Politique

Cameroun : guerre des maires à Yaoundé

Figures du RDPC de Paul Biya, le maire de la capitale, Luc Messi Atangana, et celui du 3e arrondissement, Lucas Owona, se disputent le leadership local, sans que le parti ne parvienne à faire taire leur querelle fratricide.

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Mis à jour le 29 septembre 2021 à 17:59

L’hôtel de ville de Yaoundé. © JEAN PIERRE KEPSEU/MAXPPP

Ils appartiennent à la même formation politique, partagent le même fief électoral, mais se détestent cordialement. D’un côté, Luc Messi Atangana, premier maire élu de la ville de Yaoundé, en poste depuis mars 2020. De l’autre, Lucas Owona, maire du troisième arrondissement de la capitale. Rivaux depuis plusieurs années, ils ont ressorti les armes à la faveur des opérations de renouvellement des organes de base du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), lancées en septembre. Quitte à mettre leur parti – qui peine à les départager – dans l’embarras.

Confrontation houleuse

C’est la désignation du président de la section du RDPC de Yaoundé 3 qui a donné lieu à une confrontation aussi houleuse que médiatisée. Les deux hommes convoitaient le poste et aucune des médiations menées avant l’élection n’avait permis de trouver un consensus. Le 19 septembre, Lucas Owona a finalement été porté à la tête de la section, au grand dam des partisans de Luc Messi Atangana, qui ont violemment protesté et fait interrompre le processus. Acculé, le comité central du RDPC s’est résolu à autoriser une prolongation des opérations de vote pour les départager, sans que cela ne change quoi que ce soit puisque, le 24 septembre, Owona a confirmé sa victoire face à Atangana.

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La rivalité entre les deux édiles n’est pas récente. Il y a quelques semaines déjà, leur animosité avait paralysé les travaux de désengorgement de Yaoundé. Furieux de n’avoir pas été associé à la réinstallation des commerçants du quartier Olezoa, pilotée par la commune de Yaoundé 3 et donc par Lucas Owona, Luc Messi Atangana a fait détruire, à la fin du mois d’août, le chantier du nouvel emplacement. Le préfet du Mfoundi, Emmanuel Djikdent, a beau être intervenu, cela n’a pas suffi à faire baisser le thermomètre.

Owona est un tribun charismatique, qui pratique la politique comme on joue au songo

Il faut dire que tout ou presque les oppose. Opérateur économique à succès, Lucas Owona est aussi un vieux briscard de la politique dans le département du Mfoundi. Il a fait ses classes dans la branche jeunesse du RDPC, au milieu des années 1980, avant de monter progressivement en grade. Propriétaire de plusieurs entreprises, dont les plus en vue sont Mefit et fils (spécialisée dans les travaux publics) et la chaîne de télévision Bnews1, qui émet depuis le 15 janvier dernier, Owona est un tribun charismatique, qui pratique la politique comme on joue au songo, jeu qu’il affectionne particulièrement.

Reproches et accusations

Tout le contraire de Luc Messi Atangana, qui ne cache pas son aversion pour les médias et les scènes publiques. Bureaucrate, le maire de Yaoundé n’aime rien tant que cette réserve qui caractérise les hauts fonctionnaires camerounais et il ne doit sa carrière administrative qu’à la force discrétionnaire des nominations présidentielles. C’est aussi un homme de réseaux, qui dispose de puissants soutiens au sein de l’administration comme du parti. Devenu un acteur politique de premier plan, Luc Messi Atangana sait qu’il lui faut désormais une assise politique. D’où sans doute l’énergie déployée pour conquérir la section.

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Dans l’entourage de Lucas Owona, on accuse Luc Messi Atangana de travailler à asseoir l’hégémonie de son clan, les Mvog Atemengue. En face, on reproche à Owona d’agir en sous-main pour le compte de l’ex-ministre André Mama Fouda, ancien président de la section RDPC objet de querelle. Et les habitants de Yaoundé assistent, eux, médusés à cette guerre fratricide qui n’a pas encore livré son épilogue.