Économie

« Faut-il désespérer des pays les moins avancés ? »

Selon un rapport publié le 27 septembre par la Conférence des Nations unies, la plupart des 46 pays (1) les plus pauvres (PMA) n’ont aucune chance d’accéder au développement en l’état actuel de leurs moyens économiques, financiers et humains.

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Mis à jour le 29 septembre 2021 à 11:51

Orpaillage illégal. Dans le désert mauritanien, des milliers d’orpailleurs ont décidé de tenter leur chance à la recherche d’or alluvial et d’or minéralisé. Les risques considérables encourus sont, selon eux, à la mesure de l’enjeu: sortir de la pauvreté. © Ahmed LEMINE / Naturimages

Ce constat s’explique par le fait que leur revenu national par habitant oscille entre 1 018 dollars et 1 222 dollars par an, et que leur mortalité maternelle et infantile bat des records tout comme leur taux d’analphabétisme : les pays les plus pauvres auront beaucoup de mal à réaliser les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

Schéma totalement irréaliste

« Pour atteindre en 2030 les trois cibles nécessaires pour ces ODD, les PMA auraient besoin d’une extraordinaire augmentation de leurs ressources, explique Rolf Traeger, chef de la section PMA de la Cnuced. À savoir une croissance de 7 % par an, ce qui suppose que ces pays investissent 462 milliards de dollars par an pendant dix ans ; une abolition de la pauvreté, qui suppose une croissance de 9 % par an et un investissement de 485 milliards de dollars ; le doublement de l’industrie manufacturière dans leur produit intérieur brut (PIB), ce qui implique d’investir 1 051 milliards de dollars par an et d’atteindre une croissance annuelle de 20 % ».

Dans ce sombre tableau, le Sénégal fait figure d’exception

Un schéma totalement irréaliste quand on sait que la croissance des PMA augmentera cette année de seulement 2,1 % et que leur taux de vaccination contre le Covid avoisine les 2 % quand les autres pays en développement sont à 21 %. Il leur faudra cinq ans pour retrouver leur revenu de 2019.

« Pour éduquer et soigner leurs populations, poursuit Rolf Traeger, il leur faudrait dépenser l’équivalent de 41 % de leur PIB ; mais aujourd’hui, ils dépensent pour cela moins de 10 % de leur PIB ».

Des chiffres en berne

Le passé non plus n’invite pas à l’optimisme. Depuis cinquante ans que la catégorie des pays les moins avancés a été créée par l’ONU, seulement sept d’entre eux – dont curieusement le Mali et le Lesotho – ont constamment dépassé la croissance moyenne mondiale du PIB de plus de 1 % et ont ainsi convergé vers les niveaux de vie des pays à revenu plus élevé.

La seule solution pour les PMA est de créer un tissu entrepreneurial

Cela ne les place pas en bonne position pour transformer leur économie, valoriser leurs productions, accroître la productivité de leur main-d’œuvre et créer de bons emplois. Dans ce sombre tableau, le Sénégal semble être l’une des exceptions puisque le rapport le cite comme étant « parvenu à bâtir une économie diversifiée qui repose autant sur l’agriculture que sur l’industrie et les services ».

Où trouver l’argent pour leur permettre de réussir ces mutations et d’accélérer fortement leur développement ? Les transferts de cash pratiqués par exemple par l’État au Brésil ou au Mexique ? « Ces transferts sont indispensables pour permettre aux populations défavorisées de survivre, mais ce sont des mesures sociales et pas des politiques de long terme parce que les PMA n’ont pas de moyens budgétaires suffisants. La seule solution est qu’ils créent un tissu entrepreneurial pour accroître les revenus de leur population », répond Ralf Traeger.

Appel à la générosité des pays riches

L’augmentation des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI ? « Sur les 650 milliards de dollars annoncés, les PMA n’auront droit qu’à 2,3 %, soit moins de 5 milliards de dollars, précise-t-il. Il faudrait mettre en place des mécanismes pour qu’ils reçoivent des DTS complémentaires de la part des pays qui n’en ont pas besoin ».

Seront-ils capables de donner autre chose que quelques miettes ?

C’est donc à un vibrant appel à la générosité des pays riches et des institutions multilatérales que la Cnuced aboutit afin de doter les PMA des infrastructures, de la formation et de l’industrie sans lesquels ils ne sortiront pas de l’ornière.

Les pays développés, qui ont tiré de nulle part des milliers de milliards de dollars pour éviter que la pandémie ravage leurs économies, seront-ils capables de donner autre chose que quelques miettes à ces PMA (qui pèsent un tout petit pour cent dans la richesse produite par la planète), de leur transférer leur technologie et de les dispenser des rigueurs de la compétition mondiale ?

 

(1) 33 des pays les moins avancés sont africains : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, République centrafricaine, RD Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan du sud, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo et Zambie.