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Télésud : couleur « afro » à Paris

Par - Élise Colette
Mis à jour le 8 novembre 2004 à 00:00

Le paysage audiovisuel francophone s’enrichit d’une chaîne destinée à l’Afrique et à sa diaspora.

Des applaudissements fusent dans la pièce principale. Depuis son bureau, Constant Nemale, le PDG de 3A Télésud, perçoit les cris de joie de ses collaborateurs. Installé devant son ordinateur, il ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Il est 18 heures, nous sommes le 25 octobre et la nouvelle bande-annonce de 3A Télésud est à l’antenne pour la première fois. Elle annonce un tournant pour la petite chaîne « afro » qui a décidé de sortir de la confidentialité de l’Internet et du satellite de l’océan Indien.
Après six ans d’efforts, Constant Nemale, Yves Bollanga, Daniel Beck et toute leur équipe s’estiment prêts pour cette nouvelle aventure. « On ne voulait pas passer sur le satellite à n’importe quel prix. Avec quelque sept cents heures de programme en banque, on pouvait franchir le pas. » Interlocuteurs financiers trouvés (la Banque marocaine du commerce extérieur), prix du numérique à la baisse, projet identifié : le 15 septembre, 3A Télésud apparaissait sur le satellite Eutelsat Horbird qui couvre l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient. Le 1er novembre, c’était NSS7 qui accueillait la chaîne sur le satellite africain. En attendant les réseaux câblés français comme CanalSatellite, TPS ou encore Noos, 3A Télésud est déjà disponible sur la FreeBox, gratuitement jusqu’en janvier.
Les dirigeants de 3A Télésud ont de l’ambition et ne s’en cachent pas. « Notre chaîne peut toucher 6 millions de téléspectateurs en France, explique Nemale. Il faut s’appuyer sur ces gens-là pour créer une passerelle avec notre terre d’origine, l’Afrique, et diffuser les valeurs de l’éducation africaine et de la mixité. Le monde afro est très étendu. Il va de l’Afrique jusqu’en Europe et aux Antilles. » À l’image de la trentaine de permanents qui forment l’équipe de Télésud : Brésiliens, Camerounais, Ivoiriens, Béninois, Comoriens, Marocains ou encore Antillais se pressent dans les petits bureaux de la chaîne à Montreuil-sous-Bois, en banlieue parisienne.
L’offre de programmes de 3A Télésud est aussi diversifiée que la communauté qu’elle représente, même si ses maigres moyens ne lui permettent de diffuser que quatre heures par jour, les vingt heures restantes étant constituées de rediffusions. Aux émissions telles que Réussite, destinée aux Africains qui entreprennent, Passeport, consacrée aux sujets d’actualité, ou encore JMK Today, le talk-show, s’ajoutent beaucoup de clips et de programmes musicaux. En attendant les nouveautés de la rentrée 2005 !
Depuis quelques mois et jusqu’en décembre, les dirigeants de la chaîne courent de rendez-vous en rendez-vous. Ici pour obtenir le parrainage de Manu Dibango ou de Calixthe Beyala ; là pour rencontrer les responsables de bouquets satellites. La chaîne a encore quelques progrès à faire pour atteindre les standards européens. Mais, au vu du million d’euros de budget annuel (une broutille pour une chaîne de télévision), 3A Télésud n’a déjà rien à envier à ses homologues du continent. En s’adressant d’abord à la diaspora, elle a l’avantage d’être plus universelle. D’où la nécessité d’être installée à Paris. La Ville lumière n’est-elle pas la première capitale « afro » du monde, comme le relève Constant Nemale ?
Reste à espérer que les responsables du paysage audiovisuel français le comprendront. Face au scepticisme des Français, Nemale s’insurge. « Ils ne veulent pas voir qu’on a les mêmes capacités que tout le monde et, surtout, ils ne se rendent pas compte du marché qu’on représente. Les minorités visibles dépensent jusqu’à cinq fois plus que les Français de souche. » Une manière de faire vibrer la fibre commerciale des annonceurs pour que puisse survivre une chaîne à destination de la diaspora et des Africains. Ce qui ne serait pas un luxe pour le paysage audiovisuel francophone.