Politique

RDC : la « congolité » sur une voie de garage parlementaire ?

Mis à jour le 28 septembre 2021 à 18:23
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

Introduite en juillet, la proposition de loi Tshiani visant à interdire à tout citoyen né d’un parent étranger l’accès à la fonction présidentielle semble sur le point d’être abandonnée.

La généalogie doit-elle représenter l’alpha et l’omega du dévouement électoral et citoyen ? Dans la galerie des idoles panafricanistes figure le métis Jerry John Rawlings, dont la nationalité écossaise du paternel n’a pas écorné la légitimité à diriger le Ghana pendant dix-neuf ans. De même, le fait que Barack Obama soit né d’un père kényan ne lui a pas barré la route de la Maison-Blanche. Mais tout le monde n’est pas favorable, en toutes circonstances, à ce genre de trajectoires politiques…

Projet avorté

Le 8 juillet dernier, sur impulsion de l’ex-candidat à la présidentielle Noël K. Tshiani Muadiamvita, le député Nsingi Pululu déposait ainsi, au bureau de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC), une proposition de loi visant à interdire l’accès à la magistrature suprême à tout citoyen ayant un parent étranger.

Un texte qui semble avoir désormais du plomb dans l’aile. Le 18 septembre dernier, en déplacement à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, Christophe Mboso, le président de l’Assemblée nationale, a clairement fait savoir que celui-ci n’était « pas une priorité ». Vendredi dernier, c’était au tour du président Félix Tshisekedi d’enfoncer le clou : « L’histoire, même la plus récente, de notre pays, nous démontre qu’il y a eu des Congolais de père et de mère qui ont participé à la ruine de notre pays », a-t-il déclaré au micro de Voice of America, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. « Est-ce qu’être Congolais de père et de mère suffit comme critère pour servir son pays de manière loyale et fidèle ? Je ne crois pas. »

Non seulement des juristes devinent dans ce projet, vite qualifié de « loi sur la congolité », la volonté d’introduire des articles discriminatoires dans la Constitution, mais beaucoup d’observateurs y détectent aussi la tentation de sempiternelles manipulations à vocation politicienne.

Rumeurs alambiquées

Sans même revenir sur des débats congolo-congolais qui s’enliseraient dans l’évaluation de rumeurs alambiquées – celles de la légitimité « nationale » de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila par exemple –, les spécialistes convoquent le souvenir de « l’ivoirité » conflictogène que l’on disait taillée sur mesure pour disqualifier un Alassane Ouattara (ADO), parfois jugé par ses compatriotes comme étant trop « burkinabè ».

Dans le cas d’espèce, l’ADO congolais serait évidemment Moïse Katumbi, le leader du parti Ensemble pour la République dont le père était grec. Rien de nouveau sous le soleil de la RDC, en cette période que l’on pourrait déjà qualifier de « pré-campagne présidentielle ». En 2018, c’est un ancien passeport italien que l’on brandissait sous le nez du dirigeant du TP Mazembe…

« Congolité » – a priori – par le sang, ou « congolitude » –­ a posteriori – par l’adhésion à des valeurs nationales traditionnelles ? Hasard du calendrier, la polémique a rebondi en France où la figure de Mobutu vient d’être convoquée. Pour contrer l’appel à l’usage exclusif de prénoms « français » lancé par Éric Zemmour, le centriste François Bayrou n’a pas hésité à comparer le polémiste d’extrême-droite au maréchal qui avait lancé en son temps la  « Zaïrianisation » dont on retrouve un certain écho dans la loi Tshiani.