses de santé et d’assistance sociale.

« Ces efforts, associés à la hausse des prix du pétrole et à l’allègement du service de la dette dans le cadre de la ISSD du G20, contribueraient à réduire le fardeau de la dette », peut-on lire dans le rapport.

 © Evolution la dette publique du Congo en % du PIB. Source : FMI.

© Evolution la dette publique du Congo en % du PIB. Source : FMI.

Si l’amélioration des comptes publics se poursuit, selon les pronostics du Fonds, la dette publique ne représentera plus que 57 % du PIB national en 2026, contre 101 % en 2020. Le Congo étant actuellement le pays le plus endetté de la Cemac.

U8mwo-niveau-de-la-dette-publique-en-du-pib-nbsp- © Evolution du ratio dette/PIB. Source : FMI

U8mwo-niveau-de-la-dette-publique-en-du-pib-nbsp- © Evolution du ratio dette/PIB. Source : FMI

Discipline budgétaire

C’est donc dans ce contexte plus favorable qu’auparavant que le FMI invite les autorités congolaises à poursuivre la discipline budgétaire à moyen terme, afin de soutenir la réduction progressive des déficits budgétaires non pétroliers.

Le soutien des partenaires au développement est primordial pour réduire les vulnérabilités budgétaires

Ces mesures devraient d’emblée être renforcées par l’élimination progressive des subventions à la raffinerie nationale, par l’amélioration de la facturation et du recouvrement de la consommation d’électricité dans l’objectif de couvrir ses coûts de production.

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L’institution internationale a également demandé aux autorités d’améliorer la gestion des investissements publics (étroite surveillance des dépenses, audit des dépenses liées à la pandémie, collecte précise et centralisée des recettes), et de mettre en place un plan de règlement réaliste des arriérés intérieurs restants.

Défis à venir

Le soutien des partenaires au développement est lui aussi primordial pour réduire les vulnérabilités budgétaires, mais surtout pour augmenter les marges de manœuvre budgétaires qui permettront d’accélérer les investissements dans les infrastructures, la production et la mise en œuvre des réformes nécessaires afin de limiter la pauvreté pour stimuler une reprise économique plus forte et plus résiliente.

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À moyen et long termes, le FMI indique dans ce même rapport (septembre 2021) que les principaux objectifs du Congo seront d’instaurer des réformes structurelles adaptées au changement climatique, de stimuler l’intégration sociale et de réduire les revenus pétroliers en réponse à la transition mondiale vers des économies bas carbone.

Evolution du PIB au Congo. © Évolution du PIB au Congo. Source : FMI

Evolution du PIB au Congo. © Évolution du PIB au Congo. Source : FMI