Politique

Centrafrique : Bozizé, groupes armés… Pouvoir et opposition s’affrontent à Rome

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Mis à jour le 29 septembre 2021 à 16:06

Touadéra à Bangui le 13 septembre 2021.© Rodrigue Molenguela pour JA © Touadéra à Bangui le 13 septembre 2021. © Rodrigue Molenguela pour JA

La communauté Sant’Egidio a réuni en Italie des personnalités de l’opposition et du gouvernement pour préparer le dialogue national centrafricain. Des échanges mouvementés, dont Jeune Afrique dévoile les coulisses.

Les ténors de l’opposition centrafricaine n’ont pour le moment pas réussi à infléchir les positions du gouvernement de Faustin-Archange Touadéra (FAT) sur le dialogue national inclusif qui doit avoir lieu à Bangui avant la fin de l’année. Réunis à Rome les 28 et 29 septembre autour de la communauté catholique Sant’Egidio, les deux camps ont, selon nos informations, discuté des critères de participation aux futures discussions. 

L’opposition était représentée à Rome par les anciens Premiers ministres Martin ZiguéléAnicet-Georges DologuéléNicolas Tiangaye et Mahamat Kamoun, l’ancien ministre des Affaires étrangères Charles Armel Doubane, l’ex-présidente de la transition Catherine Samba-Panza, l’ex-ministre de l’Équipement et candidat à la dernière présidentielle Crépin Mboli-Goumba et le patron du Kwa na Kwa (parti fondé par François Bozizé), Christian Guénébem. 

Sans groupes armés 

La majorité de ces participants ont plaidé pour une large inclusivité et pour la participation des groupes armés centrafricains (en opposition à d’autres, considérés comme étrangers). Mais les représentants de FAT, Évariste Ngamana, premier vice-président de l’Assemblée nationale, Ernest Mada, directeur de cabinet du Premier ministre Henri Marie Dondra, et Léonie Banga Bothy, conseillère à la présidence, se sont opposés à ce principe. 

Ces derniers ont réaffirmé la position du chef de l’État centrafricain, qui souhaite un dialogue avec des participants « demeurés dans la République », c’est à dire sans groupes armés. Faustin Archange Touadéra estime que les échanges entre le gouvernement et ces derniers doivent s’effectuer séparément, dans le cadre de commissions mises en place après les accords de paix signés à Khartoum en février 2019. 

La présence de l’ancien président est catégoriquement refusée par Touadéra

Le différend Bozizé

« Aucune solution n’est envisagée pour les groupes armés qui refusent de rentrer dans les accords de Khartoum ou pour les groupes qui se seraient nouvellement créés », déplore un participant à Rome, contacté par Jeune Afrique. Le gouvernement fait une fixation sur cet accord pour ne pas avoir à discuter avec la Coalition des patriotes pour le changement [dont les principaux groupes se sont retirés de l’accord de Khartoum], et François Bozizé [non-signataire de l’accord] », ajoute cette même source. 

Plusieurs invités de Sant’Egidio ont insisté sur le cas de l’ancien président Bozizé, notamment Me Marie Édith Douzima Lawson, présidente de la Commission vérité, justice, réparations et réconciliation, Paul-Crescent Beninga, porte-parole du Groupe de travail de la société civile, et Jean-Emmanuel Zanga Metho, représentant des autorités traditionnelles. Ces derniers ont réclamé la présence de Bozizé au dialogue afin que celui-ci s’explique sur son engagement au sein de la CPC. 

Selon nos informations, la présence de l’ancien président à un quelconque dialogue national est toutefois catégoriquement refusée par son successeur, qui en a fait une véritable ligne rouge. Dans un entretien récent à Jeune Afrique, Faustin Archange Touadéra a ainsi expliqué que François Bozizé devrait faire face à la justice si les autorités centrafricaines parvenaient à l’appréhender.