Économie

Côte d’Ivoire : ce que Amadou Coulibaly a dit aux chaînes de la TNT en conflit avec la RTI

Le ministre de la Communication a rencontré le 23 septembre les responsables des quatre chaînes de télévision privées de la TNT, qui dénoncent une concurrence déloyale de la part du groupe public. 

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Mis à jour le 28 septembre 2021 à 18:38

Le ministre ivoirien de la Communication, Amadou Coulibaly. © Cyrille Bah / ANADOLU AGENCY via AFP

Parmi les participants à cette rencontre, figuraient Fabrice Sawegnon, fondateur du groupe Voodoo et éditeur de Life TV ; Ange Guei, directeur général de la NCI ; Jean-Philippe Kaboré, le patron de la chaîne 7info qui devrait être lancée le 30 septembre et son adjoint Philippe Di Nacera ; Michel Mutombo-Cartier, nouveau directeur général de A+ Ivoire, ainsi que Françoise Remarck, présidente du Conseil d’administration de A+Ivoire et Canal +.

Cette première réunion a été l’occasion pour les patrons de ces nouveaux médias d’exposer leurs difficultés financières et de faire des propositions à Amadou Coulibaly.

Litige

Selon nos informations, le ministre de la Communication, des Médias et de la Francophonie en a écarté deux. D’abord, il a refusé de redistribuer la redevance audiovisuelle à l’ensemble des chaînes. Une partie de cette taxe sera reversée à la Société ivoirienne de télédiffusion (IDT), dont Venance Konan a pris la tête du conseil d’administration à la mi-septembre. Puis, il n’a pas souhaité s’engager à revoir à la baisse la propre redevance de télédiffusion de ces chaînes, qu’elles doivent verser à la Haca (Haute autorité de la communication audiovisuelle) et à l’IDT.

Autre point non négligeable à l’ordre du jour : le bras de fer entre les médias privés et la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI). Ceux-ci souhaitent faire interdire au groupe public de diffuser de la publicité en prime time, ce qu’ils estiment être de la concurrence déloyale à leur égard. Amadou Coulibaly a clos le débat, estimant qu’on ne pouvait pas empêcher les chaînes publiques de diffuser de la publicité à ces heures de grande audience.

Selon des estimations, 80 % des recettes publicitaires sont engrangées par le groupe Canal+. Or, certains acteurs ont jugé que les activités principales du groupe ne sont pas en Côte d’Ivoire. Parmi les demandes exprimées jusque-là par les chaînes privées ivoiriennes, figure l’interdiction aux « chaînes non nationales » de démarcher des annonceurs nationaux. Le ministre a prévu de s’entretenir avec chacune des parties à ce litige.

Le ministre a évoqué d’autres pistes pour leur assurer une stabilité financière, comme l’instauration d’un fonds de soutien à la création audiovisuelle, qui a déjà été approuvé par le chef du gouvernement, Patrick Achi. Sa mise en place est encore à l’étude avec le ministre du Budget et du Portefeuille de l’État, Moussa Sanogo. Une défiscalisation sur une période donnée de l’achat de matériel audiovisuel est également à l’étude. Cette mesure interviendrait alors que la majeure partie de l’investissement a déjà été effectuée par les chaînes.

Marchés publicitaires

Un point a cependant fait l’unanimité lors de cette réunion : la mise en place d’une mesure d’audience consensuelle afin de permettre une meilleure répartition des marchés publicitaires. Le ministre a assuré travailler en ce sens afin d’impliquer les acteurs, l’État et le régulateur. Il a également annoncé que son département allait commanditer une étude sur l’affichage routier. Toutes les régies seront invitées à communiquer l’emplacement GPS de leurs panneaux afin de vérifier que ceux-ci sont dans les règles. Alors que seuls 3 000 ont été autorisés à Abidjan, plus de 10 000 panneaux routiers existent.

Amadou Coulibaly a renouvelé son engagement à passer à la TNT à 100 % d’ici à la fin de l’année. Le signal analogique à Abidjan devrait être arrêté d’ici à la fin du mois d’octobre. Il en sera ainsi progressivement à travers le pays afin de pousser les Ivoiriens à se procurer un décodeur.

La question de la viabilité économique des chaînes privées avait déjà fait l’objet d’une table ronde fin juin. René Bourgoin, le président de la Haca avait échangé avec l’ensemble des acteurs du secteur.