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Violences sexuelles en RDC : Tedros Ghebreyesus, patron de l’OMS, s’excuse

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Mis à jour le 29 septembre 2021 à 11:25

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, le 10 février 2020. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Une commission indépendante chargée d’enquêter sur les violences sexuelles auxquelles se sont livrés des employés de l’OMS en RDC a conclu le 28 septembre à des « défaillances structurelles » et des « négligences individuelles » de l’organisation.

L’affaire avait fait scandale. En septembre 2020, une enquête réalisée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters avait dévoilé les témoignages de dizaines de femmes racontant comment elles avaient été victimes de viols commis par des travailleurs humanitaires, alors engagés dans l’est du Congo dans le cadre de la riposte à l’épidémie d’Ebola entre 2018 et 2020.

Dans ses propos liminaires, la commission d’enquête lancée en octobre 2020 par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, dresse un tableau très sombre de la situation sur place. La commission a identifié 83 auteurs présumés, dont 21 étaient des employés de l’OMS. L’organisation a mis fin, dès la publication du rapport, au contrat de quatre d’entre eux qu’elle employait encore. Les autres avaient des contrats de courte durée. Ils seront bannis de tout emploi futur.

« Je suis désolé »

La commission constate « l’ampleur des incidents d’exploitation et d’abus sexuels lors de la riposte à la 10ème flambée d’Ebola, toute chose ayant contribué à accroître la vulnérabilité des victimes présumées, lesquelles n’ont pas bénéficié de l’aide et de l’assistance nécessaires qu’exigeaient de telles expériences dégradantes ».

« C’est un jour sombre pour l’OMS, a reconnu lors d’une conférence de presse Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui brigue un second mandat à la tête de l’organisation, une candidature pour laquelle il a reçu la semaine dernière le soutien de la majorité des pays de l’Union européenne, mais aussi du Kenya. « La première chose que je tiens à dire aux victimes et aux survivants, c’est que je suis désolé. Je suis désolé, désolé de ce qui vous a été imposé par des personnes qui étaient employées par l’OMS pour vous servir et vous protéger », a déclaré Tedros Ghebreyesus, promettant des conséquences sévères aux responsables.

Quand une journaliste lui a demandé s’il avait l’intention de démissionner, il a esquivé. « Je suis allé sur place 14 fois et ce problème n’a pas été soulevé. Peut-être que j’aurais dû poser des questions », a-t-il toutefois reconnu.

Perception d’impunité

La commission a révélé « la perception d’impunité du personnel de l’institution de la part des victimes présumées », tout comme le fait que face à des dizaines de victimes qui se sont présentées, il y a « une absence totale de signalement de cas » au niveau institutionnel.

Tedros Ghebreyesus a assuré que l’OMS transmettrait les allégations de viol aux autorités nationales en RDC pour qu’elles enquêtent, ainsi que dans les pays d’origine des auteurs présumés. « Deux hauts responsables ont été placés en congés administratifs et nous prenons des mesures pour nous assurer que d’autres personnes susceptibles d’être impliquées soient temporairement déchargées de tout rôle décisionnel dans cette affaire », a-t-il détaillé. Le patron de l’OMS a aussi indiqué qu’un organisme externe serait chargé d’identifier les manquements individuels au sein de son organisation.

Avec AFP